S' opposer aux discours apocalyptiques et à la pensée pré-mâchée...

L'heure d'opposer un discours de raison, d'expertises multiples aux propos et idées apocalyptiques, anxiogènes et carrément racistes pour certains d'entre eux est venue.

Les propos de Jean-Paul Brighelli - voir vidéo en bas de page - sont l' "exemple" de ce tsunami de populisme, de haine contre les fonctionnaires, de propos délirants et mensongers véhiculés contre l'école, contre les enseignants, contre la pédagogie, contre la solidarité, contre les migrants, contre la bienveillance, contre tout ce qui fait le socle des forces de gauche

Un "exemple" de ce discours imposé depuis des années, rarement contredit par des médias paresseux  - pas tous; je ne veux pas sombrer dans le "Tous les médias sont pourris!". Je laisse ce discours aux extrêmes) - et, pour certains, complices.

Cette "pensée", ces propos qu' "il fallait dire tout haut car "tout le monde" (???) le pensait tout bas", a détruit le débat démocratique, enfermant celles et ceux qui osaient contredire dans la condamnation immédiate:

- être solidaire, c'était être forcément favorable à l'assistanat;

- être bienveillant, c'était être forcément favorable au laxisme;

- être favorable à la refondation de l'école, à celle du collège, c'était être forcément favorable à la mort des savoirs;

- être du côté des migrants, c'était être forcément complice de la "théorie" du "grand remplacement";

- et aujourd'hui, être opposé à la politique d'Emmanuel Macron, appliquée par le gouvernement, c'est être forcément contre la France du progrès, de l'avenir, du libéralisme triomphant...

Tout cela touche à sa fin... D'autres voix fortes devront être entendues. d'autres opinions devront aller s'imposer - oui, s'imposer! - sur les plateaux télés et radios, dans la presse écrite. Pour porter ENFIN la contradiction!

L'heure d'opposer un discours de raison, d'expertises multiples aux propos et idées apocalyptiques, anxiogènes et carrément racistes pour certains d'entre eux est venue.  

Le texte reproduit ci-dessous, sans doute naïf mais sincère, était une réponse aux paroles imbéciles de Jean-Paul Brighelli, de tous les "Brighelli" qui hantent les réseaux divers et variés.

Si vous supportez d'entendre une suite d'âneries crétines, dont le désormais tristement célèbre "leur (celle des élèves) parole, c'est de la merde", vous pouvez toujours visionner l'émission en cliquant le lien de bas de page.

Voilà donc comment je parle - avec des milliers de collègues encore plus passionnés et passionnants que moi - des élèves!

Voilà le discours que j'oppose à la bêtise...

Christophe Chartreux

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Comme une petite musique…

Juin ! Le mois du brevet pour les troisièmes ! « Le vrai » comme dit Stéphanie… Le mois des derniers conseils de classe, ceux à la fin desquels les délégués de classe, à peine sortis de la salle, se précipitent sur leur portable pour annoncer les bonnes ou mauvaises nouvelles. « Tu passes ! »… Le mois qui termine l’année scolaire dans la moiteur de l’été qui s’annonce. Le mois des dossiers et des dernières sorties. Certains partent cette semaine en Espagne, à Barcelone. Je suis content pour eux. Les voyages ne font pas que former la jeunesse… Ils construisent et matérialisent leur vision d’une Europe qui, lentement, se fait.

Juin, c’est une petite musique différente. Nos séances, nos attitudes, nos conseils, résonnent différemment. Tout semble se détendre, s’écoule dans des moments d’être disait Proust, des moments d’être qui prennent fin. Je vis cette période comme au ralenti.

Le stress engendré par les mille et une obligations qui rythment nos journées communes s’estompe. Il laisse place à une forme étrange de quiétude, mais aussi de questionnements : auront-ils tous leur Brevet ? Ai-je tout fait pour que Pierre, enfin, soit libéré de son enfermement maladif face à l’écriture ? Stéphanie est-elle armée pour son passage en seconde ? Qu’aurais-je pu ou du faire d’autres pour cette quatrième difficile ? Mais il est trop tard désormais. Juin, c’est le point final d’un chapitre, le silence qui va s’installer dans l’établissement, le dernier cours, les au-revoir des plus grands qui ne reviendront pas… Quelques-uns nous ont côtoyés pendant quatre ans. Je les ai aimés, parfois détestés mais cela ne durait pas. Nous les avons accompagnés, sur le chemin, chaque collègue mettant le meilleur de lui-même pour construire ce voyage mystérieux qui mène de l’enfance timide ou dissipée à la pré adolescence responsable, qui mène à la connaissance par le savoir-faire libérateur.

Souvent je me suis demandé : que seraient-ils sans nous ? Mais je me demande aujourd’hui ce que je serais sans eux ? C’est dans cette double interrogation que se trouve je crois le Mystère, au sens quasi mystique du terme, du lien très fort qui unit le Maître à son disciple, l’élève au professeur. Jamais notre enseignement ne pourra accomplir pleinement ses missions si nous occultons le fait oh combien vivant du « vivre ensemble ».

Oui Stéphanie, oui Pierre, j’ai vécu avec vous ! Vous avez vécu avec moi ! J’ai été votre professeur et vous avez été mes élèves. Mais NOUS avons appris les uns des autres. Juin, c’est aussi cela : la perception d’une aventure commencée qui s’achève. Et l’on se souvient des fous-rires, des bonnes et des mauvaises notes, d’une leçon réussie et d’une autre manquée, des ces conversations au détour d’un couloir ou à votre table à la cantine. Que vous étiez fiers de me voir prendre le temps de m’arrêter pour vous écouter, vous regarder rire, vous inquiéter parfois... Et nous riions ensemble… Tu m’oublieras, Stéphanie… Mais si… Ne dis pas le contraire même si cela me fait plaisir que tu veuilles, sans le savoir, me mentir…Tu m’oublieras et il faut que cela soit ainsi. Bientôt tu côtoieras d’autres Maîtres, d’autres amis…Tu éprouveras d’autres sentiments, contradictoires et passionnés. Tu deviendras une citoyenne…Tu deviendras une femme. Tu apprendras encore car on apprend toujours et pas seulement à l’école… Quant à toi, Pierre, je te retrouverai peut être, en septembre… Et nous continuerons l’aventure…Tu veux bien ?

Juin ! Déjà… Tout est passé si vite…

Une année scolaire, la 33e de ma carrière… Déjà aussi ! Et comme une petite musique, j’entends mon père me dire :

« Alors, ils ont grandi tes élèves ? »…

Jamais il ne m’a demandé s’ils étaient meilleurs… Je n’aurais pas su quoi répondre… Meilleurs ? Meilleurs que qui, que quoi ? « Ils savent plus de choses papa… » Alors, m’a-t-il écrit un jour dans une lettre précieusement conservée, « ils ont forcément grandi et l’essentiel est là Christophe. Fais-les grandir en leur faisant aimer apprendre et aime apprendre avec eux ! Joue leur ta petite musique, bats la mesure et prends-les par la main au milieu des savoirs. Le reste ne t’appartient pas. Ils s’en empareront parce que tu auras su leur donner l’envie de t’accompagner vers le monde incertain de l’age adulte. Ils t’en seront reconnaissants même si, jamais, ils ne te le diront. De toutes les manières, nous ne sommes pas là pour être remerciés mais pour lire dans leurs yeux le désir de comprendre… »

Les paroles de mon père ont toujours résonné comme une petite musique…

Puissiez-vous, Stéphanie, Pierre et tous les autres, l’entendre à votre tour…

Christophe Chartreux

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