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Billet de blog 14 août 2017

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L’entre-soi des élites fausse la polyarchie, renforce la gouvernance

« L’entre-soi des élites » (M Bernard) fausse la polyarchie, renforce la gouvernance a-démocratique.

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« L’entre-soi des élites » (M Bernard) fausse la polyarchie, renforce la gouvernance a-démocratique.

Le professeur de science politique Robert A. Dahl a inventé jadis avec son collègue Charles Lindblom le concept de polyarchie (ou d’organisation pluraliste) par les élites politiques en lien avec la société civile (clivée elle par de multiples rapports sociaux ) et le système de gouvernance qui va avec. Ce qui signifie qu’il n’existe pas une seule élite monolithique qui contrôle l’Etat et la société, mais une série d’élites spécialisées et en concurrence mais qui négocient entre elles pour prendre le contrôle de la société. Cela sonne pluraliste et concurrence mais en fait ce jeu de négociations formelles et informelles favorise l’entre-soi des élites (M Bernard) .

L’entre-soi de la gouvernance élitaire

La polyarchie est un système complexe de gouvernance qui mixte contradictoirement oligarchisation et démocratisation. Comme l’écrit Thierry Brugvin elle est fondamentalement « a-démocratique » . On peut dire aussi à dominante oligarchique.

Lorsque certains groupes des élites - ceux placés dans le 1% d’en-haut - obtiennent des privilèges importants alors cette polyarchie « serre les coudes ». Elle se transforme en corporatisme. Elle devient « classe en soi » et « classe pour soi ».

La hiérarchie des élites

Ce que l’on nomme néolibéralisme (Husson 1996, Bourdieu mars 1998) correspond à cette montée du corporatisme des élites les plus dominantes. Certaines élites sont moins biens loties au sein du bloc élitaire qui tend à ramasser largement pour faire pièce au bloc populaire d’en-bas. Le bloc du peuple-classe s’efforce lui de rassembler des ouvriers et employés jusqu’à certains travailleurs indépendants et certains cadres, ces derniers formant un enjeu dans la lutte des blocs.

On peut voir les cadres dans cette zone d’enjeux comme étant largement rattachés au bloc élitaire ne serait-ce que par le simple jeu fonctionnel mais aussi parceque l’on demande plus de fidélité et de loyauté aux cadres qu’à l’employé ou l’ouvrier de base . Mais Il faut distinguer les cadres de management qui s’y rattachent plus nettement des ingénieurs qui s’en séparent de plus en plus, notamment dans les centres à majorité d’ingénieurs (R&D, fabrications techniques...). Bref, l’encadrement étant plus vaste que jadis on trouve des situations complexes et aucun préjugé n’est de mise tant les situations sont variées et contradictoires . Ce qui explique aussi des résistances dans l’application des politiques les plus dures contre ceux et celles d’en-bas.

Les luttes contre les élites néolibérales

« L’entre-soi des élites » (livre récent de Maurice Bernard) reflète ce corporatisme d’en-haut. Rien à voir avec les accusations de corporatismes (nov-dec 1995) contre les secteurs ouvriers ayant conquis des droits et voulant les conserver ! Ce conservatisme-là participe d’une lutte progressiste contre des politiques destructives et réactionnaires . Elle est progressiste car elle entend tirer vers le haut tous les droits des prolétaires publics et privés. Et cette dynamique participe de la conquête de la démocratie socialiste, une démocratie d’en-bas ou les diverses revendications concernant le travail, le logement, la fiscalité, la santé, les services publics sont débattues en période de luttes.

La démocratie socialiste pour le peuple-classe

La démocratie socialiste c’est, comme le dit Slavoj Zizek, penser « le jour d’après » ; entendez le jour d’après les mobilisations - car vient le moment ou on rentre chez soi (et qu’il n’y a pas nécessairement auto-activité et auto-organisation puisque le monde réel avance sur la base de la division du travail) et là, il y a gouvernement et Etat. Pour S Zizek cet Etat n’est pas en soi réactionnaire . Il tend certes à un certain autoritarisme en Europe- plus Trump aux Etats-Unis -, qui le rapproche du fascisme sans en être (Orban en Hongrie, Farage en Grande-Bretagne, Le Pen en France, Wilders aux Pays-Bas, Duda en Pologne, Erdogan en Turquie…) . On y retrouve nationalisme, racisme, sexisme, homophobie, intégrisme religieux, etc... Mais parfois cet Etat s’oppose aux forces réactionnaires qui viennent de la société civile . La société civile n’est pas plus en soi positive.

Christian DELARUE

Notes :

L’entre soi des élites dans les grandes écoles
http://le-libertaire.net/lentre-soi-elites-les-grandes-ecoles/

Maurice Bernard, Les élites françaises. La marche vers le pouvoir (Tome 2)
https://lectures.revues.org/6817

Autres lectures liées :

Ordre des peuples et ordre des classes (Labica) : quelle complémentarité ? C Delarue - Amitié entre les peuples
http://amitie-entre-les-peuples.org/Ordre-des-peuples-et-ordre-des-classes-Labica-quelle-complementarite-C-Delarue

Rassembler : Bloc du peuple-classe à gauche contre bloc élitaire à droite. C Delarue - Amitié entre les peuples
http://amitie-entre-les-peup

XX

Addendum sur les cadres et l’encadrement selon Alain Bhir

La classe d’encadrement est pour l’auteur les couches sociales moyennes « qui conçoivent, contrôlent, inculquent, légitiment les différents rapports de domination par l’intermédiaire desquels se reproduit le capital. Et ce aussi bien dans les appareils d’État et dans la société civile que dans les entreprises. Ce travail d’encadrement implique tout à la fois un savoir et un savoir-faire marqués du sceau du "travail intellectuel" par opposition au "travail manuel" ; une formation théorique préalable (de caractère scolaire et universitaire), autant destinée à légitimer idéologiquement les fonctions d’encadrement qu’à en assurer la maîtrise par les agents qui les remplissent ; une part relative de maîtrise et d’autonomie dans l’exercice de ses tâches concrètes.

Vouées aux tâches d’encadrement des rapports de domination à travers lesquels le capital se reproduit, les « couches moyennes salariées » constitue donc une classe sociale spécifique, la classe de l’encadrement, qui se distingue donc à la fois, outre de la petite- bourgeoisie :

de la classe capitaliste, classe des propriétaires et des gestionnaires du capital social, qui dirige le procès global de reproduction du capital et au pouvoir de laquelle les membres de l’encadrement demeurent soumis (propriétaires et cadres supérieurs dirigeant les entreprises privées ou publiques ; haut personnel politique, administratif et militaire) ;

du prolétariat qui comprend l’ensemble des agents voués aux fonctions d’exécution dans la division sociale du travail, dont le travail est par conséquent réduit tendanciellement à du travail simple et dont la force de travail est totalement soumise, en tant que marchandise, à la loi de la valeur."

Toutes ces thèses ont été développées dans "Entre bourgeoisie et prolétariat : l’encadrement capitaliste", L’Harmattan, Paris, 1989 ; et dans "Les rapports sociaux de classe", Page 2, Lausanne, 2012.

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