Coronavirus - Faisons "destin commun"

Ce qui se passe en ce moment, sous nos yeux, est une sorte de film de science-fiction dont nous serions les héros involontaires. Hélas, ce n'est pas un film. Les acteurs ne sont pas des personnages sortis de l'imagination d'un auteur ni d'un metteur en scène. Les malades sont malades. Les morts sont morts.

Je ne sais pas ce que demain sera. Je suis déjà heureux d'être en vie chaque matin et de voir les vivants d'hier être les vivants d'aujourd'hui. Pourtant, il y aura un "jour d'après". Et il m'arrive d'essayer d'imaginer ce qu'il pourrait idéalement être. C'est très simple:

une rupture radicale avec tout ce que nous avons connu jusqu'à maintenant dans TOUS les domaines.  Un monde construit par ses citoyens, solidairement, à l'écart des égoïsmes, "définanciarisé", écologique et dont le "logiciel" serait fabriqué pour AIDER l'autre - on devient plus fort en aidant - et non pour rechercher encore et toujours plus de profits que quelques-uns se partagent au détriment de ceux qui travaillent. Qui travaillent pour produire ces possibilités de profits incalculables. A l'écart des gains, évidemment. On les appelle les pauvres, ces petites mains qu'hypocritement certains applaudissent et remercient, aujourd'hui qu'ils ont peur!

Tout cela est naïf n'est-ce pas?

Je ne suis pas suffisamment expert pour me lancer dans une analyse prospective qu'un Piketty ou d'autres exposeront mieux que moi. Il n'empêche que de là où je parle, je vois, j'entends, je vis.

"Plus rien ne sera comme avant" avait-on dit après la crise de 2008. Et tout est redevenu comme avant. Aucune leçon ne fut durablement retenue car les puissances d'argent - pour employer un terme générique - savent, veulent et peuvent imposer leur loi d'airain. Elles veulent et peuvent empêcher les velléités de transformer une société qu'ils ont façonnée pour qu'elle leur soit utile et profitable. A eux et eux seuls. Pour tous ceux-là, réinventer le monde est un danger mortel. Ils sont prêts à tuer pour interdire cette réinvention nécessaire.

Pourtant, seul un monde construit sur davantage de justice - sociale mais pas seulement - offrira les leviers de fabrication d'un monde plus vivable. Un monde plus solidaire, plus collectif qui mettra fin aux égoïsmes. Ces égoïsmes nous ayant fait tant de mal.

C'est un combat de titans qui s'annonce car les "forces de l'argent" mettront TOUT en oeuvre pour maintenir et même consolider les structures de ce "barnum" si utile à leurs desseins.

Dans le domaine qui est le mien, je parle évidemment de l'éducation, nous - enseignants/élèves/étudiants/parents/etc - ne pourrons pas continuer "comme avant", comme si rien ne s'était passé. Et surtout pas avec cette équipe en place actuellement aux affaires, équipe qui évidemment DEVRA partir. Le plus rapidement serait le mieux mais je ne me fais, de ce point de vue, guère d'illusions. Oui, il faudra construire une autre Ecole, rédiger d'autres programmes, proposer d'autres formations, imaginer d'autres architectures scolaires.  Mon sujet ici n'est pas de proposer cette "autre école" mais si celle que l'actuel pouvoir met en place perdure, alors tout espoir de voir émerger une autre vision de société possible sera perdu.

Aujourd'hui, là, au moment où j'écris, au moment où vous lisez, écoutez... Que nous dit-on? Confinez-vous! C'est parfaitement normal et salutaire. Mais écoutez bien. Tendez l'oreille. Que nous dit-on aussi?

Comme une petite musique lancinante. Confinez votre esprit critique, respectez un moment d' "unité nationale" - venant d'un pouvoir qui a passé trois ans à exprimer son mépris pour tous ceux qui osaient réfléchir autrement, c'est cocasse. Il sera temps, après, lorsque la machine de production aura recommencé à polluer nos villes comme nos vies, de tirer les leçons de cette pandémie mortifère. Vous allez voir ce que vous allez voir! "Rupture" a osé, dans un délire soudain clairvoyant, notre Président de la République. Hélas, tout cela n'est que simulacres accumulés. On veut nous "faire croire que...". Que tout cela, que tous ces malades, que tous ces morts sont la conséquence, certes de quelques erreurs d'appréciation - "On ne pouvait pas prévoir" - mais certainement pas de choix plus profonds, de choix de société.

Ce sont ces choix que les PEUPLES devront mettre de coté pour en IMPOSER d'autres.

Faisons le choix d'une société qui protège la totalité de l'humanité, sans laisser personne "au bord du chemin"...

Rejetons les choix de société qu'une minorité a fabriqués à son profit et qui régulièrement amènent cette humanité déshumanisée au bord du gouffre...

Faisons jaillir un "destin commun"!

Christophe Chartreux

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