Quand la politique entrera-t-elle dans le XXIème siècle ?

A chaque scrutin c'est désormais la question récurrente : quel sera le taux d'abstention ? Qui seront les mauvais élèves responsables de la montée du Front national ? Et si on réformait les partis politiques ? Et si on s'intéressait à la société civile ? Et si on votait en ligne ? On abandonne la politique de papi et on entre enfin dans le XXIème siècle ?

L'abstention... avouons-le, nous en sommes tous responsables. Il nous est tous arrivé de ne pas pouvoir nous rendre aux urnes pour une raison ou pour une autre. Tenez ! Moi j'avoue ! Dimanche 6 décembre je ne suis pas allé voter. Et comme tout le monde, j'ai une excuse. J'ai passé deux jours à braver le froid sur le Village mondial des alternatives, à Montreuil, en marge de la COP21. J'aurais du rentrer sur Rouen samedi soir et voter le dimanche matin avant de retourner sur Paris, mais la SNCF a annulé les trains pour faire des travaux. Oui, la SNCF supprime ses trains pendant la COP21... no comment. Bref, du coup, je suis resté sur Paris et je ne suis rentré à Rouen que le dimanche, à 18h, pile-poil pour la fermeture des bureaux de vote. 

Parmi les abstentionnistes, je suis sûr qu'il y a un bon pourcentage de gens qui ont fait le choix de ne plus voter, mais je suis également convaincu qu'il y en a une bonne part qui, comme moi, auraient voté si les circonstances leur avaient permis de le faire. Et là, j'ai un flashback ! Non, je ne vois pas des danseuses qui se trémoussent en collants ! Restons sérieux. Je me souviens que lors de mon expatriation en Roumanie, j'avais pu voter en ligne pour les législatives. C'était en 2012. J'étais loin de Bucarest et je n'aurais pas pu me permettre 9 heures de trajet en train ou en voiture pour aller glisser mon bulletin dans l'urne de l'ambassade de France. Mais à l'époque, c'était bien, c'était chouette ! Il suffisait d'un ordinateur et d'une connexion internet pour voter. Une révolution ! 

A l'ère du numérique, alors que tout le monde est ultra-connecté et qu'on va même obliger nos anciens à déclarer leurs impôts en ligne, pourquoi ne généraliserait-on pas les scrutins en ligne ? En voilà un rempart contre l'abstention ! Si on peut voter à distance, quelle sera la raison, la bonne excuse pour ne plus le faire ? Alors j'entends ceux qui parleront du risque de fraude, ceux qui crieront à la perte des valeurs. Mais en attendant, l'abstention est présentée comme un fléau que personne ne cherche à endiguer. Et puis, les résultats des scrutins nous prouvent que, de toute façon, nos valeurs sont déjà parties en lambeaux et quant au risque de fraude... on a vu du bourrage d'urnes et des morts qui votent même avec des bulletins papier, pas sûr que ce serait pire ! Il y a aussi le coût. Combien coûte une élection ? Combien coûtent tous ces bureaux de vote, ces bulletins qu'on imprime ? Ce n'est ni écolo(gique), ni écono(mique). Bref, je jette ça là et on en discute (ou pas), mais il me semble qu'on est tout de même en 2015, que la société française a évolué et qu'il serait peut-être temps que la politique prenne le train de la modernité. 

Et puisqu'on en est là, on peut aussi moderniser les partis politiques. 
J'essaye de me persuader que les 30% d'électeurs qui ont voté pour l'extrême droite ne l'ont pas tous fait pour la haine de l'autre, pour le replis sur soi, pour le rejet des valeurs républicaines, pour la stigmatisation des femmes, des mères, des juifs, des musulmans, de la communauté LGBT, de la culture... et de tout ce qui fait la richesse de notre nation. Certains l'ont peut-être fait parce qu'ils estiment que les partis qui nous gouvernent n'ont plus de lien avec nous. Notre système politique est devenu un espèce de monstre tricéphale sous lequel des professionnels de la politique semblent décider comment doit vivre la société civile. En résumé, des gens coupés de toute réalité décident comment nous, les pékins moyens, devont vivre. Comment nous devons travailler. Comment nous devons manger. Et même comment nous devons mourir ! 

Je ne suis pas anarchiste, loin de là. Je crois même profondément au rôle de l'Etat. Par contre, je déplore ce mépris pour la société civile. Quand les partis s'ouvriront-ils vraiement à nous ? Quand écouteront-ils ce que nous avons à dire ? Et même, quand accepteront-ils que peut-être, nous avons autant de solutions qu'eux à apporter à notre pays ? 

Peut-être que c'est ça qu'il attend, finalement, le citoyen. Qu'on arrête de le courtiser une fois tous les 5 ans pour son bulletin de vote et qu'on l'écoute. Qu'on arrête de lui promettre la lune en sachant qu'il ne recevra que déceptions sur déceptions. Il faut redonner sa valeur au vote, mais cela implique de ne plus mépriser celui qui tient le bulletin... ou demain, peut-être, la souris ? 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.