Réjouissez-vous, freut euch doch !

C'est un article du Zeit qui s'appelle "Freut euch doch!. Dieses Land übersieht die Erfolge von Migranten" de Timi Lochocki que j'ai lu la semaine dernière. Traduit, le titre pourrait être "Mais réjouissez-vous donc ! Ce pays ne mesure pas l'ampleur du succès des migrants"Photo:  REGIERUNGonline/Kugler  

C'est un article du Zeit qui s'appelle "Freut euch doch!. Dieses Land übersieht die Erfolge von Migranten" de Timi Lochocki que j'ai lu la semaine dernière. Traduit, le titre pourrait être "Mais réjouissez-vous donc ! Ce pays ne mesure pas l'ampleur du succès des migrants"

Photo:  REGIERUNGonline/Kugler

 

 

Un titre aussi positif sur les migrants, cela a attiré mon attention puisqu'en ce moment la presse française mais aussi européenne donne plus souvent une vision négative de la chose migration. J’ai donc lu avec plaisir cette bonne dose d’optimisme avant de lire qui était son auteur. Ce qu’il dit, c’est que après 50 années de débats sur l’intégration des émigrés est encore coupée en deux entre ce qu’il nomme « das Rechtskonservative », les conservateurs de droite qui, dit-il, considèrent que cette immigration est nécessaire pour des raisons économiques en s’appuyant sur l’idée de «Leitkultur » (culture de référence ou dominante) et les « Linksliberale » (les libéraux de gauche) qui, eux, prônent le multiculturalisme et suspectent les premiers de racistes. Il dit que ce dont l’Allemagne a besoin, c’est d’une autre conception de son identité, qu’il nomme une culture de la reconnaissance.

L’autre jour, nous avions invité des philosophes et je me suis familiarisée avec cette théorie philosophique allemande que je ne connaissais guère (ignare que je suis de toute la philosophie moderne) de l’ « Anerkennung », la reconnaissance de l’autre. Axel Honneth. Passionnantes discussions et voilà que je retrouve, sous une autre forme, et dans un autre forme de débat ce concept.

Mais revenons au positif de cet article. Après avoir souligné les différences d’opinion, l’auteur nous dit que la réalité est que les deux partis, plutôt que de souligner leurs différences sur la question, devraient se réjouir de la réussite apparente des émigrés en Allemagne, et ce même si les chances des enfants de ces migrants ne sont pas toujours les mêmes que celles des enfants allemands. Les enfants issus de parents migrants doivent travailler plus pour réussir, d’après lui.

Il dit : « Und wo sind die großen rechtspopulistischen  Anti-Multikulturalismus Parteien? Sie spielen keine Rolle. Die „alten“ Deutschen akzeptieren die „neuen“ als gleichberechtigte Mitbürger.“ Traduction: Et où sont les grands partis populistes de droite anti multi-culturalistes? Ils ne jouent aucun rôle. Les „vieux“ allemands acceptent les „nouveaux“ comme des citoyens égaux en droit.  

Il finit son article sur une positive note en disant que tous les citoyens migrants ou issus de l’immigration et les autres partagent après tout le même espoir et que l’important est bien dans la mise en place d’un système de formation qui permette à tous de réussir et non pas de débattre de manière stérile en déterrant de vieilles questions amenant la discorde plus que l’entente.

Loin de dire que tout est rose en Allemagne et de défendre le modèle choisi coute que coute, je ne peux que constater que cela fonctionne un chouillas mieux qu’en France quand il y a de l’emploi pour tous. Réalité allemande aussi, il y a du travail, pas toujours très bien payé, pas toujours sur des contrats protégeant le travailleur, pas non plus dans toutes les régions d’Allemagne, mais oui, il y a une différence avec la situation de l’emploi en France. Ma question est et reste aujourd’hui. Est-ce cela uniquement, est ce que c’est parce la situation économique en Allemagne est meilleure que, du coup, l’intégration fonctionne mieux ? Pourquoi est-ce que la différenciation dans les courants politiques, ce que l’auteur nomme droite/culture dominante, gauche/multiculturalisme semble plus marquée en Allemagne qu’en France où, très honnêtement, je ne m’y retrouve plus tant que cela moi-même. Et oui, bête que je suis, je croyais aussi que de gauche, on ne pouvait être raciste et surtout mener des politiques de ségrégation, de droite on était toujours conservateur et cela se pouvait donc plus justifier.

Bref cet article me pose plus de questions que ne m’apporte de réponses. Et en plus, comme j’ai le temps de penser puisque je suis pour une petite semaine en vacances en France, je me suis mise à poser mes doutes sur le blog, ce que je n’ai point fait depuis longtemps. Oups, mon dernier article date de mai 2013.

L’article est là en langue allemande : http://www.zeit.de/2014/13/migration-erfolge-deutschland

L’auteur est un spécialiste des mouvements d’extrême droite dans le nord de l’Europe. Il a écrit sa thèse sur le sujet « Hard Times in the Lands of Plenty ». Il est chercheur en sciences sociales.

 

 

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