Education - Notre école mérite un débat digne, majeur et responsable...

Voilà ce que mérite notre école: un débat digne, majeur et responsable. Utile. Gardons-nous de l'enchaîner aux modes populistes, aux bassesses, aux résumés hâtifs. Et par là, de l'asservir!

2017 s'achève. Une année difficile pour celles et ceux ayant démocratiquement lutté pour un résultat politique qui ne fut pas celui de leurs attentes, il est temps de dire ce que pourrait être, ce que nous aimerions que soit la forme du débat éducatif et pédagogique en cette année 2018 qui va commencer. Le dire de manière la moins bavarde possible, les "babillages" et bavardages ayant trop souvent pris le pas sur la réflexion longue, posée, mesurée et pourtant bien plus nécessaire et utile que toutes les conversations de plateaux télé et radios dont le "bruit" a couvert souvent l'intelligence raisonnable.

Les débats éducatifs et pédagogiques sont toujours passionnants et passionnels. Ils sont l'occasion de disputes mémorables, d'invectives, d'injures, de crêpages de chignons et autres prises de position, chacun défendant bec et ongles sa "chapelle". Ils offrent aussi et heureusement la possibilité de rencontres enrichissantes, de partages, d'échanges et d'amitiés sincères, y compris avec celles et ceux ne partageant pas les mêmes points de vue.

Mais revenons sur ce quinquennat achevé il y a six mois.

Ce fut - je parle ici du seul sujet qui m'importe: l'éducation, l'Ecole au sens large du terme - un long parcours ponctué de débats médiocres sur des sujets qui ne l'étaient pas. Oui le débat public méritait mieux que ces petites polémiques permanentes, répétées, offrant aux chroniqueurs l'occasion de "surfer" sur l'accessoire quand il aurait fallu se concentrer sur l'essentiel. Pendant cinq ans, tout fut mis en oeuvre, involontairement ET volontairement parfois, pour abaisser le niveau, pour disqualifier des chercheurs devenus inaudibles tant les échanges couvraient leurs voix, effaçaient leurs écrits. Les petites mesquineries ont réussi le triste exploit de vaincre les convictions, de dénigrer les compétences, d'abaisser les savoirs alors que ces convictions, compétences et savoirs contenaient tout ce qui aurait pu, ce qui aurait du rendre au débat public son intelligence.

Alors, petit à petit, subrepticement, à bas-bruit mais aussi à haute voix, les caricatures, les définitions grossières et mensongères souvent, les fantasmes entretenus, les fausses nouvelles - les "fakenews" - sont venus submerger la réflexion. Vouloir une école juste devenait aussitôt un "nivellement par le bas". Vouloir initier plus d'élèves aux langues mortes était traduit par une "mort annoncée de la civilisation", rien que ça. Réformer le collège était considéré comme une atteinte aux savoirs fondamentaux et aux disciplines. Et ainsi de suite dans un flot continu de mauvaise foi, de stériles échanges sur les réseaux dits "sociaux", sur les plateaux télés et radios faisant la part belle aux plus démagogiques, aux plus réactionnaires, aux plus menteurs et fiers de l'être. La contradiction légitime devenait inaudible. Un Eric Zemmour devenait tout à coup plus expert qu'un François Dubet ou qu'un Philippe Meirieu. Le populisme, déjà, l'emportait. L'immédiateté tuait le "temps long". Le buzz "faisait" l'actualité. Quant au grand public, parfois peu informé, voire désinformé, il était tenu à l'écart et méthodiquement sommé de se ranger sous la bannière des "vrais défenseurs" de la République, dont la droite la plus réactionnaire et la fachospère omniprésente. Ainsi fut perdue la "reine des batailles": celle des idées!

Tout cela doit cesser au risque mortifère pour notre école d'entrer dans une longue nuit conservatrice. Comment un Président de la République, jeune, dynamique et sincèrement européen, peut-il valider, encourager un projet éducatif tourné davantage vers le passé, replié sur des souvenirs fantasmés d'une école très franco-française quand il faudrait ouvrir les yeux et nous inspirer - sans le copier/coller - de ce qui se fait de mieux au sein de l'Union européenne? Comment accepter que notre école primaire persévère dans l'erreur avec une semaine de quatre jours?

2018 devra rendre la parole et la réflexion aux chercheurs, aux penseurs éclairés et éclairants, à toutes celles et ceux qu'on a fait taire. Ces chercheurs et penseurs, femmes et hommes de raison, pas toutes et tous d'accord entre eux mais justement, avec leurs différences, remettant à l'honneur la "disputatio" remplacée depuis des années par l'écume des futilités accessoires et la facilité. Ainsi sera remportée une autre bataille essentielle: celle de la culture! Une culture ouverte, plurielle, éloignée des condensés de raisonnement en 280 signes.

Voilà ce que mérite notre école: un débat digne, majeur et responsable. Utile.

Gardons-nous de l'enchaîner aux modes populistes, aux bassesses, aux résumés hâtifs. Et par là, de l'asservir!

Christophe Chartreux

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