Les barricades

J’ai grandi dans un pays en paix, derrière des barricades. Ecrit le jour d'après. (12/11/2015)

J’ai grandi dans un pays en paix, derrière des barricades. Né sous le plan gouvernemental Pirate qui est devenu Vigipirate en 1995, quand les barrières se sont installées dans nos villes, nos villages, devant nos écoles, dans nos têtes et nos existences. Je me rappelle de ces barrières en fer, celles-là même qu’on sortait lors des évènements festifs. Hideuses par leur forme, mais derrière lesquelles on se plaçait pour jouer au chamboule-tout ou qui limitaient la circulation lors de la fête foraine. Et puis un jour, elles ont été retirées. Cet amas de métal mal stabilisé a été remplacé par des garde-corps plus esthétiques, mais surtout solidement ancrés dans le sol. Les barricades se sont installées pour toujours et le temps nous a fait oublier ce pourquoi elles avaient été montées. 

Aujourd’hui, le bilan particulièrement lourd des attaques à Paris rouvre la plaie béante laissée dans nos coeurs par les attentats de janvier. J’entends déjà la peur faire parler les gens, les amalgames. Le terrorisme frappe aveuglément pour déstabiliser nos consciences, mais notre force est que nous avons grandi sous leurs menaces. Sans pouvoir s’habituer aux drames — des larmes ont embué mes yeux ce matin — nous ne devons pas oublier ces valeurs, nos valeurs, que rien ne doit remettre en cause : la liberté, l’égalité et la fraternité. A ceux qui font résonner la mort et qui nous ont fait grandir derrière des barricades… : nous sommes toujours debout !

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