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Billet de blog 7 décembre 2025

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Ne dis rien, sinon tu auras des ennuis !

Fidel Castro expliquait que la Révolution nécessite la meilleure police du monde, la mieux organisée, la mieux formée et la plus humaniste. Malheureusement, l’objectif n’a pas été atteint.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

— Tous des descarados[1]! Tous des lâches ! Des incompétents ! disent les gens du quartier en parlant de la police.

À La Havane, il est parfois difficile de pouvoir compter sur les forces de l’ordre.

— Vu leurs salaires, pourquoi prendraient-ils des risques ? ajoutent certains.

Effectivement. Salaires misérables, conditions de travail pénibles, manque de moyens... Tout cela ne les motive pas. Certains essaient malgré tout de faire leur travail, l’esprit envahi par les problèmes de leur quotidien, sans aide, et quelquefois même sous le regard réprobateur d’un chef véreux. Ceux-là méritent un coup de chapeau. Mais ils sont une minorité.

Au poste de notre quartier, par exemple, nombre de policiers ont pris de mauvaises habitudes. Ils n’interviennent que lorsque les directives viennent d'en haut ou en cas de problèmes graves. Pour le reste, ils sortent peu du commissariat, à moins qu’ils ne s’ennuient dans leur bureau. Ils affirment fréquemment, et sans gêne, ne rien pouvoir faire pour les délits mineurs. C’est le cas pour les vols, la musique à plein volume toute la nuit des reggaetoneros paumés, les poubelles jetées n’importe où, ou les chauffards parcourant les rues à toute vitesse. Ils trouvent quantité d’excuses pour rester au poste, accablés par la chaleur, le sommeil ou leur manque de motivation. Il leur arrive même de se cacher au fond du commissariat et de demander à l’employé à l’accueil de dire qu’ils ne sont pas là lorsqu’un habitant les sollicite. Certains ont vingt ans, n’ont reçu qu’une vague formation et ne connaissent rien à la loi. D’autres affichent des niveaux de langage et de jugeote affligeants, et d’autres, enfin, plus expérimentés, ont développé les techniques du mensonge ou de l’obtention de récompense en échange de leur tolérance.  

Parfois, un seul agent se trouve au poste et n’a pas l’autorisation de sortir. On pourrait y voir une explication à son inaction, mais, s’il décroche le vieux téléphone à fil qui se trouve devant lui, les renforts tardent souvent plusieurs heures avant de venir. Sont-ils toujours réellement débordés ?

Blasés, les habitants n’y croient plus et renoncent à solliciter les forces de l’ordre en cas de problème. Seuls ceux qui ont fait des études, qui « savent parler », qui ont des relations ou des responsabilités, et qui semblent connaître la loi, obtiennent un peu plus d’écoute. Mais pas beaucoup plus de résultats. Ils peuvent même déranger davantage.

— Ne dis rien, sinon c’est toi qui auras des ennuis ! conseille-ton souvent.

La recommandation n’est pas anodine. Car la déposition de la victime est souvent plus embarrassante pour l’autorité que le délit lui-même. Elle peut faire « des vagues », gêner certains fonctionnaires incompétents, et, finalement, être interprétée malignement comme une remise en cause de l’ordre établi. Dans le pays, nombreux sont les cas de plaintes se retournant contre leurs auteurs.  

Alors, ne rien dire pour éviter les ennuis est souvent l’attitude que l’on adopte ici. Se taire quand le voisin dérange, se taire face aux délinquants, face aux mafieux, et ne rien dire à la police. Ainsi en va-t-il du comportement de nombreux citoyens lorsque l’État devient autoritaire. Les partisans de pouvoirs forts aux quatre coins du monde devraient y réfléchir.

Mais il convient, pour être juste, de préciser que Cuba reste un pays sûr. La Havane n’est pas une ville dangereuse. Le relâchement de la police concerne avant tout les délits mineurs ou les vols. Les agressions, les violences conjugales, la drogue et les meurtres, sont punis très sévèrement par la justice et, dans leurs cas, les forces de l’ordre interviennent. Si telle efficacité était également mise au service de la lutte contre la corruption, autre délit dont il conviendrait de parler, un pas serait fait vers l’amélioration.

[1] Éhonté, sans vergogne.

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