La Riposte et la Gauche unitaire au sein du Front de gauche.

"La Riposte" et la "Gauche unitaire" au sein du "Front de gauche".
La Riposte a diffusé et mis sur son site l' "Interview de Jean-Luc Mélenchon : « Plutôt que de rassurer les marchés, il faut les affronter » " Qui est La Riposte ? Une organisation trotskyste au sein du PCF. Un groupe trotskyste agissant au sein d'un PC longtemps férocement anti-trotskyste voilà qui n'a pas du être simple ! Le PCF a changé il est vrai.
Au sein du Front de gauche il y a aussi la Gauche unitaire. Vu de loin il peut paraître normal que ces deux organisations - La Riposte et la jeune Gauche unitaire - à filiation trotskyste ou réputée telle militent ensemble dans un front (1). Vu de près, on peut se dire que ce serait là survaloriser le poids d'une référence sans considération de son usage pratique et historique. En fait, cette vision des choses n'est possible qu'en sous-estimant largement des histoires différentes, des parcours très séparés et même opposés. Mais après tout, il n'est pas interdit que dans l'histoire des luttes sociales et politiques deux organisations marxistes se rapprochent après plusieurs décennies d'activités politiques séparées.
L'évolution de la situation historique amène à tirer des leçons qui font que ce qui apparaissait fort peu probable à un moment donné de la vie politique le devient ; comme aujourd'hui le fait pour des ex-LCR de se présenter aux élections aux côtés du PCF plutôt qu'avec LO (UCI). Le PCF a beaucoup changé et le contexte aussi bien évidemment.
Cela amène à préciser qu'il y a au sein de la GU des ex-LCR qui restent membres (2) de la IV Internationale (SUQI) mais que la GU ne se réclame pas en tant qu'organisation de cette filiation. La GU s'est enrichit dès avant son congrès de fondation il y a un an, de militant(e)s extérieur(e)s au NPA (ou venus du NPA mais pas de la LCR ). On y trouve notamment des militant(e)s plus libertaires et autogestionnaires venu(e)s de l'écologie. Ils défendent un écosocialisme dont les références peuvent être aussi bien Castoriadis et Marcuse que Rosa Luxembourg mais assez peu Lénine et Trotsky. Mais cela n'a guère d'importance. Cependant l'immense majorité de la GU vient de la LCR avant le NPA.
Les choses semblent différentes pour le groupe La Riposte qui continue de diffuser les œuvres du marxisme-léninisme et du trotskysme. On peut supposer qu'outre l'aspect formation militante une telle adhésion soit requise pour bien assimiler le programme politique et ne pas rester rivé aux tactiques et aux écrits de conjoncture. Sur ce plan - sauf erreur - la Riposte ressemble alors à la vielle LCR (celle bien avant Besancenot). Il valait mieux bien connaitre ses classiques ! Ce n'est qu'après, lors des Université d'été que des critiques hétérodoxes sont devenues plus importantes. La nouvelle génération lisait Bourdieu . Pas simple de se mettre à Bourdieu !

Pour comprendre de tels changements il faut dire que l'époque antérieure à 1989-91 était fortement imprégnée de marxisme à gauche, y compris au PS et dans les syndicats, pas que dans la CGT. Le conteste imposait plus ou moins d'entretenir une telle culture politique. La chute des pays staliniens a largement rompu cette configuration idéologique et intellectuelle. On peut d'ailleurs dire que cette rupture a donné naissance dans le monde d'une part à des courants critiques de type altermondialiste et d'autres part à la montée du religieux ailleurs. Cependant le marxisme-léninisme est loin d'être mort dans les pays du Sud que l'on appelait tiers-monde (à la suite de la Conférence de Bandoung en 1955).
Aujourd'hui on peut dire qu'il existe un "fond culturel trotskyste" au sein de la GU mais en quelque sorte ressourcé au meilleur de la tradition républicaine de gauche sous l'influence de Christian Piquet qui est l'auteur de la greffe. Pour ma part je ne connais personne d'autre que lui à avoir opéré cette combinaison . Son livre La République dans la tourmente (éditions Syllepse) est un point de départ pour opérer le changement lequel est venu plus tard, lentement et après bien des débats. Il explique encore dix après combien cela n'a pas été aisé .

D'une certaine manière l'internationalisme prolétarien n'est pas éthéré, hors sol, l'idée de solidarité de classe par delà les frontières prend racine dans une formation sociale bien réelle (celle d'ici) qui a son histoire propre. Il n'y a que les intellectuels marxistes errants (genre Raptis) qui pensent d'emblée à une échelle mondiale mais pas les ouvriers sympathisants des partis. C'est Gramsci dans un texte sur l'éducation populaire qui remarquait que les partis politiques de gauche en France veillaient plus qu'ailleurs à être en prise avec la conscience de la classe ouvrière (3) . Cela a été le cas du PCF mais moins des groupes trotskystes d'avant-garde plus préoccupé de transmission d'un bagage politique.
Christian DELARUE

(ceci n'est pas un point de vue officiel ni documenté)
1) L'orthodoxie voudrait même que ce soit un FUO - un front unique ouvrier, ce que n'est pas le Front de gauche. Mais d'autres expériences sont tentés ailleurs par des sections de la IV. De plus, il y a bien longtemps que la IV (SU) défends de façon critique certes mais néanmoins bienveillante (dosage variable) des fronts populaires au gouvernement (ex Nicaragua sandiniste).


2) Gauche Unitaire La IVe Internationale, la France, et le NPA…
http://gauche-unitaire.fr/2010/04/21/la-ive-internationale-la-france-et-le-npa%e2%80%a6/


3) A. Gramsci : La philosophie de la praxis face à la réduction mécaniste du matérialisme historique
http://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1933/antiboukh2.htm

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