Eric Fromm s'est arrêté à la lecture de l'Idéologie Allemande de Marx.

Erich Fromm s'est arrêté à la lecture de l'Idéologie Allemande de Marx.


Fromm ne veut pas lire Lénine mais Marx dit en substance Michel Onfray (in Contre-histoire de la philosophie vol 8). Mais il n'a même pas lu tout Marx, pourrait-on répondre !

De plus Onfray dit plus loin : Fromm constate qu'on parle beaucoup de Marx mais qu'on ne l'a pas lu. (entendez bien lu car on a "oublié" le jeune Marx humaniste). Ce qui n'est pas faux pour certains. Problème : Michel Onfray ne s'est pas aperçu que Fromm n'avait sans doute pas lu le Capital. Et que son marxisme était relativement "léger" dans son corpus théorique. Là, Michel Onfray, à mon humble avis, tout philosophe émérite qu'il soit, s'en tire fort mal en mettant tous les autres marxistes sous l'étiquette de "marxisme stalinien" ou "marxisme totalitaire". C'est un brin grossier comme argument. Le procédé ne trompe que qui veut bien l'être.

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Ce n'est pas un grand reproche que dire que Fromm n'a probablement pas lu tout Marx ou qu'il fait le choix de ne retenir que le "Marx humaniste". Erich Fromm est assurément un grand homme, fort d'une pensée personnelle riche, que beaucoup aimeraient avoir. Ce psychanalyste freudien atypique est bien lecteur de Marx. Il combine notemment Freud de façon critique à un Marx d'avant le Capital. Il aurait pu intégrer le Capital mais son choix n'était pas celui-là. Ce qui est respectable. Reste qu'on ne peux pas dire qu'il a lu tout Marx et qu'il à intégré tout Marx. Cela me semble faux.

Fromm a lu d'autres philosophes : Spinoza pour sa conception de la liberté notemment. Il s'est interessé aux religions et au bouddhisme (question de l'auto-discipline notemment). On connait aussi sa dispute avec Marcuse ou se dernier fait confiance à Eros, à la liberté amoureuse et libidinale des humains pour s'épanouir et connaître la joie, pour peu que les conditions de base soient favorables alors que Fromm se montre lui plus méfiant, plus austère. Il critique chez Marcuse un "gauchisme instinctiviste". Son "Art d'aimer" fait intervenir la raison contre les sentiments. Il évoque même avec réprobation le "sentimentalisme" alors qu'il plaide ailleurs contre le "durcissement du coeur" dans les relations humaines (il ne dit rien pour les animaux). Un brin "raide de la nuque" sur ce plan sexuel notre Erich Fromm ! Au sein de l'Ecole de Francfort, et sur ce volet freudien Fromm n'ira pas vers Reich et Marcuse. Il défendra un courant dit humaniste-culturaliste. Ces quelques lignes sommaires mériteraient d'autres développements mais c'est surtout de son marxisme qu'il s'agit d'évoquer.

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Concernant son marxisme, on peut défendre d'abord l'idée qu'il ne fait pas parti de ce courant dit anti-humaniste qui privilégie la structure et son déterminisme sur la vie des "sujets" ou, sur un autre plan, qui affirme qu'après la "mort de Dieu" il faut aussi constater la "mort de l'Homme" (avec un grand H) comme le disent Lacan, Foucault, Althusser, etc... Est-il pour autant un humaniste béat ? Non. Car il existe un faux humanisme qui sert de "planche d'appel" aux dominants pour défendre sous ce nom leurs intérêts matériels d'abord et ceux des autres ensuite, le cas échéant et pour ce qui reste. Cet humanisme niais n'est pas celui de Fromm. Il évoque toujours un humain non abstrait, sans H majuscule, bien inscrit dans l'histoire (plutôt une histoire culturelle) et le concret (thème des besoins mais corrigé par la thématique de l'aliénation ) mais ce n'est pas un humain inscrit dans des rapports sociaux, un peu comme si il n'avait jamais lu et intégré les apports du Capital de Karl Marx. Fort peu de capitaliste chez Fromm qui s'interesse plus à l'aliénation dans la consommation marchande. Ce qui n'est pas sans intérêt. L'un n'est pas contradictoire avec l'autre (le secteur de la production).

On peut dire - mais cela mérite critique éventuelle - qu'il a surtout lu et intégré les oeuvres de jeunesse de Marx, les Manuscrit de 1844 plus l'Idéologie Allemande . Il semble ignorer largement la lutte de classe et les rapports sociaux. Il passe allègrement au-dessus de tout çà ! Un grand saut au-dessus de la vie conflictuelle des humains. Il n'y a pour lui que des relations interindividuelles ou la joie et le bonheur cotoie l'aliénation. L'humain est certes un individu social mais il n'est pas un travailleur ou autre qualificatif indiquant son inscrIption dans un rapport social de production. Pourtant c'est au travail que les humains passent un grand nombre d'heures. Et l'aliénation au travail est bien aussi réelle qu'hors du travail. En tout cas, cela se discute. La libération du travail est, à priori, aussi nécessaire que la libération du "tout marchand".

Cristian Delarue

Erich Fromm

http://1libertaire.free.fr/EFromm05.html

Pour un exposé synthétique de sa conception de l'humain lire : 

La conception de l’humain selon Eric FROMM (note C Delarue) - Solidarite des peuples-classe sur LePost.fr (01:40)

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2010/01/31/1915740_la-conception-de-l-humain-selon-eric-fromm-note-c-delarue.html

Michel Onfray - Conférences sur France Culture - Erich Fromm et la psychanalyse humaniste - 17 - Banquet avec Onfray

http://banquetonfray.over-blog.com/article-michel-onfray-conferences-sur-france-culture-81641568.html

FROMM AVEC MARCUSE : UNE ETHIQUE BIOPHILE LIBEREE - Christian DELARUE - BELLACIAO

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article58345

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