LES DEUX PEUPLES : LE GRAND ET LE PETIT

Les deux peuples : le grand (avec Majuscule) et le petit (social)

LES DEUX PEUPLES : LE GRAND ET LE PETIT

Adresse et échange avec Jean-Michel TOULOUSE sur peuple et type de démocratie.

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Suite du texte commun (de l'Université d'été Toulouse 2017)

Citoyens du peuple-classe, s’approprier la chose politique - Empowerment. C Delarue JM Toulouse - Amitié entre les peuples

http://amitie-entre-les-peuples.org/Citoyens-du-peuple-classe-s-approprier-la-chose-politique-C-Delarue

 

I - Reprendre un aspect du livre de Dominique ROUSSEAU

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Dominique ROUSSEAU, en bon juriste constitutionnaliste, préfère le "peuple constitutionnel" (couple notionnel relativement original , couple artificiel créé par le droit ) pour "refonder la démocratie". C'est sa pièce maîtresse de sa construction juridico-institutionnelle. Il n'ignore pas pour autant les autres variantes du peuple. Il n'en note que deux mais de façon particulièrement intéressante (en page 55 de "Radicaliser la démocratie" (Seuil 2015) :

"De l'usage qui a été fait du mot "peuple" au cours de l'histoire, il ressort deux significations principales. La première conçoit le peuple comme un corps soudé, intégré, homogène ; il s'écrit souvent avec un "p" majuscule - le Peuple" ou manifeste sa majesté en s'anoblissant sous le nom de "Nation" . La seconde conçoit le peuple comme les membres du corps social, singuliers, fragmentés, hétérogènes ; il s'écrit volontiers avec un "p" minuscule - le peuple - ou se lit dans le langage courant par les expressions "menu peuple", "petit peuple", "homme ou femme du peuple", "gens de peu"."

 

 

 

Peuple d'en-bas

On dispose depuis longtemps maintenant, dans l'altermondialisme et dans la gauche critique, de la notion de peuple-classe, généralement calée sur les 99% contre le 1% d'en-haut qui serait la classe dominante. Que celles et ceux qui ne veulent pas trop retenir ce chiffrage se concentre que deux idées : d'une part le peuple-classe a un format social large puisqu'il constitue l'immense majorité de la population d'un pays, nationaux ou simples résidents, avec ou sans droits citoyens. D'autre part ce peuple est posé en affrontement avec l'oligarchie et la classe dominante.

Une troisième idée en découle : le peuple-classe participe aisément dans le discours politique d'une dimension populiste-classiste. Il n'est pas exclusivement rattaché à l'Etat-nation - ou il a vocation d'agir - car l'aspect solidarité entre les peuples-classe est aisément "activable". On évoquait jadis à l'extrême-gauche la "transcroissance des luttes" d'un pays à un autre. A distinguer donc des alliances entre États.

Ce peuple-classe a vocation, avec un projet et des acteurs de mobilisation (aspects non populiste à noter ici), a "tirer le droit" vers le respect des garanties juridiques et institutionnelles de ceux et celles d'en-bas. Ce qui se fait peu, trop peu ! Il peut avoir aussi un rôle de démocratisation des instances trop sous emprise oligarchique ou bureaucratique. Le droit, tout stabilisé qu'il apparaisse, n'est pas hors des rapports de force. Il est trop souvent du côté des dominants, du 1% d'en-haut et d'autres groupes sociaux du bloc hégémonique dominant.

Revenons encore vers Dominique Rousseau qui ajoute à la suite de la citation ci-dessus : "Si chaque système politique a le peuple pour référent, tous ne retiennent pas la même signification : le système représentatif se fonde sur le peuple comme corps politique, la démocratie directe sur le peuple comme ensemble du corps social". Notons la distinction corps politique et corps social. Il poursuit : "Le projet de la démocratie continue (son invention) se construit en prenant en charge les deux peuples, ces deux significations et en les articulant l'un à l'autre par un médium : le droit" (page 56).

II - L'alterdémocratie

L'alterdémocratie ou démocratie d'empowerment d'en-bas (extension, transformation, refondation, socialisation) se construit sous l'effet de la démocratisation de l'ensemble de la société sous l'avancé participative des diverses composantes du peuple-classe mobilisé par des acteurs non "substitutistes" de type social (syndicalistes) et politique (militant.es semi-pro ) qui en sont membres conscients et avertis.

Certes le droit y participe aussi car il institue. Il importe outre la démocratisation que ce droit universalise et humanise et donc fasse reculer les oppressions, exploitations et dominations. Le chemin du socialisme en est la perspective. Pas de démocratie aboutie sans socialisme ! Toujours en revenir à Rosa Luxembourg.

Christian DELARUE

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Réponse de Jean-Michel TOULOUSE

Puisque tu m'interpelles, je vais donner mon point de vue sur tes réflexions en me basant sur mon bouquin chez l'Harmattan (contre le capitalisme représentatif, la démocratie directe citoyenne).

1- Sur D Rousseau, ma principale critique est qu'il reste dans le système " représentatif" classique. Ses notions de " democratie continue" ou de " démocratie radicale"sont enfermées dans le constitutionnalisme classique des professeurs de droit (Duguy, Hauriou,Vedel,etc...). Il ne va pas plus loin que d'injecter des procédures de " démocratie participative" sans remettre en cause le système représentatif et la suprématie des élus sur les commettants.

2- Sur le Peuple, je considère que la notion importante est celle de communauté politique ( à opposer à tous les communautarismes de genre, de religion, d'origine sociale, d'ethnie ...). C'est elle la seule détentrice de la souveraineté populaire. C'est sur la base de cette souveraineté populaire que la vie politique doit être organisée ( laïcité, égalité et libertés publiques). La Nation est pour l'instant la " taille" adéquate car les notions de " nation européenne" ou de " communauté internationale" ne sont pas des catégories politiques opératoires. Cela n'a rien avoir avec le" nationalisme ou le souverainisme" car l'internationalisme est le lien qui rapproche les peuples.

La notion de " peuple -classe" est en cela aussi intéressante car elle conforte la coopération internationale contre le Capital financiarise des multinationales. De plus, le peuple-classe conceptualise le résultat du développement du capitalisme actuel: concentration du capital, soumission des États,transformation de tou-te-s les salarie-e-s en une seule classe vendant sa force de travail, sous une forme ou une autre, et formant par la-même l'écrasante majorité du peuple (peut-être pas 99 pour cent mais pas loin).

3- Le moment est donc venu de nous débarrasser du système représentatif et de travailler à l'institution du peuple en communauté politique autonome et autogérée : mandat impératif pour les élus, conseils politiques organisés dans les communes ( masse critique de 15 à 20000 habitants), les départements, suppression des " régions ( pale copie des landiers), et l'État , avec une répartition des compétences par une nouvelle Constitution.

4- L'objectif est bien entendu le socialisme, Mais pas un socialisme d'Etat ni de parti unique. Un socialisme tel que l'avaient pense nos Communards de 1871, avec bien entendu le fait que nous sommes en 2018.

 Jean-Michel TOULOUSE

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