Le 7 mai, je m'abstiens, que le pire perde !

S'abstenir pour le second tour de l'élection présidentielle doit être considéré comme un engagement citoyen fort. Le taux d'abstention est la seule réelle inconnue de ce second tour, plus il sera élevé moins le candidat élu aura la légitimité des urnes. #SansMoiLe7Mai

Je suis une insoumise, comprenez une électrice de Jean-Luc Mélenchon et comme beaucoup d'insoumis, le soir du 23 avril j'ai été profondément attristée de constater que le candidat des gens, comme il les appelle, ne serait pas au second tour de l'élection présidentielle.

Dans les semaines qui ont précédé le premier tour, j'ai cru naïvement que finalement tout n'était peut-être pas joué. Mais la réalité, m'a rattrapée durement, la réalité c'est qu'on avait deux candidats à gauche et qu'on ne pouvait pas gagner. 19,6 + 6,4 de voix à gauche, ça ne fait pas 26% au final ! Sur ce point, j'en veux à Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon qui n'ont pas réussi à s'entendre alors qu'ils étaient d'accord sur presque tout. Ils portent tous les deux, une lourde responsabilité, celle d'avoir fait perdre la gauche et c'est encore une fois les chômeurs, les ouvriers, les employés, les petites retraites... qui vont trinquer pendant cinq ans.

Que faire pour le second tour ? Voter pour la candidate de la xénophobie et du repli sur soi ou voter pour le candidat de la finance et de l'ultra libéralisme ? Le choix impossible !

Sur cette question, contrairement à Benoît Hamon qui s'est précipité sur le front républicain, Jean-Luc Mélenchon a eu une position innovante dans ce monde politique de la bien-pensance, il n'a pas donné de consigne de vote. Je trouve sa position courageuse surtout lorsque l'on voit le système médiatico-politique le condamner immédiatement avec la plus grande sévérité. Quoiqu'on pense du Front National, le front républicain, c'est de la vieille politique, c'est de la magouille, des petits arrangements entre amis qui font que 20% à 30% de la population se fait voler à chaque fois son élection. On ne combat pas le Front National, avec des magouilles et des petits arrangements entre amis mais en parlant de nouveau aux classes populaires, victimes et oubliées de la mondialisation sauvage.

Le mouvement des insoumis a eu quant à lui, une position différente mais tout aussi innovante, il a lancé une consultation de ses militants. Ca porte un nom, ça s'appelle la démocratie, ce n'est pas un petit groupe qui décide, système oligarchique mais l'ensemble des militants. C'est vrai que là aussi, ça tranche avec les anciens partis politiques qui décident sans consulter personne. Quelle bouffée d'oxygène ! Au passage, ça dérange aussi le monde médiatique qui vit dans l'instantané mais là peu importe. Alors que je partais dans une bonne disposition sur cette consultation démocratique, je constate avec stupeur au moment de voter que j'ai le choix entre Emmanuel Macron, le vote blanc ou nul et l'abstention. Il manque donc le vote Marine Le Pen ! J'écoute Alexis Corbière et j'apprends que l'absence de Marine Le Pen est un choix délibéré, ce n'est pas une option ! Pardon ? Mais de quoi la direction des insoumis a-t-elle peur ? Que des insoumis votent mal ? Quelle drôle de conception de la démocratie, que d'organiser un vote et d'éliminer au passage les options qui dérangent. Si c'est ça les référendums d'initiatives populaires proposés par Jean-Luc Mélenchon, non merci. Organiser un vote, en éliminant les choix qui dérangent, ce n'est pas faire confiance au peuple (ici en l'occurrence les militants), c'est encore une fois tomber dans les travers des magouilles de la vieille politique. En tout cas, pour moi cette consultation n'est pas légitime car elle ne représente pas la diversité des opinions des insoumis. Je deviens donc une insoumise insoumise aux insoumis !

Je reviens à ma question qui me tourne dans la tête depuis le 23 avril au soir et pour laquelle je n'ai toujours pas de réponse. Que faire le 7 mai ? Même si des aspects de la politique économique et sociale du programme de Marine Le Pen me parlent, je ne peux pas voter pour elle. La déchéance de la nationalité, la priorité nationale pour les logements sociaux, la taxe pour les travailleurs étrangers... tout ça a des relents de xénophobie qui vont à l'encontre de mes valeurs. Je ne peux pas voter non plus pour Emmanuel Macron qui veut gouverner par ordonnance, qui va continuer à casser notre modèle social, qui veut une loi El Khomri puissance 1000, encore plus de flexibilité, de mobilité, de compétitivité entre les salariés, des licenciements encore facilité... Votre usine ferme, elle est délocalisée en Pologne pour produire moins cher et bien profitez de cette opportunité et formez-vous aux nouvelles technologies, voilà ce qu'il propose aux salariés de Whirlpool. Quelle honte !

En conscience, il ne me reste donc que l'abstention compte tenu du fait que les votes blancs ou nuls n'ont aucune valeur. Mais qu'on ne s'y trompe pas, je ne me lave pas les mains de ce deuxième tour, il s'agit bien d'une démarche engagée, il s'agit d'une part de ne pas me rendre complice par mon vote d'une politique que je combats et d'autre part en n'apportant pas ma voix, je participe à faire grossir le rang des abstentionnistes. En effet, je considère qu'en votant l'un ou l'autre des candidats, on lui apporte un peu plus de légitimité. Plus le taux d'abstention sera élevé, moins le candidat élu aura la légitimité des urnes.

Les dictateurs de la bonne conscience me reprochent mon choix, je devrais passer mon cerveau à la lessiveuse de la bien-pensance médiatico-politique et voter Emmanuel Macron pour faire barrage au Front National. La réponse est définitivement non, je ne voterai pas Emmanuel Macron car je suis contre le front républicain, contre le vol des élections, contre cette vieille politique des magouilles et surtout je ne veux pas me rendre complice de la casse sociale organisée par le candidat de l'oligarchie financière. Marine Le Pen a tout le système médiatique, politique, associatif, syndicaliste... contre elle, elle n'a aucune chance de gagner, le 7 mai. La seule inconnue de cette élection, c'est le taux d'abstention, c'est la seule arme politique qu'il me reste pour montrer mon désaccord.

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