Une bonne présentation de soi ce n'est pas accumuler la possession de biens matériels lourds

Une certaine bonne apparence de soi favorise l'être donc le bonheur, l'amour, l'amitié alors que la possession de trop de biens lourds (maisons, grosses voitures, bateaux, etc...) pousse à l'aliénation de soi. Il en faut sans doute mais point trop!
Une certaine bonne apparence de soi favorise l'être donc le bonheur, l'amour, l'amitié alors que la possession de trop de biens lourds (maisons, grosses voitures, bateaux, etc...) pousse à l'aliénation de soi. Il en faut sans doute mais point trop!
Concernant la présentation physique de soi, une critique radicale de "l'homo consumens" apparait excessive. On la retrouve chez Thierry
Brugvin qui reprends en sociologue contemporain le fil critique d'Erich Fromm dans "Les causes psychosociologiques de l’addiction dans une
société capitaliste"
http://www.france.attac.org/spip.php?article11535

1) Ne pas tout prendre d'Erich Fromm sur l'homo consumens.

Eric Fromm lorsqu'il a écrit "Etre ou avoir" ne plaidait pas pour la pauvreté vestimentaire et pourtant il fait parfois figure de prêtre de
l'austérité. Si Erich Fromm a bien reconnu les mérites de Willhelm Reich sur l'expérience sexuelle il ne l'a pas suivi sur sa vision politique
d'une jeunesse sexuellement libérée. Sur ce plan E Fromm a défendu le mouvement Hippie et s'est attaqué au consumérisme. Il écrit dans "Revoir
Freud": "La consommation est la forme aliénée d'être relié au monde en transformant celui-ci en objet d'avidité plutôt qu'en objet exprimant
notre intérêt ou notre préoccupation." Le propos est radical. Ce n'est pas ici seulement la surconsommation qui est critiqué mais l'homo
consumens lui-même "comme mode passif et objectal d'accès au monde ou l'objet vampirise le sujet". A propos de la sexualité il observe que "si
le rapport sexuel ne coute rien (sauf précise-t-il le contraceptif) il suscite des dépenses indirectes variées pour rehausser l'attractivité
sexuelle."
C'est peut-être à ce stade que je le trouve un brin austère et victorien. C'est déjà à cette époque (ce livre sort en 2000 en France)
que pour ma part j'ai distingué ceux et celles qui se contentent d'une belle présentation de soi (ce qui touche aux vêtements, aux bijoux et
aux soins du corps) de ce qui est objets extérieurs, notamment pour les hommes, la belle voiture, une belle maison, etc... Contre E Fromm je
trouvais normal un certain souci de soi, et donc à ne pas rapporter systématiquement à l'aliénation ou au narcissisme, mais excessif la
tendance du capitalisme à produire une séduction extra-corporelle, liée à la possession d'objets. Cela concerne beaucoup les hommes . Pour être
bref : La voiture ne doit pas être une belle veste ou une belle chemise !
Si l'on accepte cette philosophie des rapports humains sexués et notamment de la séduction, alors les artifices de séduction féminins
liés au corps sont parfaitement normaux (sauf excès manifestes de certaines stars) et ce serait l'austèrité qui témoignerait d'un problème
d'acceptation de soi comme être sexué. Par contre, le gout des hommes de vouloir séduire par l'avoir matériel est plus signe d'aliénation. Il y a
là inversion de la critique ordinaire. Dans cette voie, on peut juger positif l'apparition des bijoux de fantaisie car cela démocratise une
certaine "féminité" pour toutes les femmes pauvres (pas trop) ou riches. Je ne parle pas ici de féminité de nature mais de féminité
conventionnelle, celle d'une époque et d'une zone géographique. Les hommes ne sont pas hors de cette problématique varible dans le temps et dans l'espace.

2) Une réponse à Thierry Brugvin.

