Sciences, capitalisme et anarchisme (4)

IV) Une proposition anarchiste

1) Contre « le gouvernement de la science » :

La constitution de la communauté scientifique actuelle, ses productions et ses techniques, nous l’avons vu, sont déterminées en grande partie par des facteurs externes à son champ. L’influence de l’économie, du politique et du social sur les sciences et les techniques posent de nombreux et vastes problèmes éthiques ; s’agissant de l’exploitation des masses, de la fabrique du consentement des individus, ou encore du traitement du vivant et des sujets aux expérimentations. L’avènement de la bioéthique et de l’éthique des sciences, loin d’avoir été et d’être inutile, ne suffit cependant pas à faire barrage à de nombreuses utilisations néfastes de la recherche affectant les vivants. Règles, serments et chartes éthiques ne répondent pas suffisamment bien aux problèmes, ces considérations normatives sont rapidement limitées, car les structures sociales et disciplinaires permettent souvent leur irrespect. Nous l’avons vu, la critique de l’utilisation des sciences se trouve déjà chez Bakounine. Ce dernier était conscient que la science pouvait servir (intentionnellement ou non) d’outil contre l’égalité, le bonheur commun ou la prospérité de certains groupes d’individus, et pensait que la complexité croissante du monde social mêlé à l’existence du privilège allait donner aux sciences et aux techniques un rôle complexe et insidieux également croissant, un rôle rétroactif entre optimisation économique et rationalisation éthique.

« Qu’est-ce qui constitue aujourd’hui principalement la puissance des États ? C’est la science. […] Oui, la science. Science de gouvernement, d’administration et science financière ; science de tondre les troupeaux populaires sans trop les faire crier ; science de leur imposer le silence, la patience et l’obéissance par une force scientifiquement organisée ; science de tromper et de diviser les masses populaires, de les maintenir toujours dans une ignorance salutaire, afin qu’elles ne puissent jamais, en s’entraidant et en réunissant leurs efforts, créer une puissance capable de renverser les États ; science militaire avant tout, avec toutes ses armes perfectionnées et ses formidables instruments de destruction qui « font merveille » ; science du génie, enfin, qui a créé les bateaux à vapeur, les chemins de fer et les télégraphes qui, en transformant chaque gouvernement en un Briarée à cent, à mille bras, lui donnent la possibilité d’être présent, d’agir et de saisir partout, créent les centralisations politiques les plus formidables qui soient. »1

Nous l’avons vu, après avoir fait autrefois de la politique un art, on en a fait une science, jusque dans les disciplines académiques. Pourtant cette idée est extrêmement critiquable, car la politique ce n’est pas que de l’analyse, de l’expérimentation et du raisonnement, c’est aussi des affects et des conceptions morales. Nous l’avons évoqué, le résultat de la scientifisation de la politique est la création d’une classe particulière, hétérogène, mais qui s’intègre tout à fait à la classe dite « bourgeoise », celle des expert.es, des influenceur.euses, des analystes et des économistes : ceux qu’on appelle déjà « les technocrates » (un terme regroupant la double dimension technico-scientifique et de pouvoir politique de leur condition). Selon Bakounine de telles personnes ne peuvent pas prendre en compte l’expérience et la souffrance des masses, car leurs origines sociales ne leur aura simplement pas fait connaître les maux et les difficultés des masses concernées. Il soutient que ceux qui prétendent au gouvernement des humains sont des spécialistes de leur domaine, la première spécialité d’un politicien étant d’acquérir du pouvoir. De ce fait, si l’autorité scientifique s’unit à l’autorité politique, l’efficacité des politicien.nes et des expert.es n’en sera que plus redoutable, non seulement grâce aux ressources techniques dont ces groupes disposeront, mais aussi par le prestige qu’ils imposeront aux masses. Ainsi il soupçonnait que la science allait permettre aux dirigeants de rationaliser leurs privilèges.

