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Billet de blog 27 février 2016

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Loi travail... Aux combats des soldats perdus, préférons la réflexion et la construction...

Tout le monde ne parle plus que d'elle: la loi travail. Mal nommée puisqu'il s'agit d'un "avant projet de loi" que médias et réseaux sociaux ont rebaptisé très vite "loi". Ceci n'a fait qu'attiser les passions. Mais qui a lu cet avant projet? Certainement l'immense majorité des journalistes. Certainement pas l'immense majorité des signataires de la pétition lancée par Caroline de Hass.

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Tout le monde ne parle plus que d'elle: la loi travail. Mal nommée puisqu'il s'agit d'un "avant projet de loi" que médias et réseaux sociaux ont rebaptisé très vite "loi". Ceci n'a fait qu'attiser les passions.

Mais qui a lu cet avant projet? Certainement l'immense majorité des journalistes. Certainement pas l'immense majorité des signataires de la pétition lancée par Caroline de Hass. Je ne leur fais aucun reproche, l'époque étant aux emportements immédiats, aux feux de broussailles, au militantisme devant un écran bien plus que sur le terrain.

Cet avant projet de loi a, qu'on le veuille ou non, une philosophie que l'on trouve dans des rapports déjà anciens comme ceux de Gilbert Cette, de Jacques Barthélémy ou celui de la commission Combrexelle. Là encore, je doute fortement qu'une majorité d'opposants et de défenseurs de l'avant projet "loi travail" les ait seulement consultés. L'air du temps a condamné à mort l'examen des textes longs.

C'est un autre débat.

Cette philosophie de la "loi" repose sur deux éléments clefs:

- relancer le dialogue social en favorisant la négociation d'entreprise;

- permettre aux partenaires sociaux de déroger au droit réglementaire s'ils parviennent à négocier et à se mettre d'accord.

Ces clefs sont aujourd'hui à la fois indispensables et urgentes à mettre en place. L'économie contemporaine privilégie partout le recours à l'innovation. Ce qui signifie recourir à la "destruction créatrice", au remplacement permanent d'activités anciennes par des activités nouvelles. Ce qui a pour effet d'amener les salariés du XXIe siècle à changer d'emploi et de secteurs professionnels plusieurs fois dans leur vie. Il ne s'agit pas de porter sur ces faits des jugements moraux en affirmant que c'est "très bien" ou "très mal". Il s'agit de tenir compte d'une réalité. Ne pas le faire, c'est s'engager à l'aveugle sur une voie très escarpée. C'est mettre en DANGER des salariés DEJA précarisés.

Pour permettre à chacun de s'installer dans cette "pratique économique" nouvelle, il est souvent question de "flexisécurité". En quoi consiste-t-elle?

- en la flexibilité d'abord, qui offre aux employeurs ayant besoin de nouvelles qualifications pour lancer de nouvelles activités la possibilité de recruter ou de se séparer de salariés plus facilement;

- en la sécurité ensuite (ou en même temps). Sécurité de revenus par la combinaison d'allocations chômage généreuse et une VRAIE formation permettant de toujours rebondir.

Aujourd'hui en France nous n'avons ni flexibilité, ni sécurité. Là-aussi, c'est un fait. Auquel s'ajoute l'étrange gestion (par les syndicats) des 35 milliards dépensés pour la formation professionnelle mais dont 5 chômeurs sur 6 ne voient jamais la couleur.

La "loi El Khomri", qui sera évidemment amendée contrairement aux affirmations hurlées sur les réseaux sociaux sans le moindre discernement, devra veiller à respecter l'équilibre "flexibilité" et "sécurité". Pour le moment, en l'état de l'avant projet, ce n'est pas encore le cas.

D'autres propositions sont très intéressantes et à conserver, à développer, à enrichir:

- le contrat à droits cumulables au fil de l'ancienneté;

- les référendums d'entreprises (à la demande des syndicats);

- le renforcement du dialogue à l'intérieur de l'entreprise. Dialogue qui peut amener les TRES nombreux non syndiqués à s'engager enfin.

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, une question légitime revient souvent:

" La flexisécurité sera-t-elle créatrice d'emplois?"

Au vu des expériences dans les pays voisins de l'UE et sans pour autant "copier-coller" ce qui s'y passe, elle encouragerait la création d'emplois en rendant le marché plus fluide avec des gens ENFIN mieux formés. S'installerait alors un équilibre entre marché de la demande et offre de travail. Il serait également possible, par cette loi une fois amendée, de favoriser la souplesse macro-économique qui relancerait la croissance de la part de nos partenaires, l'Allemagne en particulier.

Et puis, élément capital, cette loi permettrait de changer la relation "employeur/employé" qui, aujourd'hui, s'appuie sur la défiance, voire le conflit permanent.

Beaucoup de salariés sont malheureux au travail. Est-ce celà qu'on veut maintenir?

Il n'y a pas de place pour le dialogue, l'information, la promotion en interne. Est-ce celà qu'on veut maintenir?

Les employeurs doivent considérer leurs salariés (Souvent ils les appellent des "collaborateurs"; hélas la place laissée à la collaboration effective est minime) comme des interlocuteurs devant être informés et écoutés. L'avant projet de loi porte, pour l'instant en partie, cet espoir de changement dans les attitudes. Il faut aller vers plus de COGESTION. C'est, pour le moment, parfaitement impossible, chacun (emplyeurs et employés) devant faire des efforts communs.

Une seconde question, à mon avis moins essentielle mais idélogiquement nécessaire, est souvent posée au sujet de cette flexisécurité:

" La flexisécurité est-elle de droite ou de gauche?"

La réponse se trouve dans la lecture - car il faut le lire avec attention! - de l'avant projet de loi. Que vise-t-il? Que vise la flexisécurité équilibrée?

- émanciper l'individu quelle que soit son origine et la situation dans laquelle il se trouve;

- donner non pas une, mais deux ou trois chances successives aux salariés, le chômage n'étant plus une fatalité tragique mais un très court passage vers d'autres rebonds possibles;

- encourager les mobilités qualifiantes alors qu'elles sont aujourd'hui précarisantes.

Etant tout cela et la loi favorisant cette mise en place, alors elle est de gauche!

Cette gauche qui se déchire, non pas entre la "fausse" ni la "vraie" gauche. Tout cela est absurde! Qui se déchire entre la gauche du réel, du courage de l'engagement et celle de l'idéologie pétitionnaire mais qui ne prend jamais la moindre responsabilité. L'attitude de Martine Aubry récemment qui ne propose qu'un "suicide collectif", balayant d'un revers de la main tout le quinquennat (qui a beaucoup fait; le bilan en sera la démonstration), préférant manifestement la polémique personnelle avec la tête du Premier Ministre espérée en trophée, est parfaitement scandaleuse.

Ces combats de soldats perdus privilégiant l'intérêt personnel et délaissant la responsabilité collective sont d'une dangerosité extrême pour la démocratie et n'apportent RIEN à ceux que les Aubry et autre de Hass affirment défendre.

Christophe Chartreux

PS: les éléments "techniques" concernant la Loi travail sont repris à partir de l'entretien donné au magazine L'Obs en date du 25 février, page 45 et suivantes, par Philippe Aghion, professeur d'économie au Collège de France, professeur à Harvard pendant quinze ans.

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