Populisme - Mélenchon : peuple-nation ou peuple-classe.

Populisme - Mélenchon : peuple-nation ou peuple-classe.

Jean-Luc Mélenchon émerge comme personnage politique de gauche qui met le peuple en mouvement pour une alternative de gauche. Ce n'est pas le programme qui nous intéresse ici mais l'invocation du peuple. De quel peuple s'agit-il ? Car là est la bonne question .

Ce qui est extrêmement positif au cas présent est qu'il s'agit bien du peuple-classe et non du peuple-nation. Une différence capitale. JLM souhaite que le peuple d'en-bas (à 99% comme on dit souvent maintenant) soit tout à la fois plus actif démocratiquement et plus bénéficiaire d'une autre répartition des richesses au plan économie-social. Sur ces deux aspects, il se positionne nettement comme populiste de gauche. Rien à voir avec un populiste de droite.

Dans un papier (1) récent, Benoit Schneckenburger, un des intellectuels du Parti de Gauche, explique très bien cela. " Chaque populisme renvoie à une vision différente du peuple. Si l'on qualifie parfois Chavez de populiste, c'est précisément parce qu'il en appelle au peuple pour que ce dernier s'approprie les enjeux politiques : c'est ici le demos en action. En revanche, les replis identitaires de Jörg Haider eux n'en appellent pas à un peuple en mouvement, mais à une idée figée, le genos. Le Pen et Berlusconi font mine de nier les différences de classes et d'en appeler à un peuple ethnique, alors que tout leur programme social est un programme de dérégulation, eux-mêmes appartenant aux classes favorisées". Le peuple-nation à composante ethnique figée pour l'extrême-droite n'est pas la copie conforme d'un peuple-classe appelé à intervenir sur la scène publique.

La dite scène ne saurait se réduire aux élections politiques. Ces élections ne sont d'ailleurs pas la quintessence de la démocratie. Evoquer la République sociale, c'est en filigrane ou plus nettement reposer la question de l'appropriation sociale, laquelle ne saurait se réduire à l'appropriation publique par des hauts fonctionnaires. L'appropriation sociale signifie bien socialisation et socialisation suppose l'intervention de secteurs militants, de personnes "de base" mais actives et impliquées dans la vie de la cité, dans le travail et hors travail.

Un des autres intérêts de l'article de Benoit Schneckenburger est qu'il distingue explicitement le peuple-fiction  interclassiste et homogène qui permet de poser un chef mythique porteur d'un projet ethnique et un peuple nécessairement en opposition avec les élites ou les dominants et leur pouvoir oligarchique. Il ne dit pas peuple-classe mais c'est de cela qu'il s'agit. Le capitalisme présuppose cette lutte de la classe dominante. La notoriété de cet illustre spécialiste du populisme devrait permette de valider définitivement la notion de peuple-classe qui forme bien l'ensemble des classes populaires soit environ 98 % de la population sur le territoire national. Mais à ce niveau des enjeux, il importe de sortir "l'ensemble des classes populaires" du discours de l'ordre des classes pour le faire entrer dans l'ordre des peuples. Car trop souvent quand on pense "social" dans les débats sur le peuple c'est de la populace qu'il s'agit ou de la "classe populaire" réduite aux ouvriers et employés. Or ici, Benoit Schneckenburger ne réduit pas ce peuple-classe au pléthos, à la foule, au bas-peuple, à la populace. C'est une avancé dans le débat.

Christian DELARUE

1) Populisme : le peuple en accusation Par Benoit Schneckenburger

http://www.jean-luc-melenchon.fr/arguments/populisme-le-peuple-en-accusation/

En outre, l'auteur a rédigé un petit livre récemment dont j'ai fait une note de lecture.

Note sur "Populisme Le fantasme des élites" de Benoît Schneckenburger - Amitié entre les peuples
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article2218

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