« Une société qui serait gouvernée par les savants aurait donc le gouvernement du mépris, c’est-à-dire le plus écrasant despotisme et le plus humiliant esclavage qu’une société humaine puisse subir. Ce serait aussi nécessairement le gouvernement de la sottise ; car rien n’est aussi stupide que l’intelligence orgueilleuse d’elle-même. En un mot, ce serait une nouvelle édition du gouvernement des prêtres. »2 3

2) L’émancipation par l’instruction intégrale :

Le gouvernement de la société par la science et les seuls scientifiques n’est pas souhaitable. Bakounine soutient l’idée d’une science qui servirait les humain.es pour leur émancipation, en trouvant notamment dans la psychologie les lois qui gouvernent leur entendement et dans la sociologie celles qui gouvernent les dynamiques sociales ; à l’opposé, le néolibéralisme (ses structures et ses acteurs) utilise ces lois pour fabriquer le consentement. On tombe donc ici sur une opposition paradoxale entre déterminisme qui sert à libérer, et libre-arbitre qui sert à contrôler.

« Ce que je prêche, c’est donc, jusqu’à un certain point, la révolte de la vie contre la science, ou plutôt contre le gouvernement de la science. Non pour détruire la science – à Dieu ne plaise ! Ce serait un crime de lèse-humanité –, mais pour la remettre à sa place, de manière à ce qu’elle ne puisse plus jamais en sortir. […] Elle n’a pu le faire que pour deux raisons : d’abord parce que, constituée en dehors de la vie populaire, elle est représentée par un corps privilégié ; ensuite, parce qu’elle s’est posée elle-même, jusqu’ici, comme le but absolu et dernier de tout développement humain ; tandis que, par une critique judicieuse, qu’elle est capable et qu’en dernière instance elle se verra forcée d’exercer contre elle-même, elle aurait dû comprendre qu’elle n’est elle-même qu’un moyen nécessaire pour la réalisation d’un but bien plus élevé, celui de la complète humanisation de la situation réelle de tous les individus réels qui naissent, qui vivent et qui meurent sur la terre. »4

La science doit être considérée comme un moyen et non comme une fin en soi, n’en déplaise à la curiosité, et bien que Bakounine respecte et estime grandement cette dernière il pense qu’elle doit toujours rester subordonnée à l’éthique, au bonheur, à la liberté et à la prospérité collective. Au même titre qu’il n’y a aucune liberté réelle sans égalité réelle (de droit et de fait), il n’y a pas de prospérité collective sans éthique, et l’éthique doit notamment être présente dans les sciences, car les techniques qu’elles permettent de produire auront toujours de l’influence sur la prospérité des individu.es.

Bakounine prend garde à ne pas essentialiser les humain.es, qu’il considère comme des êtres simplement matériels et compris dans la nature, ainsi son anarchisme est théoriquement opposé à tout type d’« homme nouveau » et toute racialisation essentialiste. (Dommage qu’il ne s’en soit pas toujours rappelé…) Il faut élever les humain.es par l’éducation, non pas une race par une distinction fantasmée. Cela doit se faire avec l’aide de la science, par un accès démocratisé et massif à la connaissance et à l’esprit critique. Dans quelle mesure la science peut-t-elle donc contribuer au sein de notre société à émanciper les individu.es ?

« D’un côté, la science est indispensable à l’organisation rationnelle de la société ; d’un autre côté, incapable de s’intéresser à ce qui est réel et vivant, elle ne doit pas se mêler de l’organisation réelle ou pratique de la société. Cette contradiction ne peut être résolue que d’une seule manière : par la liquidation de la science comme être moral existant en dehors de la vie sociale, et représenté, comme tel, par un corps de savants patentés ; par sa diffusion dans les masses populaires. La science, étant appelée désormais à représenter la conscience collective de la société, doit réellement devenir la propriété de tout le monde. [] C’est pour cela qu’il faut dissoudre l’organisation sociale séparée de la science par l’instruction générale, égale pour tous et pour toutes, afin que les masses, cessant d’être des troupeaux menés et tondus par des pasteurs privilégiés, puissent désormais prendre en main leur destinée historique. »5

L’avantage du savoir scientifique est qu’il est démocratisable et, en principe, vérifiable par tous.tes. Il ne doit y avoir autorité suprême ni de l’anarchiste ni du scientifique sur les sciences. Les vérités scientifiques, toujours en tant que vérité temporaire, doivent être utilisées comme moyens par la collectivité, instruite de ses principes, pour arriver à ses fins.

