2022... Un monde où tous les possibles seront à nouveau présents...

L'Histoire de la Ve République - pour ne pas remonter à Platon - regorge, fourmille et déborde d'idées politiques. Toutes, à quelques exceptions près, sont issues du quasi sacro-saint "pragmatisme". Ce "pragmatisme politique" qui n'a eu pour effets que freiner les enthousiasmes, les envies et annihiler les rêves.

Dans le film dont parlaient hier sur France Inter son réalisateur Nicolas Pariser et Najat Vallaud-Belkacem (voir lien en bas de page), une question a été posée sans qu'il y soit vraiment répondu (ce n'était pas l'objet de l'émission mais c'est l'un des prétextes au film):

"Qu'est-ce qu'une idée?"

Complétons la question:

"Que doit être une idée politique en 2019 et dans les années à venir?"

L'Histoire de la Ve République - pour ne pas remonter à Platon - regorge, fourmille et déborde d'idées politiques. Toutes, à quelques exceptions près, sont issues du quasi sacro-saint "pragmatisme". Ce "pragmatisme politique" qui n'a eu pour effets que freiner les enthousiasmes, les envies et annihiler les rêves.

Pour couronner le tout ces idées "pragmatiques" étaient issues d'un discours très souvent incompréhensible à une immense majorité de français. En 2016/2017, durant la campagne, E Macron et ses soutiens ont apporté une variante. Au "pragmatisme", ils ont ajouté le "flou conceptuel". Jamais aucun observateur ne pouvait exactement traduire les propos tenus par le candidat "En Marche". Et chacun pouvait aussi y trouver son "bonheur" tant ce flou faisait office de projet.

Alors que devra être une "idée politique" pour les années à venir? Et même dès maintenant. Je ne parle pas ici du fond mais de la forme et mes propositions sont sans doute très éloignées de ce que l'on peut entendre à l'ENA ou à Sciences Po, écoles que je n'ai pas fréquentées. Il s'agit davantage d'intuitions, de perceptions que d'une réflexion formatée, ce qui me semble plus intéressant peut-être. Avec le vocabulaire d'un littéraire "doux rêveur" sans doute. Ce rêve disparu.

Une idée politique se devra d'être évidemment compréhensible sans être simpliste. Oui, il faut cesser de croire que la complexité d'un propos serait gage de "génie". Les "synergies", c'est joli sur un plateau. Cela "fait" expert. Mais le citoyen veut entendre des humains comme lui, des gens qui doutent parfois, des candidats qui n'apportent pas la certitude de succès annoncés, jamais aboutis. D'où les déceptions récurrentes.
Elle devra être joyeuse, galvanisante et porteuse de rêves. L'utopie ne doit pas être excessive - un équilibre à trouver - mais elle doit faire son retour. Si la jeunesse du monde suit Greta Thunberg, ce n'est pas parce qu'elle est une experte "sachante" - ce qu'elle n'a jamais prétendu être - mais parce qu'elle porte des utopies, des rêves de monde meilleur, plus juste, plus "propre". Un monde où tous les possibles seront à nouveau présents.

Elle devra se rapprocher des préoccupations locales. Difficile certes car il existe un nombre incalculable de "lieux". Néanmoins, tous ces "lieux" sont traversés, reliés par des constantes permanentes. En s'adressant à cet urbain aisé, à ce banlieusard fatigué, à ce rural lointain, à ce français expatrié, en s'adressant aux femmes, à la jeunesse quelle qu'elle soit, aux populations des cités dites "difficiles" regorgeant d'énergie et de trésors, aux étrangers vivant sur notre sol, bref à toi et à moi, alors cette idée politique viendra sonner aux oreilles et permettra à chacune et chacun de s'approprier l'espoir qu'elle porte.

Enfin - mais il y aurait tant à dire et je laisse le soin à toutes et tous d'écrire et de dire la suite - l'idée politique 2019 et après devra respecter les français. Les respecter en reflétant TOUJOURS, d'une manière ou d'une autre, la réalité des inégalités sociales par une "sociologie de l'idée".
Ces inégalités qu'Emmanuel Macron méprise, pensant du haut de sa suffisance qu'il suffit de "traverser la rue pour trouver un emploi".
Inégalités sociales que l'extrême droite utilise - Eric Zemmour s'emparant de Jaurès et Blum - pour mentir au peuple, prendre le pouvoir et trahir ce même peuple à peine installée à l'Elysée.

Les années à venir doivent nourrir des idées non seulement différentes par ce qu'elles apportent, mais différentes aussi et surtout par le renouvellement qu'elles provoqueront dans les esprits anesthésiés d'un peuple qui ne demande qu'à agir pour mieux vivre ensemble.

Christophe Chartreux

https://www.franceinter.fr/emissions/on-aura-tout-vu/on-aura-tout-vu-28-septembre-2019

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