Emmanuel Macron... Quand son "débat" illustre le simulacre qu'il a construit...

Tu joues... Tu gagnes... Tu perds... La vie selon Macron...

Il y a quelques temps déjà (Novembre 2017), Harold Bernat intitulait, dans "Le néant et le politique - Critique de l'avènement Macron" paru aux éditions L’Échappée", son chapitre 1:

"Construction du simulacre Macron"

Un simulacre, rappelons-le, c'est ce qui n'a que l'apparence de ce qu'il prétend être.

Depuis 2017, les français ont assisté sidérés, médusés, admiratifs aussi parfois, à l'installation méthodique, pensée, théorisée d'une suite de "simulacres". Je n'en ferai pas ici l'énumération mais m'attarderai sur un seul: celui du Grand Débat National.

Un "modèle"' de simulacre car il n'est pas "Grand", ne correspond en rien aux diverses définitions du mot "Débat" et n'est "national" qu'en partie, la jeunesse et les "quartiers" tournant largement le dos à la convocation du Président de la République.

Car il s'agit bien de cela. D'une convocation à débattre sur ordre, de manière très encadrée, bornée, limitée, ceci afin de contrebalancer le débat inorganisé, anarchique, spontané, libre mis sur les rails de la démocratie par les Gilets Jaunes avant que ceux-ci soient délogés des ronds-points investis, puis dépossédés de la réflexion contradictoire par les violences des populistes extrémistes de gauche et de droite. Violences fort bien exploitées par le sommet de l'Etat et par toutes celles et ceux ayant intérêt à faire taire la "parole anarchique", c'est à dire cette infime minorité de français au pouvoir ou dans les contre-pouvoirs, mais ayant en commun de vivre des avantages que ce même pouvoir et ces mêmes contre-pouvoirs leur octroient. Ils se reconnaîtront.

Le Grand Débat National a été décidé d'en-haut. Les médias nous en montrent l'écume.

Une écume omniprésente incarnée par la silhouette en chemise blanche et cravate noire du cadre supérieur "briefant" ses équipes, micro en main, debout quand la France est priée de rester assise: Emmanuel Macron toujours pressé de construire la start-up nation de ses rêves. Pour parvenir à ses fins, n'encourage-t-il pas la création d'une École "marchandisée", formant (formatant?) de futurs collaborateurs dociles, "bankable", souples et corvéables à merci?

Comment un "débat" - j'enferme le mot entre des guillemets tant ce "débat" n'en est pas un - décidé, verrouillé par le pouvoir pourrait-il déboucher sur autre chose que des décisions - déjà prises sans doute - favorisant toujours les castes dirigeantes et celles vivant à leurs crochets?

Le Président Macron, le gouvernement et sa majorité ont très vite compris le danger que pouvaient représenter les Gilets Jaunes: incarner une limite infranchissable aux pouvoirs politiques et économiques. C'était évidemment intolérable et trop risqué quand cette limite est le spectacle des injustices - fiscales entre autres mais pas uniquement - jetées quotidiennement à la face des français par le biais des chaînes d'informations, et pour certaines, de communication gouvernementale, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Injustices considérées comme consubstantielles du système défendu par la Macronie triomphante. Tu joues... Tu gagnes... Tu perds... La vie selon Macron...

La vie selon une majorité composée de "français qui vont bien", ne représentant qu'une part infime de la nation profonde, n'ayant pour la quasi totalité d'entre eux jamais connu les difficultés quotidiennes dont s'entretenaient les gilets jaunes sur les ronds-points.

Dire tout cela, je le sais, sera contesté - et c'est tant mieux car le débat c'est cela - par celles et ceux qui voient dans les Gilets Jaunes un "ramassis inculte", des "fachos", des "militants d'extrême gauche avides de sang", des "nantis en mal de contestation", des "complotistes", etc. Je reprends ici les formulations lues en particulier sur les réseaux dits "sociaux". La haine qui s'est abattue sur ce mouvement n'a d'égale que la peur panique qu'il a provoquée dans le microcosme. Ce microcosme fonctionnant dans l'entre-soi, parfois même par la cooptation - Alain Juppé au Conseil Constitutionnel - et ayant confisqué le pouvoir à ces outrecuidants qui ont un jour eu le toupet d'avoir seulement l'idée de le reprendre par la parole. Ils osaient dénoncer le pouvoir et ses injustices institutionnelles dont la principale concerne le pouvoir économique permettant à quelques-uns de s'approprier la souveraineté nationale.

Voilà pourquoi ce "Grand Débat" mis en scène par le Président de la République était un simulacre.

Désormais nous attendons les décisions du Président de la République puisque les débatteurs ont été priés de sagement reprendre le chemin de l'écoute passive et de l'obéissance la moins critique possible...

Christophe Chartreux

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