Si Bakounine promeut donc l’avancée des sciences sociales, ce n’est pas pour qu’une élite guide les pas d’une humanité trop bête pour faire les bons choix. Au contraire, il s’agit d’éduquer l’individu.e, pas de lui intimer quel chemin iel doit prendre, mais plutôt lui donner accès aux outils qui lui permettront de prendre sa propre décision : lui donner les moyens d’être « libre ». Le rôle de l’éducation et de la massification de la connaissance scientifique est ici primordial, et constitue un point de désaccord supplémentaire avec les penseurs néolibéraux. Si les individu.es prennent de mauvaises décisions ce n’est pas une question d’essence des individu.es ou de la foule, c’est avant tout une question d’éducation. Le néolibéralisme et le totalitarisme promeuvent la propagande et l’outil de communication pour fabriquer le consentement, l’anarchisme promeut l’éducation, l’organisation et l’intelligence collective pour (re)construire la société.6

3) Le problème de la justification et les avantages d’une « épistémologie sociale » :

La proposition anarchiste de Bakounine est au moins critiquable par rapport au problème de la justification des théories scientifiques, c’est-à-dire le processus par lequel nous jugeons de la vérité ou de la crédibilité d’une théorie. Car par la conception d’« instruction intégrale » (ou d’éducation populaire) et d’ouverture de la communauté scientifique, la justification pourrait devenir très majoritairement externaliste (alors même qu’on peut convenir qu’à de nombreux égards elle l’est déjà), c’est-à-dire que l’acceptation ou le rejet des théories ne dépendra pas seulement d’une « stricte » méthode scientifique, mais que des facteurs extérieurs (psychologiques ou sociaux par exemple) influenceront le jugement concernant sa véracité. En effet, de coutume l’accès à la communauté scientifique nécessite de répondre à certaines exigences, comme l’acquisition de connaissances et le respect d’une certaine méthodologie ou de certains principes épistémologiques, cela au sein d’une communauté où l’évaluation par les pairs décide du rejet ou de l’acceptation d’une théorie. Mais la sociologie des sciences a de nombreuses fois montré que la constitution de ce que sont la communauté et les institutions scientifiques dépend aussi de facteurs extérieurs à elles. Par exemple, du fait qu’il y a une forte tendance à la reproduction sociale de leurs membres les biais que subissent les scientifiques peuvent aussi en partie déterminer leurs méthodes, leurs critères épistémologiques et leurs jugements, qui ne sont pas des conséquences de leur seule raison. Des facteurs sociologiques peuvent en effet influencer la justification, car nombre de leurs préjugés, convictions ou catégories auront pues être déterminés par des facteurs externes. Ainsi les limites à l’objection concernant la justification apparaissent.

Nous pouvons donc remarquer que le problème éthique de l’accès à la communauté scientifique (généralement réservé à des privilégiés) peut lui-même engendrer un problème épistémologique. En effet, la science pratiquée par des individus portant leurs biais sociaux, culturels ou autres est probablement inévitable, cependant du fait de la reproduction sociale ces biais ont une grande probabilité d’être régulièrement les mêmes. Un exemple de cela est la critique d’Helen Longino, philosophe des sciences qui a défendu l’importance des valeurs et des interactions sociales pour la recherche scientifique. Dans Science as Social Knowledge, Longino soutient la pertinence des valeurs sociales, qui font partie du contexte humain de la science, pour la justification de la connaissance scientifique. Elle soutient par exemple que les observations et les données du genre qu’emportent les scientifiques ne sont pas en soi des preuves en faveur ou en défaveur d’une hypothèse particulière. Au contraire, la pertinence d’une donnée particulière pour une hypothèse donnée est déterminée par les croyances humaines. De plus, même lorsque la pertinence des preuves est décidée il subsiste un fossé logique entre les preuves et la justification complète des théories scientifiques pertinentes. Cet écart doit aussi être comblé par des croyances et des hypothèses sur le raisonnement légitime afin que les données probantes nous aident à décider quelles hypothèses accepter. Les hypothèses et les théories deviennent des connaissances lorsqu’elles font l’objet d’un examen minutieux à partir de points de vue divers, en particulier par celleux qui ont des croyances et des valeurs différentes. Contrairement à certain.es qui pourraient se servir de cette idée pour soutenir que la science n’est pas objective, Longino soutient que l’examen minutieux par celleux dont les valeurs varient peut renforcer l’objectivité des sciences. De ce point de vue la mixité sociale, culturelle, ethnique, de genre, voir même religieuse, est importante pour vérifier l’adéquation de nos motifs d’acceptation d’une théorie. Un dialogue critique ouvert au sein d’une communauté peut donc potentiellement permettre à celle-ci de surmonter certains biais ou préjugés. Ainsi l’objection du problème de la justification peut être affaiblie, voir renversé, grâce aux remarques de l’épistémologie sociale.

