Sexoséparatisme et « intégrisme religieux sexoséparatiste » comme critique antisexiste et antiraciste.

Commençons par signaler qu’il peut y avoir un sexoséparatisme non religieux, pas nécessairement explicite d’ailleurs. Celui religieux dit explicitement son exclusion et défend ainsi une forme de patriarcat plus archaïque encore, d'ou l'importance de lutter contre lui sans laisser pour autant les formes implicites sans réponse.

 En droit l’espace considéré est en principe mixte - hommes et femmes mélangés - mais en fait, ce sera juste plus difficile pour une femme de pénétrer un milieu très masculin qui ne fait pas attention à la présence d’une ou de femme(s) par des propos divers, des attitudes et des comportements excluants.

- Introduction de l’intégrisme religieux, des intégrismes religieux

La notion d’intégrisme ou de fondamentalisme a connu des sens variés, en extension, qui renvoient à la notion d’excès ou de rigidité. Il a parfois mélange des genres. Sophie Bessis a publié en 2014 « La double impasse » dont le sous-titre très évocateur est « l’universel à l’épreuve des fondamentalismes religieux et marchand » (La Découverte - octobre 2014).

S’agissant des religions, je renvoie, à d’autres textes sur la notion d’intégrisme (interprétation plus près des effets sociaux, des comportements et attitudes) différente de celle de fondamentalisme (plus près elle de la source interprétative).

Il y aurait aussi à mobiliser les notions de contre-mouvements réactionnaires et de sous-culture (sous emprise idéologique).

- Antisexisme et antiracisme

La notion de sexoséparatisme et notamment celle déployée plus précisément sous les termes d’ « intégrisme religieux sexoséparatiste » est à la fois, au plan théorique, une notion de critique antisexiste - puisque un champ du sexisme (et du patriarcat) y est critiqué (de façon variable) - et de critique antiraciste puisqu’elle s’oppose à la tenue de propos racistes contre tous les musulmans en général ou tous les juifs en général ou tout autre catégorie « en général » (essentialisme) afin de viser ceux (ou celles) qui doivent l’être, pas les autres.

La catégorie permet dans son déploiement théorique d’opérer des distinctions internes (en son sein par introduction de l’histoire ou de la sociologie ou de la science des religions, en fonction de l’auteur de la critique) ou externe (avec des "différents - des croyants ouvertement violents par exemple (renvoi) - bien distingués mais qui montrent cependant des points communs nécessaires pour intégrer la catégorie ).

Comme dans tout discours théorique en déploiement effectif, on peut distinguer ce qui relève de la science et ce qui relève de l’idéologie, cette dernière n’ayant pas d’histoire, fonctionnant quasiment à la répétition du « même ».

Le port du voile chez une musulmane ne relève pas d’emblée, en soi, du sexoséparatisme imposé. C’est de l’idéologie . Le voile peut être critiqué sur d’autres points (sociabilité moindre, recul d’un certain sécularisme, imposition constante et durable à la vue d’autrui en milieu fermé, etc.) mais c’est autre chose .

- Variations du « hard » au « soft »

De plus, la mise sous voile imposée (avec tenue hypertextile - très couverte) n’est pas absolument nécessaire à un contrôle sexoséparatiste (soft ici) de l’habillement des filles et épouse(s) (voire toutes les femmes) car il existe un « sexoséparatisme relâché » qui autorise le dévoilement (dans les lieux touristiques surtout) mais qui exige les bras cachés, les mollets couverts ainsi que le col ras du cou. Le sexoséparatisme est toujours ici un mode de surveillance et de contrôle des femmes.

Il s’y ajoute le sexoséparatisme « hard » qui impose la réclusion des femmes à la maison avec la seule sortie accompagnée du frère ou du mari. Là encore il peut y avoir relâchement, par exemple pour aller, non accompagné d’un homme de la famille ou d’un proche, chercher les enfants à l’école.

Christian DELARUE

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