La persévérance scolaire est une nécessité. Voici quelques outils pour aider les élèves à la développer.
- une attention, une bienveillance - qui n'est en aucun cas un laxisme! - de tous les instants. Sans être envahissante, écrasante, cette attention doit être portée sur tous les moments de la vie scolaire: en cours; entre les cours; en étude; au CDI; en salle informatique; lors des récréations; lors des sorties scolaires; à la cantine. Partout où l'élève est en situation de travail, de jeu, de réflexion, de repos. Qu'il soit seul - ce qui est rarissime dans le système scolaire français et c'est dommage parfois- ou "confronté" aux autres (camarades et adultes);
- un dialogue permanent entre les membres des équipes pédagogiques qui ne peuvent - en collèges/lycées c'est flagrant - se rencontrer qu'aux récréations en partageant un café ou lors des conseils de classes qui ont atteint - à mes yeux - un degré de ridicule et d'inutilité absolument gigantesque! Pour cela, le système éducatif français devra faire sa "révolution" et permettre institutionnellement des temps de concertation qui sont possibles dans le premier degré (par tradition) mais quasiment inconcevables dans le second degré (par tradition aussi) sauf dans les établissements dits "expérimentaux" ou dans ceux dits "difficiles". Ailleurs, ces temps de dialogue, d'échange, de partage d'expérience sont inexistants ou restent embryonnaires ne concernant que deux ou trois enseignants construisant ponctuellement un projet;
- une co-éducation avec les parents (et/ou responsables légaux). Le système éducatif français, héritier de Ferry, admirateurs des "hussards noirs de la République", considère encore trop souvent les parents comme des empêcheurs de travailler en rond, voire des personnes "à éduquer"! Les réunions parents/professeurs sont devenues des "cérémonies obligées" et si un parent s'avise de demander un RV avec un enseignant, celui-ci est accepté mais en général vite expédié. Pire même, les outils informatiques permettent désormais les échanges virtuels. Certes pratiques mais déshumanisants. L'élève/enfant DOIT sentir qu'il existe une complicité positive entre son/ses enseignant-s et ses parents/responsables légaux. S'il les voit "adversaires", il en jouera, en souffrira et sa persévérance scolaire en sera fragilisée;
- l'utilisation raisonnée de "rituels" très simples à mettre en place. Je donne quelques exemples mais ils sont personnels. Chaque enseignant doit avoir les siens en fonction de la classe, du moment, etc.
Les élèves/enfants sont très sensibles à des habitudes simples:
* dire bonjour à chaque élève lorsqu'ils entrent en classe. Et les gratifier d'un sourire. Cela peut sembler simpliste, caricatural, démagogue ou très "pédagogiste". Et pourtant, "ça marche"!
* offrir aux élèves la possibilité de prendre des initiatives, en relation avec le cours, pendant la séance. Nos élèves sont, dans le système éducatif français, beaucoup trop passifs. Lever la main pour demander l'autorisation d'aller jeter une cartouche d'encre vide ne sert strictement à rien sinon à renforcer l'austérité magistrale du professeur omnipotent. C'est ridicule!
* s'offrir le luxe - c'en est un - de ralentir le rythme, de ne pas être esclave du "programme à tenir". Il le sera, de toute façon. Mais passer une heure, comme cela m'arrive parfois, à lire un extrait (long) de texte puis "simplement" échanger oralement à propos de deux ou trois thèmes repérés à l'avance et la littérature devient vivante, proche d'eux. Je l'ai réalisé une fois encore très récemment avec un extrait d' "Au bonheur des dames" de Zola. Et nous avons "débordé" avec appétit sur les problèmes de consommation, du "black friday", des petits commerces face aux grandes surfaces, etc. Ce sont des temps nécessaires et formateurs;
* laisser les élèves décorer leur salle de classe (en relation avec la discipline enseignée évidemment)
Ect. Il y a tellement à faire!
- favoriser la connaissance des arts et les échanges internationaux. Jamais je n'ai eu plus belles et enrichissantes relations avec des élèves que lors de visites de musées ou autres lieux chargés d'Histoire et d'émotions, que lors de voyages à l'étranger (Chicago; Rome, Ostie et Herculanum; Londres...). Nous (élèves et enseignants) en revenons transformés. Beaucoup d'élèves en difficultés, très agités en classe ont un comportement très différent lors de ces "sorties" et leur persévérance scolaire s'en trouve TOUJOURS renforcée. La rencontre avec les musées - qu'ils rejettent au départ - est pour eux une découverte et une découverte d' eux-mêmes!
- favoriser la construction de "projets". Avec quelques règles très simples à tenir:
* prendre le temps de s’approprier un projet;
* ne pas promettre la lune; rester humble et accepter l'échec, les petites baisses de régime; en parler;
* faire le point régulièrement; ne jamais perdre de vue les objectifs fixés initialement;
* être attentif à la réussite de toutes et tous et non à celle de quelques-uns;
* montrer sa motivation, son implication personnelle. Rien de pire qu'un enseignant sans enthousiasme!
* ne jamais croire les donneurs de leçons ni de recettes-miracles. Cela n'existe pas
- accorder une place à l'erreur. Le système éducatif français - même si des progrès sont constatés dans ce domaine - favorise d'abord les bons élèves. Ceux qui donnent les bonnes réponses. Ceux qui connaissent les codes et ont des parents informés. Ceux qui savent "jouer" avec les disciplines optionnelles.
L'erreur est toujours sanctionnée par le retrait de points dans un système de notation obsolète. Comment promouvoir la persévérance scolaire d'élèves proches du décrochage si rien ne leur est jamais, non pas "pardonné", mais autorisé. Oui l'erreur est possible et doit être utilisée pour avancer.
- enfin - mais il y aurait un livre à rédiger à ce sujet- et c'est un peu mon "dada": les élèves seront incités à persévérer plus facilement dans un cadre de vie scolaire agréable, calme, propre, soucieux du bien-être de tous. L'architecture scolaire en France est un sujet laissé de coté. Hélas, beaucoup de collègues encore aujourd'hui admirent les vieux bâtiments des lycées Henri-IV, Fermat à Toulouse, François-1er au Havre. Une nostalgie permanente. Mais une nostalgie qui n'incite que les meilleurs à travailler.
Christophe Chartreux
A propos de la persévérance scolaire, voir le site du Crépas. Le Canada/Québec est à l'origine de quasiment tout ce qui touche à ce concept de "Persévérance scolaire".
https://crepas.qc.ca/
Voir aussi, entre autres, ce qui a été mis en place par l'Académie de Caen
https://www.ac-caen.fr/mediatheque/calvados/orientation/50action_perseverance.pdf
Il existe sur ce sujet une multitude de projets et de réalisations. Je ne peux pas ici en dresser la liste. Ce serait contre-productif par la masse de documents.