L’apport d’éléments externes à la communauté scientifique peut donc être bénéfique. La critique anarchiste tend à favoriser le dialogue critique au sein des communautés de recherche scientifique, permettant un apport épistémique. Les multiples points de vus des chercheur.euses ont donc un intérêt primordial, ainsi la diversité sociale au sein de la communauté scientifique peut permettre à la recherche d’être davantage affinée, car chaque scientifique aura subi des biais souvent différents, des biais qui pourront être comblés par d’autres. Cette logique de la recherche scientifique est par conséquent ouverte aux divers épistémologies sociales, et est probablement plus à même d’assimiler à ses domaines de nombreuses autres études, comme celles sur les genres, l’intersectionnalité ou la sociologie et la philosophie des sciences. Ainsi cette conception pourra peut-être enclencher le cercle vertueux prôné par l’instruction intégrale.

 

Conclusion :

Depuis la Révolution industrielle et la mondialisation du capitalisme le développement de la science a toujours été financé, utilisé, guidé, et cela a souvent eu comme effet de léser ou même d’asservir des populations de très nombreuses manières, et ce bien que les scientifiques n’y soient pas nécessairement favorables et que la faute leur soit rarement directement imputable. Les découvertes et les théories scientifiques, même les plus fausses et abjectes, ont pu parfois servir les pires objectifs, en rationalisant de nombreuses idéologies, allant du communisme autoritaire au fascisme, en passant par le capitalisme et son extension néolibérale. Les techniques permises par les sciences ont souvent servi à créer, développer et renforcer les systèmes économiques et politiques en tous genres. La psychologie et la sociologie, disciplines dont l’objet principal est l’étude des différents aspects de l’humain.e et des relations qu’iel entretient avec ses semblables, ont elles aussi été régulièrement utilisées pour tromper, contraindre, influencer puis contrôler les individu.es.

Bakounine, précocement conscient de nombreux dangers que l’utilisation des sciences et des techniques pouvaient représenter, a tenté d’imaginer l’élaboration d’une science éthique, pour que celle-ci serve les populations au lieu de les contraindre ou les contrôler ; comme une première ébauche de l’éthique des sciences. Ainsi l’anarchisme a très tôt prétendu pouvoir proposer une organisation éthique d’une communauté scientifique, en essayant de déterminer son fonctionnement et ses limites éthiques. C’est alors que s’imposa la conclusion qu’il n’y avait pas de science autorégulatrice de son éthique, et qu’une science éthique ne serait pas non plus possible sans un système, une organisation politique et sociale, qui ne le serait pas lui-même, qui ne permettrait pas structurellement des comportements éthiques. Pour que les sciences et la recherche soient éthiques il faut donc un changement politique et social. Pour être cohérente l’éthique scientifique est indissociable d’une éthique collectivement dirigée, elle-même ayant pour principe la diminution des souffrances des individus, et pour être respectée elle doit être soutenue par des structures sociales qui empêchent sa transgression. La prescription des recherches en science doit donc être déterminée avant tout en fonction des besoins de la collectivité, dans le but de son bien-être, de sa prospérité et de son émancipation progressive, c’est-à-dire dans le but du progrès social. De sorte à ce que les ambitions de « modernité » et de « progrès » en tant que progrès technique ne prennent jamais le dessus sur les principes de liberté, de bonheur et de prospérité collective, en les relayant au second plan.

