Spatial: ça mousse...

Si on peut se réjouir que les regards du grand public se tournent de nouveau vers l’espace, on se gardera tout de même des mystifications d’Elon Musk, Jeff Bezos et autre Richard Branson.

Ils nous font rêver certes, mais il convient de rester rationnel et regarder la réalité en face. Leurs développements technologiques sont d’abord des affaires de milliardaires. Il y a déjà longtemps que les puissances publiques ont arrêté de nous faire rêver, et tout maintenant doit être rentable.

Alors si les gouvernements ne le font plus, il y a de la place pour le privé…

Quelle occasion ! Sauf bien sûr que même les milliardaires ne font pas cela gratuitement : en apparence seulement. Leur fortune, qu’ils utilisent dans leurs fusées et, pour Elon Musk,  dans leurs vaisseaux spatiaux, provient bien sûr de l’exploitation de leurs salariés dont on connaît les conditions de travail. Non seulement ils nous font rêver, mais en plus ils regagnent ainsi un peu de probité auprès du public tout en consolidant leur notoriété. Malins n’est-ce pas ?!

On leur accordera des félicitations, surtout à Elon Musk, pour avoir engagé l’innovation dans le domaine du réutilisable. Même les Russes, longtemps réticents, s’y mettent… Encore faudra-il prouver, sur le long terme, que les fusées réutilisables sont économiquement rentables. On sait qu’Elon Musk a phagocyté le marché des lancements commerciaux et que le reste du Monde a bien du mal à résister. Mais il l’a fait au prix, c’est le mot, de la vente de lancements à l’armée américaine, à des prix surévalués lui permettant ensuite le dumping sur le marché privé. Coup de maître à n’en pas douter.

Examinons maintenant les choses du point de vue technologique. Là c’est moins enthousiasmant : en réalité si l’on observe plus froidement les choses il y a eu peu d’innovation véritable. Les lanceurs Falcon de SpaceX permettent de récupérer leur premier étage qui revient sur terre (ou sur mer) : une prouesse essentiellement due aux progrès dans d’autres domaines, ici la puissance de l’informatique et de la localisation par satellite (GPS). Quant au vaisseau Dragon, sous une apparence hypermoderne grâce à son look soigné par des art-designers, il utilise les vieilles (et fiables) recettes mises au point dans les années soixante du siècle dernier. Pour son Starship à destination martienne, on attendra de voir…sans doute longtemps. En attendant il fait le buzz avec ses essais souvent non-probants mais qui font l’actualité des passionnés et quelque fois du grand public : Dieu ! Que l’explosion d’un engin au sol est jolie ! Si on ne savait pas que cela est plus ou moins prévu dans les plans de communication on se croirait revenu aux temps passionnants du début de l’ère spatiale…

Quant aux collègues, et néanmoins concurrents de Musk, Bezos et Branson, ils permettent aux gens riches ou connus de passer quelques minutes dans l’espace. Enfin presque : la limite de l’espace est fixée conventionnellement (encore que les conventions sont variables) à 100 km d’altitude. Mais ils font seulement un saut de puce. De mise en orbite : point. Le progrès technique est assurément peu marqué et celui scientifique presque nul.

Soyons juste : les touristes aisés passent tout de même quelques minutes en apesanteur alors que les avions de type zéro G ne permettent d’y passer que 20 secondes et pas question de chatouiller l’espace. Faut-il appeler ces passagers des astronautes alors que voilà soixante ans déjà que le cosmonaute Youri Gagarine a fait le tour de la Terre, en orbite donc, pendant 90 minutes ?

Peut-être oublions-nous un peu vite les lois de la physique : s’arracher à l’attraction terrestre (gravité) continue de coûter cher, très cher, aussi bien énergétiquement que financièrement.

Quant au retour de l’humain sur le Lune, réalisé il y a plus de cinquante ans, la NASA, pourtant richement dotée, n’y compte plus pour 2024, comme envisagé un temps.

Alors pour Mars…

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