La félicité, expérience de l'amour (in "Qui est l'autre? de R Misrahi)

LA FELICITE, EXPERIENCE DE L'AMOUR

Libres extraits de "Qui est l’autre ?" (de Robert MISRAHI) par Christian Delarue

http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=47492
L’auteur de « Qu’est ce que la liberté ? » et de l’opuscule Hatier « Le bonheur - Essai sur la joie » poursuit, à partir d’une interprétation de Spinoza, ses recherches sur une éthique de la joie et de la félicité. Nous ne partageons pas la « critique du pessimisme » faite par l’auteur à l’encontre de Marx , Sartre et d’autres à propos des rapports sociaux , des relations humaines, de l’autre etc... mais pour autant nous ne dédaignons pas la lecture de son analyse approfondie des significations des témoignages qui indiquent l’existence effective d’un amour, d’une amitié ou d’une coopération, en somme de son analyse compréhensive des témoignages de l’expérience ordinaire de l’amour, de son vécu particulier.
C’est pourquoi nous laisserons de côté les deux premières parties de son ouvrage sur 1- l’altérité et la solitude (la violence, la sexualité, la séparation ontologique, la critique du pessimisme) et sur 2 - la coexistence et l’association ( L’alter ego, La relation pratique...) pour nous intéresser exclusivement à sa troisième partie : La rencontre et l’amour.

LA RENCONTRE ET L’AMOUR

La rencontre et l’amour est subdivisée en trois chapitres : la communication existentielle, l’amour et la joie, l’amour tout autre.
La communication existentielle et véritable est différente de la communication telle que définie par les sciences cognitives ou la technologie contemporaine. En dépassant le cadre strict de la pensée de Jaspers ns dirons que la communication véritable est le lien personnel qui ns lie à une autre conscience lorsque ce lien devient la source et l’origine de notre être lui-même. Rencontre, lien , dialogue : La relation parlée entre deux consciences qui se situent dans la réciprocité n’est pas seulement un échange, il est surtout une attitude, une attitude qui est à l’œuvre, dans la parole elle-même, dans le visage, le regard et les gestes. Pour qu’un dialogue puisse accéder à cette intensité et à ce niveau de responsabilité, il doit se différencier radicalement d’un simple échange intellectuel d’opinions discutables et sans importance. Le dialogue est la recherche commune et responsable d’une vérité qui commence radicalement par la reconnaissance de l’autre comme sujet libre et personnel.
L’auteur aborde les conditions authentiques de l’amitié : disponibilité, ouverture , responsabilité. Etre disponible n’est pas être prêt à tout avec n’importe qui, c’est être prêt à tout ce qui permettra l’accroissement réciproque des consciences qui se seront mutuellement choisies. La réciprocité a un contenu, qui est la compréhension réciproque des motifs et des valeurs qui animent la liberté de l’autre. Sur le plan historique et politique, on doit reconnaître que l’amour est source de mouvement et d’unification, il est source d’enthousiasme et d’utopie.

L’AMOUR ET SA JOIE

* LE LANGAGE DE L’AMOUR :
Aimer implique qu’on dise et qu’on exprime son amour et qu’on adresse aussi à l’autre son propre regard sur soi-même et sur le monde. Le langage de l’amour n’est pas intéressé comme celui de la séduction. Dans l’amour réel, l’imagination est active comme puissance poétique qui exalte la réalité et qui la perçoit en profondeur et non pas comme puissance mensongère destinée à duper autrui et soi-même.
Aimer quelqu’un c’est lui parler, mais le sens déborde ce qui est explicitement exprimé. Voix, geste, intonation, regard, caresses expriment ce que les mots ne disent pas. La parole ne peut se déployer sans Désir, c’est à dire mouvement global du sujet humain comme dynamisme et poursuite de l’être et de la joie, exaltation qui comprend et dépasse le désir sexuel. Le Désir, comme mouvement général de la conscience, n’est ni pulsion ni mécanisme mais mouvement intégral du corps et de l’esprit poursuivant sa satisfaction et sa plénitude.
*LA RENCONTRE DE L’AIME(E) :
Une attente et une disponibilité préalables sont donc nécessaires pour qu’une rencontre puisse se produire. Mais cette disponibilité est une ouverture vers son avenir et son possible et non une pulsion venue de l’arrière. C’est sur fond de disponibilité, de désir, d’attente et de demande légitimes que se produit la rencontre amoureuse. La rencontre est d’abord constituée par une reconnaissance réciproque riche de significations. L’acte premier de la reconnaissance est une valorisation : l’autre est posé comme digne d’amour, affirmé comme valeur décisive. Dans la rencontre amoureuse, événement actif et non rencontre fortuite de deux particules, chacun se réjouit de l’existence de l’autre, spécifique, singulière, différente. C’est une éthique du courage et de l’authenticité qui est ici engagée. Les sujets qui se reconnaissent mutuellement décident ensemble d’entrer intentionnellement dans un monde extrême, désormais commun.
*LES QUALITES DE L’AIME(e) :
Le simple respect de la personnalité de l’autre ne suffit pas. L’autre, ici, n’est aimé que parce qu’il est admiré et il ne peut être admiré que dans sa spécificité. Sa personnalité n’est pas seulement reconnue, elle est aussi admirée. Il n’est pas vrai que l’amour rende aveugle. Bien au contraire, c’est par l’amour que l’on entre le plus profondément dans la connaissance de l’autre. La connaissance de l’autre peut bien être partielle ou morcelée, elle reste tjrs vivante et compréhensive dès lors qu’elle animée et motivée par l’amour. La relation d’amour accroît l’intensité et la perspicacité de la perception compréhensive des actes de l’être aimé. L’amant ressent en outre un sentiment de gratitude. Après la rencontre, l’entrée de l’autre dans le domaine de l’amour et de la réciprocité paraissent à l’amant comme un don, un don source de joie.
*LA PLACE DE L’AIME(e) :
L’aimé est en raison même de sa personnalité, investi d’une signification exceptionnelle aux yeux de l’amant. L’aimé est source de joie, la joie étant cette complétude intérieure par l’effet de l’existence de l’autre tournée vers le sujet. L’aimé est aussi source du sens : il est posé sinon comme juge moral, du moins comme référent éthique. L’éthique n’est pas ici soumission des actes de chacun de se convertir aux valeurs de l’autre afin de conférer à la relation d’amour son plus haut degré de validité. Cette validité est celle de la relation d’amour, elle est interne à cette relation, c’est ensemble et pour eux seuls que les amants construisent ensemble une validité dont ils inventent les règles. Et ces valeurs sont au premier chef destinées à affirmer, à exalter et à accroître la valeur de la relation et par conséquent la valeur et la dignité de chacun des amants face à l’autre.
*LES CONTENUS DE LA JOIE D’AMOUR :
L’amour, lorsqu’il est réciproque et intense, est vécu comme un accomplissement. L’accomplissement est à la fois achèvement substantiel et déploiement existentiel de soi. Il est aussi totalisation. Le sujet, en éprouvant la joie de l’accomplissement et de la haute satisfaction de son Désir, éprouve en même temps la joie de sa propre plénitude : la chair est accordée à l’esprit. L’érotisme est le consentement donné à l’exaltation ludique des corps et des plaisirs, et à la liberté de la chair et des caresses. Le manque est supprimé par la plénitude, par le désir comblé. Cette plénitude dynamique de la chair et du plaisir est en même temps expression et conscience de l’amour de l’autre et de l’amour des deux sujets. L’amant peut valablement se dire « ébloui » par l’aimée. L’existence par la joie d’amour est alors susceptible d’être vécue comme éclat et comme splendeur.

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