Il convient alors à la fois de lutter, de penseur et de s’organiser, car dans le combat pour le progrès social l’action sans pensée n’est que vaine agitation, la pensée sans action est stérile, et toutes deux ne mènent à rien de durable sans organisation. Or l’organisation s’apprend aussi dans la confrontation aux sciences, et la transformation de l’organisation sociale exige de solides connaissances générales. Bakounine conseille donc au monde ouvrier de s’instruire, « de s’emparer de cette arme si puissante de la science sans laquelle il pourrait bien faire des révolutions, mais ne serait jamais en état d’établir, sur les ruines des privilèges bourgeois, cette égalité, cette justice et cette liberté qui constituent le fond même de toutes ses aspirations politiques et sociales »7. La science ne doit donc pas seulement être un moyen d’émancipation intellectuelle et morale qui libère les masses des croyances stéréotypées, du respect inconditionnel de l’autorité et de la croyance en la rationalité de l’État ; elle doit aussi être une auxiliaire, car par les connaissances qu’elle suppose, elle peut participer à rendre les individu.es aptes à organiser la société par elleux-mêmes, grâce à leurs connaissances, à leur capacité d’organisation et à l’utilisation des techniques.

L’ouverture de l’accès aux sciences et à la communauté scientifique favorise la pluralité, qui tend elle à favoriser le développement et la diversité des théories. Dans ce cas, l’enjeu est de maintenir la rigueur épistémologique des sciences dans la pratique du consensus, bien qu’il soit rarement possible de déterminer a priori quels seront les principes épistémologiques à favoriser ou à respecter nécessairement (car une théorie peut être considérée meilleure que ses concurrentes bien qu’elle ne réponde pas au mieux à chaque exigence épistémologique). Ainsi l’épistémologie sociale apporte une partie de la réponse, en rappelant que les multiples points de vus, biais et vécus des chercheur.euses ont un intérêt primordial à l’objectivité des théories. Ainsi la diversité sociale au sein de la communauté scientifique peut permettre à la recherche d’être davantage affinée, tout en lui permettant d’être ouverte et éthique, car elle permettra aux masses de décider en connaissances de causes.

 

 

« C’est en cherchant l’impossible que [l’humanité] a toujours réalisé et reconnu le possible, et ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait possible n’ont jamais avancé d’un seul pas. D’ailleurs, en présence de l’immense carrière parcourue par l’esprit humain pendant les trois milles ans à peu près connus par l’histoire, qui osera dire ce qui dans trois, cinq, dix mille autres années sera possible et impossible ? »8

Prado Ezequiel, Mézin Alexis

 

1 Bakounine, Œuvres complètes, « L’instruction intégrale », I, §7-8

2 Bakounine, Considérations philosophiques, p.42, Entremonde, Genève, 2010

3 D’une manière similaire Bakounine critiquera le marxisme et ses risques d’autoritarisme et de bureaucratisation : « Il y aura un gouvernement excessivement compliqué, qui ne se contentera pas de gouverner et d’administrer les masses politiquement, (...) mais qui encore les administrera économiquement, en concentrant en ses mains la production et la juste répartition des richesses, la culture de la terre, l’établissement et le développement des fabriques, l’organisation et la direction du commerce, enfin l’application du capital à la production par le seul banquier, l’État. Tout cela exigera une science immense et beaucoup de têtes débordantes de cervelle dans ce gouvernement. Ce sera le règne de l’intelligence scientifique, le plus aristocratique, le plus despotique, le plus arrogant et le plus méprisant de tous les régimes. » Bakounine, « Écrits contre Marx », Œuvres complètes, Vol III, p. 204

4 Bakounine, Dieu et l’État, « Sur la science », §10

5 Ibid, §14

6 Il peut être pertinent de rappeler que Georges Orwell s’engagea dans la défense de la République espagnole pendant que la guerre civile, et qu’il fut témoin de la communauté anarchiste qui se développa en Catalogne. Dans Hommage à la Catalogne, il décrit les mesures sociales produites par les anarchistes en quelques temps, alors submergées par les armées franquistes : suppression de la monnaie, de la propriété lucrative, éducation populaire, possession des moyens de production par les ouvriers, presse libre (…). Il verra aussi la destruction de ces avancés par l’extérieur, par les franquistes, et par l’intérieur, par les staliniens et la trahison de la République espagnole envers les anarchistes et les trotskistes.

7 Bakounine, Œuvres complètes, « Les Endormeurs », V, §11

8 Bakounine, Considérations philosophiques, « Philosophie, science », §17

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