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Billet de blog 22 septembre 2025

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Comment Barclays transforme le handicap en arme d'exclusion et de violence financière

« Obtenez une ordonnance du tribunal » : la réponse de la Banque Barclays à une héritière handicapée expose la mécanique parfaitement rodée par laquelle les institutions financières transforment le handicap, toute différence en justification morale de l'inaction et de la discrimination. Si une avocate formée aux États-Unis ne peut obtenir justice face à cette discrimination, qui le peut ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La Banque Barclays vient de révéler comment, même en 2025, les institutions financières utilisent systématiquement le handicap pour éviter leurs obligations légales. Une mécanique d'oppression qui dépasse la succession de Fotso Victor.

« Obtenez une ordonnance du tribunal. »

Cette réponse de Barclays à une avocate en situation de handicap qui leur fournissait la preuve irréfutable d'une fraude financière dit beaucoup du système, de ceux qu'il considère comme légitimes et surtout de ceux qu'il choisit consciemment, brutalement de délégitimer, d'exploiter et de voler.

Devant le mépris d'une banque prise en flagrant délit de captation d'héritage, je me suis demandé ce qu'avait ma gueule. Quel était le problème ? Puis j'ai réalisé qu'il s'agissait simplement de gaslighting et que j'étais la proie parfaite : femme, noire, fille d'un milliardaire, avocate à un barreau américain et pour couronner le tout handicapée.

Je n'étais pas censée être une héritière d'une fortune de milliards d'euros et surtout je n'étais surtout pas censée non seulement le savoir mais le revendiquer. Cette réponse n'est pas une erreur, elle est un symptôme d'une hubris solidement ancrée qui expose la mécanique parfaitement rodée par laquelle les institutions financières transforment le handicap en justification morale de l'inaction.

Barclays savait parfaitement qu'une femme amputée que sa participation à un crime a dépossédée et pratiquement anéantie peut difficilement obtenir cette ordonnance britannique. C'est surtout une demande qu'on n'ose formuler lorsqu'on a commis une faute qui est un crime que lorsque la personne victimisée est invisible, déconsidérée et donc la proie parfaite.

La discrimination institutionnelle déguisée en neutralité

Mon père, Fotso Victor, est mort en mars 2020. Cela fait plus de cinq ans. Cinq longues années durant lesquelles Barclays et d'autres banques ont participé à une violence financière sans aucune limite et sans précédent, convaincues de leur impunité et de l'indifférence de l'opinion et des institutions nationales et internationales.

Il m'a fallu tout ce temps pour trouver mes marques, des forces et pouvoir toquer à la porte de ces banques et de Barclays. Face à la réalité, Barclays n'a pu contester ni l'existence des comptes de Fotso Victor ni ma légitimité d'héritière. Ils n'ont même pas pu m'ignorer et contester la validité de mes réclamations. Ils ont simplement créé une barrière qu'ils savaient insurmontable pour une personne en situation de handicap.

Validisme institutionnel à l'état pur accompagné de cette odeur-là qui montre ce stigmate qui accompagne les fortunes africaines et permet la sauvagerie : utiliser les limitations fonctionnelles d'une personne comme excuse morale pour maintenir le statu quo profitable.

Cette tactique dépasse largement Barclays. JPMorgan Chase propose des « appels téléphoniques » puis disparaît. HSBC reconnaît l'existence de patrimoines puis exige des « procédures appropriées » sans les préciser. Les banques du Liechtenstein invoquent le « secret bancaire » comme bouclier contre toute responsabilité sans pouvoir encore une fois contester ma légitimité, leur relation avec mon père et leur lien avec sa succession.

Le système Barclays : comment broyer les vulnérables légalement

Barclays représente la perfection d'une mécanique d'oppression qui ne devrait avoir aucune place dans les temps modernes et toute civilisation :

  1. Reconnaissance implicite de la légitimité (ils répondent sérieusement)
  2. Création d'obstacles impossibles (ordonnance de tribunal pour personne en situation de handicap qu'on a dépossédée)
  3. Utilisation de l'échec comme preuve de non-légitimité (« elle n'a pas fourni l'ordonnance »)

Ces méthodes efficientes permettent aux institutions financières de maintenir leurs profits tout en gardant les mains propres. « Nous n'excluons jamais personne et exigeons simplement que les procédures soient respectées.»

Au-delà d'un cas particulier : une machine à broyer systémique

Si Barclays peut traiter ainsi une avocate formée aux États-Unis, avec des preuves documentées et une voix pour témoigner, que fait cette même institution aux personnes handicapées sans ressources, sans diplômes, sans tribune ?

La réponse est choquante mais saute aux yeux : RIEN. Le système les broie en silence et sous le regard des autres qui ne savent pas ou refusent de voir lorsque la victime n'est pas parfaite et que son histoire n'inspire pas la sympathie. La mienne est compliquée : je suis une femme noire en situation de handicap en colère, il n'y a rien de plus antipathique et de plus facile à mépriser, victimiser et broyer.

Combien de personnes vulnérables Barclays a-t-elle écrasées sans protestations et sans perdre de sa superbe ?

La complicité du silence institutionnel

Barclays ne travaille pas seul. Cette discrimination s'appuie sur un réseau international d'institutions « respectables » qui se protègent mutuellement :

  • Les régulateurs qui ferment les yeux sur les discriminations documentées
  • Les institutions internationales qui maintiennent un silence complice
  • Les gouvernements qui refusent de voir la violence financière institutionnelle

Cette toile d'inaction protège le système qui permet à Barclays de transformer le handicap en arme d'exclusion. L'écrire ne relève nullement du complotisme mais expose l'envers d'un libéralisme sans humanité qui ne s'est pas vraiment civilisé en dépit des apparences et de ces mots faciles prononcés par ses représentants qui ne croient nullement véritablement en l'inclusion et en l'égalité.

L'urgence de l'action collective

Barclays fait le pari de l'indifférence. Ils misent sur le fait que « les problèmes des riches » ne vous concernent pas et que ceux des personnes qui ne savent pas marcher vous feront vous contenter d'avoir de bons sentiments sans agir, sans plus.

Mais cette mécanique d'oppression validiste ne s'arrête pas aux héritages africains. Elle s'applique aux crédits refusés, aux assurances niées, aux services bancaires « trop compliqués » pour les personnes en situation de handicap.

Aujourd'hui, c'est moi. Demain, ce sera votre proche qui a un handicap qu'il ne sait pas masquer, votre parent âgé, votre enfant différent.

Barclays doit répondre

Cette institution qui affiche fièrement ses engagements ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) doit expliquer comment transformer le handicap en arme d'exclusion s'inscrit dans sa « responsabilité sociale.»

Le validisme de Barclays n'est pas un accident. Il est une stratégie.

Cette stratégie compte sur votre silence, votre lassitude, votre conviction que « ce n'est pas votre problème.»

Mais si nous laissons Barclays broyer les plus vulnérables sans conséquences, nous légitimons un système qui finira par tous nous rattraper.

La question n'est pas de soutenir un combat personnel en embrassant une personne imparfaite avec une histoire complexe. La question est de réaffirmer en 2025 qu'il y a des valeurs humaines qui ne sont ni relatives ni conditionnelles. Barclays utilise le handicap comme justification morale de l'inaction institutionnelle. Tout être civilisé aujourd'hui devrait s'opposer à cela en faisant du bruit afin que ce choix qui n'est pas qu'amoral mais immoral ait un prix tellement lourd qu'il devienne impossible à assumer.

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