Consultation publique sur le loup : l'Etat méprisera-t-il à nouveau les français ?

Nous avons été nombreux à nous mobiliser pour le loup lors de la consultation publique qui a eu lieu du 29 mai au 21 juin 2015. Imaginez : 6202 commentaires ont été postés dont 95% pro-loups. Malgré la belle mobilisation lors des manifestations de janvier 2016, Ségolène Royal et les préfets réclament la tête de 6 loups supplémentaires. Une nouvelle consultation publique est lancée...

Nous avons été nombreux, très nombreux même, à nous mobiliser pour le loup lors de la précédente consultation publique lancée par le ministère de l'écologie et du développement durable, mais aussi lors des manifestations organisées par les associations de protection de la nature début 2016. Sur plus de 6000 commentaires postés lors de la consultation 2015, 95% prenaient la défense du loup (conclusions de la consultation à lire en pdf) ! Pourtant, les tirs de loups ont eu lieu. L'Etat a délibérément choisi d'ignorer 95% des personnes ayant répondu à la consultation pour céder aux lobbies de la chasse et de l'élevage. En tant que Président de l'association AVES France, je ne peux que déplorer le mépris avec lequel l'Etat français — et ce gouvernement socialiste dans lequel j'avais placé tant d'espoirs —traite la société civile. 

Que dit le texte de cet arrêté

« L’arrêté du 30 juin 1015 fixant le nombre maximum de spécimens de loups (Canis lupus) dont la destruction pourra être autorisée pour la période 2015-2016 fixe à 36 le nombre de loups pouvant être détruits (entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2016). A l’heure actuelle 34 loups ont été détruits. Même si depuis le 23 décembre 2015, les préfets ont suspendu toutes les autorisations de tirs de prélèvement (date à laquelle le nombre de loups détruits était déjà de 34), il est vraisemblable que le seuil de loups pouvant être prélevés puisse être atteint à court ou moyen termes avant le 30 juin 2016. Si ce plafond de 36 loups venait à être atteint, toutes les autorisations de tir pour assurer la protection des troupeaux seraient alors interrompues ; les éleveurs seraient alors dans l’impossibilité de défendre leur troupeau en particulier par la mise en œuvre des tirs de défense.

Dans ce contexte, le présent projet d’arrêté propose donc de relever le seuil de prélèvement au cours de la période 2015/2016 pour la mise en œuvre des seuls tirs de défense. Cet arrêté n’entrera en vigueur que si le plafond initial de 36 loups détruits est atteint.
Six loups (mâles ou femelles, jeunes ou adultes) supplémentaires pourront ainsi être prélevés, sur autorisation des préfets. »

Evidemment, je m'oppose, nous nous opposons à ce nouvel arrêté et à tout tir supplémentaire de loup.
Et pourtant, je suis convaincu qu'à nouveau, l'Etat mettra en place sa folie destructrice quel que soit le résultat de cette consultation citoyenne. 

Alors que faire ? Laisser la voie libre aux assassins de la nature ?
Certainement pas ! Ce gouvernement lave plus vert en faisant entrer des "écolo-opportunistes" dans ses rangs, après avoir pavoisé suite à la COP21. Pourtant, ce projet d'arrêté montre bien son mépris — et celui des préfets — pour la nature !

Si les bergers trouvent toujours une caméra pour les filmer, la larme à l'oeil, pour dénoncer la pression insupportable des grands prédateurs sur leur travail, il me semble important de rappeler aux français que le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN), composé de scientifiques compétents en la matière, a récemment donné un avis défavorable sur l’augmentation du quota de loups à supprimer. C'est un avis purement consultatif, mais le gouvernement doit le prendre en considération... et pas seulement pour le loup ! Rappelons également, ce n'est pas du luxe, que le loup est protégé par la Convention de Berne, la directive Habitats et figure sur la Liste rouge des espèces menacées en France.

Dans un contexte post-COP21 où la France a clairement dit son intention de protéger l’environnement, cette décision d’augmenter le quota de tirs de loups est totalement contraire à ce qui a été affirmé il y a quelques mois. Le nombre de loups en France a baissé entre 2014 et 2015 (chiffres de l'ONCFS) ; ces tirs mettent encore plus en péril la population de cette espèce protégée, qui demeure très fragile. Le collectif Cap loup, dont AVES France fait parti, comptabilise d'ailleurs 41 animaux tués ! Un seul noyau reproducteur étant constaté en France, comment peut-on parler de "prolifération" ? Enfin, le loup est loin d'avoir recolonisé tout son territoire.

Les tirs ne sont pas une solution sur le long terme. Une meute privée de l'un de ses membres s'en trouve désorganisée. Cela augmente donc considérablement les risques d'attaques de loups isolés. Seuls les moyens de protection permettent une cohabitation durable. De plus, les moyens de protection ne sont pas appliqués partout par tous les éleveurs, loin s'en faut. Certaines associations ont produit des vidéos montrant clairement des troupeaux non protégés. Les éleveurs doivent d'abord s'occuper de la protection de leur cheptel avant d'envisager un quelconque tir de défense. Et que dire des éleveurs anti-loups qui s'en prennent aux éleveurs qui ont fait le choix de la cohabitation ? Leur attitude est inadmissible. Celle de l'Etat l'est encore plus car elle leur donne raison. On marche sur la tête !

Quand le berger n'est pas là... © ASPAS


Les tirs sont une mauvaise solution, car ils sont susceptibles de dégager les éleveurs de leurs responsabilités. En effet, comment contraindre un éleveur à mettre en place des moyens de protection si on élimine les prédateurs de son secteur ? Le raisonnement est là-encore complètement illogique. L'Etat devrait mettre d'autres moyens en oeuvre pour aider les éleveurs (accompagnement technique, vérifications et suivi des moyens de protection sur les terrain (pour la mise en place de clôtures dignes de ce nom), aide systématique d'un spécialiste de l'éducation des patous, méthodes expérimentales ou peu utilisées comme les fladrys, effarouchements lumineux, etc.). La seule réponse de l'Etat, c'est la création de brigades anti-loups, un scandale !

Il est évident que si les éleveurs refusent d'assurer une protection efficace de leur troupeaux, les attaques de loups se poursuivront car les plus mortelles ont toujours été observées sur les troupeaux peu ou pas protégés ! (constatation récemment reprise par la préfecture de l'Isère). Ce projet ne permettra certainement pas aux éleveurs de continuer à exercer leur profession sereinement. Il encouragera davantage le braconnage et mettra en péril la biodiversité de notre pays, et patrimoine commun.

Voici pourquoi, à nouveau, au nom des adhérents de l'association AVES France, je demande à l'Etat français de faire preuve de raison, d'abandonner ce projet d'arrêté et de prôner la cohabitation au lieu de faire résonner les canons. 

J'invite également les lecteurs de médiapart à le faire... la consultation est ouverte jusqu'au 3 mars 2016.

http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-fixant-un-nombre-supplementaire-de-a1254.html?id_rubrique=2

 

Si vous avez peur du grand méchant loup, je vous invite à regarder quelques vidéos rares de loups sauvages filmés en France, dans les Alpes... on est loin du loup qui hantait nos nuits enfantines !

Loups dans les Alpes © Olivier Janet

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