Certains "alter-culturels" tordent excessivement le bâton dans l'autre sens. Face à une tendance très austère formée en réaction au monde de la
publicité et de la marchandisation généralisée il faut défendre l'équilibration. Autrement dit une dose de paraitre est absolument
essentiel aux rapports humains sans que l'on puisse parler d'aliénation mais au contraire de socialité, de plaisir partagés.
Au nom de la sobriété on a pu entendre des jeunes tancer des jeunes filles pour les rares bijoux portés ! Comme quoi il n’y a pas que les
islamistes sexo-séparatistes à promouvoir un modèle bien rigoriste de l’apparence humaine qui s’adresse surtout aux femmes. Les islamistes
sexo-séparatistes ont quand même la particularité par rapport aux autres musulmans de vouloir enfermer totalement leur femme ce qui est une
barbarie nettement différente et plus grave que les simples pressions en faveur d’un mode austère de présentation de soi.
Il y a tendance à évoquer l'addiction en un sens moralisateur au-delà de toute analyse scientifique rigoureuse. Les "accros" à la drogue, au
tabac ou à l’alcool subissent dans leur santé leur addiction. Il en va différemment de l’addiction au sport ou à la sexualité ou aux jeux
vidéos considérées aussi en général comme doux. Avec ces formes, ce n’est que passé un certain niveau très élevé que les inconvénients
surgissent en bousculant gravement les liens familiaux ou sociaux .
L’addiction à la consommation c'est autre chose que d'acheter quelques objets superflus de temps à autre. Il s'agit plutôt d'une boulimie
d'achats en tout genre ou de biens particuliers. Cette frénésie entraine un risque de dilapidation des ressources de l’individu. Par ailleurs les
choix de consommation sont souvent mauvais, les achats vraiment utiles sont délaissés au profit d’achats futiles.
L’addiction à la consommation peut être passagère et positive. Se faire quelque cadeaux après une séparation amoureuse est considéré comme une reconstitution narcissique positive. C’est lorsque le fait de surconsommation s’installe vraiment dans la durée - ce qui caractérise
l’addiction - que le problème surgit.
Il est vain d’en appeler à la sobriété volontaire et son aspect retour d’un surmoi austère et anti-jouissance si l’on ne va pas aux causes de
l’addiction. Ces causes mettent certes en conjonction une insécurité intérieure avec une offre commerciale abondante. Il y a donc au premier
regard une cause individuelle et une cause socio-économique. Mais c’est la première cause qui est la plus déterminante, la seconde n’est que
facilitante. Et il ne suffit pas de pointer des insécurités intérieures pour qu’elles disparaissent . Certaines, pathologiques, sont soignables,
difficilement souvent. D’autres font parties du substrat animal de l’humanité qui évolue avec elle. A suivre Darwin revisité par P Tort on
pourrait penser que les politiques de solidarité et de reconnaissances mutuelles favorisent la diminution des peurs et l’épanouissement des
individus.
Cette observation sur la cause socio-économique simplement facilitante ne vaut, il faut le dire, que par le fait que les riches possédant un
fort besoin d’accumuler et de posséder des biens ne se retrouve pas en soin. Leur addiction est remarquée que lorsqu’il y a dilapidation grave
de la fortune personnelle et non en fonction d’un jugement sur le niveau de possessivité atteint. Les riches qui ne possèdent pas un fort besoin
d’accumuler dispose néanmoins d’un budget de "relations sociales" qui se ramène à ce que Veblen Thorstein (1970) appelait la "consommation
ostentatoire". Mais il s’agit là que de pratiques ordinaires de la communauté. Appartenir à la classe dominante oblige en quelque sorte à
des pratiques communautaristes de ce genre.
Le problème est que le modèle de la consommation ostentatoire se diffuse dans la société chez les couches sociales aisées quoique non riches.
Ici, effectivement, il faut avec Thierry Brugvin (texte cité plus haut ) accuser un déterminant social qui est "le capitalisme libéral qui
valorise la réussite individuelle, le mérite, la compétition entre les individus" car "cela renforce le culte de l’égo, la recherche de
pouvoir, le besoin de reconnaissance". Mais cette tendance, l’auteur le note, existait déjà avant chez les humains avant l’avènement du
capitalisme libéral.
A ce stade nous serions plus enclin à préconiser l’équilibration que la paresse totale ou l’austérité complète. Sous couvert de simplicité
volontaire certains adeptes de la décroissance sont passé de l’activisme au travail à l’apologie de la paresse. L’ouvrage "Le droit à la paresse"
de Paul Lafargue fait un retour notoire dans les rayons des librairies. Or pour nous le "ne rien faire" est souvent source de consommation addictive. On voit chez les individus marginaux et à petits budgets de véritables crises de consommation ostentatoire de fringue de luxe . Il s’agit
souvent de jeunes. Mais c’est du côté de l’arrière plan des angoisses que se trouve la réponse. Ces individus se font d’ailleurs soigner pour
leur névrose ou psychose.
Autant nous sommes contre le travaillisme du "travailler plus pour gagner plus" autant nous sommes contre le "ne rien faire" (ou le
travailler 2 heures par semaine). Il y a une voie intermédiaire à favoriser qui consiste à faire baisser massivement le temps de travail à
30 heures de celles et ceux qui travaillent déjà et à ouvrir des postes à ceux qui ne travaillent pas. Nous sommes pour que tout un chacun(e)
puisse participer à la production de l’existence sociale à sa mesure et puisse en vivre décemment.
Christian DELARUE
On ne saurait s’en tenir à ces remarques. Il faut lire aussi en contrepoint sur ce thème :
ESTIME DE SOI, RECONNAISSANCE, EMANCIPATION - (AMOUR ET TRAVAIL . ET LE RESTE ?)
http://www.attac.org/fr/blogs/delarue-christian/5-05-2010/estime-de-soi-reconnaissance-emancipation
Sobriété pour les très riches de tous les pays. C Delarue
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article717
La « PROLOPHOBIE » d’Hervé Kempf (ATTAC - C. Delarue)
http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/jean-rex/281010/la-prolophobie-dherve-kempf-attac-c-delarue

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