Et si l'on en finissait avec le DNB (Brevet des collèges) tel qu'il est?...

J'appelle tous les acteurs de l'Ecole à réfléchir, à proposer, à contredire. A ouvrir un chantier pour construire des enseignements au profit d'un "examen" plutôt que maintenir ou fabriquer des examens qui obligent la fabrication d' enseignements et de leur pédagogie.

La canicule qui sévit sur la France entraînant le report du DNB a eu au moins un mérite. Celui de constater que bon nombre d'élèves, de parents et aussi d'enseignants n'attachaient plus une grande importance au Diplôme National du Brevet, devenu routinier et dont chacun reconnait qu'il ne correspond en aucun cas à ce que le ministère décrit comme un "rite de passage" ou comme la validation d'acquis en fin de 3e. L'expression "cycle 4" n'ayant plus très bonne presse rue de Grenelle, ce qui est fort dommage.

N'a-t-on pas entendu ces parents affirmer que leurs enfants passeraient l'épreuve en septembre lors de la session dite de "rattrapage" car ils ne pouvaient se permettre de repousser leurs dates de départ en congés. Si Paris vaut bien une messe, le soleil vaut bien le sacrifice du Brevet. Et vaut bien aussi, au passage, de considérer la fin d'année scolaire officielle comme sans intérêt.

Le Brevet - pour faire court - dans sa forme actuelle n'a aucun intérêt. Philippe Meirieu le disait très bien dans son dialogue avec Xavier Darcos, parlant de cet examen:

"... un  test  commun  qui,  si  celui-ci  ne prend  pas  la  forme  d’un  investissement  personnel,  favorise  tous  les  excès  du  bachotage et l’envahissement des livres de recettes parascolaires."

Et Philippe Meirieu d'ajouter:

"Mieux vaut une véritable épreuve au sens initiatique du terme, un rite de passage constitué par un examen intelligent plutôt qu’une série d’exercices  formels  dont  les  contenus  seront  oubliés  le  lendemain  de  l’examen. "

in Deux voix pour une école, Philippe Meirieu et Xavier Darcos, Ed Desclée de Brouwer

Le Diplôme National du Brevet, auquel on a ajouté le contrôle continu, un oral - qui devrait lui-aussi être totalement refondé tant il ressemble à tout sauf à un ORAL! - et quelques disciplines mises en lumière parfois par tirage au sort, doit être supprimé pour être remplacé par d'autres réalisations que chaque aurait à construire tout au long du cycle 4 (5e/4e/3e). 

Pourquoi par exemple, mais tous les apports sont bienvenus, ne pas imaginer la construction de dossiers comportant un texte en langue étrangère, une approche historique, littéraire et économique d'un métier? Un dossier qui serait préparé par les élèves et mis en pages sur ordinateur avec l'aide des professeurs d'arts plastiques et de technologie. Il serait défendu devant un jury comprenant un enseignant du collège et un professionnel. 

Sans oublier bien évidemment - je cite encore Philippe Meirieu dans l'ouvrage cité -  "l’ambition  culturelle  autour  de l’histoire,  des  arts  et  de  la  littérature" car il ne serait évidemment pas question de négliger cette ambition au profit de seules compétences techniques.

Voilà 30 ans exactement que des propositions - celles ci-dessus et bien d'autres - sont faites dans le désert! Ni la droite et hélas pas suffisamment la gauche n’ont voulu prendre la question du collège à bras-le-corps, et a fortiori la question du Brevet.

On laisse subsister depuis toujours ce faux certificat d’études. Qui ne va d'ailleurs pas tarder à être déserté par les "bons élèves". En 1989, Lionel Jospin avait été alerté (par Philippe Meirieu) d'une expérience du DNB par "brevets" avec les collèges de la vallée du Gier (Etablissements très déshérités). Il n'y eut aucune suite.

Dans les années qui ont suivi, TOUS les conseillers, y compris ceux qui entouraient les ministres de l'Education Nationale successifs entre 2012 et 2017, étaient plus fascinés par l’aura de Frédéric Taddei - que j'apprécie par certains aspects de ses recherches mais pas toutes - et par les idées du WISE (Au secours!), et soucieux de flatter les lobbies en place, que par la nécessité de s'attaquer de front au collège et de profiter de la réforme de celui-ci - réforme que Najat Vallaud-Belkacem avait commencé à mener courageusement mais non sans mal ni obstacles - pour rénover complètement le Brevet.

Or depuis mai 2017, chacun sait très bien que le pilotage par la nature des épreuves d’examen, cela fonctionne.  Et que c’est beaucoup plus difficile à détricoter ensuite qu’une réforme, pourtant urgentissime, des enseignements. Jean-Michel Blanquer, actuel Ministre de l'Education Nationale, a parfaitement compris cela, lui qui réforme le lycée par le Bac quand c'est tout l'inverse qui devrait être mis en place.

J'appelle tous les acteurs de l'Ecole à réfléchir, à proposer, à contredire.

A ouvrir un chantier pour construire des enseignements au profit d'un "examen" plutôt que maintenir ou fabriquer des examens qui obligent la fabrication d' enseignements et de leur pédagogie.

Christophe Chartreux

Lien vers le livre cité (format PDF)

https://www.meirieu.com/LIVRESEPUISES/deux_voix_une_ecole.pdf

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