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Billet de blog 15 juin 2014

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Deuil, valeur de l'ex et néantisation

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Deuil, valeur de l'ex et néantisation !

XX 

Dans un article intitulé "Quand la rupture n'en finit pas de faire mal" (1) Florence PITARD signale que la rupture amoureuse ressemble à un deuil et que ce dernier peut durer très longtemps, et même être interminable, l'individu restant "coincé dans une étape". Ici Florence Pitard évoque, sans développer car ces "phases" ou "étapes" (de résolution progressive du deuil) sont reconnues probablement comme "scientifique" par ses pairs. Nous n'avons pas compétence sur ce point.

XX

Ce n'est pas cette référence obligée qui nous inspire le plus ici. Ce n'est pas plus d'ailleurs le fait de se demander "si on a pris le bon partenaire" car on peut effectivement se poser la question ici mais comme les couples stabilisés sans amour ou avec peu d'amour peuvent aussi se la poser et se la pose d'ailleurs souvent, même s'ils décident de rester ensemble, quitte à aller ailleurs chercher ce qu'ils n'ont pas chez eux : le sexe bien sûr mais aussi la tendresse.

Ce n'est pas plus le fait que "certains types d'amour (soient) sont liés à l'échec" (de l'amour stabilisé). Elle cite ici les "relations triangulaires" (les trios) qu'elle voit comme "sexuelles", ce qui semble dire qu'elles sont sans amour. Un peu sommaire si c'est bien interprété ! Il y aurait là un biais de réduction (au sexe sans amour) qui fait peu scientifique ici ! C'est un peu comme si on devait dire que l'amour stabilisé de longue durée était nécessairement de l'amour sans sexe, de l'amour-amitié dépourvu de toute vie fantasmatique et érotique. Je préfère penser que la brièveté de l'article n'a pas permis de dire la richesse de sa pensée. Il faudrait lire son livre : La rupture amoureuse chez Odile Jacob !

 XX

Non, ce qui nous a attiré c'est surtout le fait qu'elle signale que "la façon dont se déroule la séparation est aussi très importante". Ici on peut distinguer les ruptures ou chacun a remercié l'autre du bon de la relation passée des autres relations (type rupture-kleenex notamment mais pas seulement). On peut aussi distinguer les ruptures proximales (les partenaires vivent dans une zone proche, voire très proche) des ruptures distales (les ex-amants vivent à 200 kms l'un de l'autre). On peut aussi distinguer les ruptures ou le minimum de dignité humaine est assuré, notamment le "bonjour" et le bon mot, voire la bise dans le meilleur des cas, ce qui évite la violence de néantisation. 

La néantisation - comme forme radicale de mépris supérieure en violence (passive) à l'insulte et l'injure - est potentiellement source de deuil "pathologique", si l'on peut dire ainsi. Lexique de néantiser : Considérer ou négliger comme s'il n'était pas, éliminer de son monde intentionnel`` (Foulq.-St-Jean 1962). Je domine le monde si j'ai la capacité de le nier ou, comme dirait Sartre, de le néantir (Lacroix,Marxisme, existent., personn.,1949, p.79). En AT - Analyse transactionnelle - l'injure et l'insulte sont des signes négatifs en terme de reconnaissance mais ce sont encore des signes adressés à un individu. Avec la néantisation, il n'y a même plus de signes : vous êtes hors du monde des humains, frappé d'indignité humaine totale ! 

 Il n'y a pas que la souffrance et la fragilité émotionnelle conjoncturelle a prendre en compte au titre de la psychologie mais aussi l'aspect proprement philosophique qui veut de plus en plus, déontologie oblige, que les ex se saluent, au moins autant que l'on salue tous les autres humains, y compris d'ailleurs ceux et celles pour lesquels on a aucune sympathie. Parenthèse : professionnellement je salue comme il se doit une relation FN alors que je suis contre le FN. C'est ainsi !  Il se trouve qu'il y a dans le monde contemporain de plus en plus de secteurs d'activités et de relations qui exigent professionnellement ce "smic déontologique" qui est, il faut le souligner, un smic de dignité humaine. On sait pourtant qu'un smic c'est peu de chose et que cela permet encore des indignités graves . Mais au moins la reconnaissances basique du fait que nous sommes des humains  est préservée et assurée. C'est là un grand pas de civilisation.

 Un autre point de vue philosophique permet un rapprochement avec Frédéric Lenoir (malgré le fait qu'il soit croyant et moi athée) dans son livre "Petit traité de vie intérieure" (2). F Lenoir critique avec bienveillance le bouddhisme car il fait la promotion d'un détachement général et sans distinction entre les choses et les humains (voire des animaux domestiques). Or si le détachement à l'égard des choses est à préserver et entretenir, ce qui ne signifie pas refus d'en posséder ou surtout d'en user avec plaisir, l'attachement à l'égard des humains est plus normal. Ce serait plutôt le détachement qui serai contestable . Il fonctionne pour l'usage prostitutionnel de la sexualité . Ce n'est pas là une vertu ! On a bien de l'attachement humain porteur de sens à l'égard d'une personne aimée jadis parce que précisément on l'a considéré et aimé dans le meilleur sens du terme, sans aucune réduction (soit au sexe seulement, soit au "spirituel décharné" seulement), et cet attachement trouve bien sa valeur dans cet amour passé, qu'il soit triangulaire ou conforme à la doxa ! 

Enfin, à partir de la "théorie" du double regard (3), on doit pouvoir regarder ensemble son ex à la fois comme "ex" et comme être humain . L'ex a été la personne importante pendant une durée de vie et elle reste possiblement, de ce fait, encore une personne relativement particulière (elle est "ex"). Tout "ex" mérite respect dès lors qu'il n'y a pas eu viol, violences lourdes. Mêmes les insultes circonstanciées ne sont pas prétexte à refus de dignité maintenue durablement. Il est entendu qu'il faut éviter les insultes et les injures y compris au moment de la rupture. Mais cela peut être pardonné si ce n'est pas devenu un mode de vie : certains insultent comme ils respirent !

 CD

1) publié dans Ouest France le 7 mars dernier

2) France Loisir 2011

3) Théorie du "double regard" élaborée comme antiraciste et antisexiste pour la "femme sexy" (réduction à l'être sexué) d'une part et la musulmane voilée (réduction à l'être religieux) d'autre part que nous devons voir, aussi, comme des êtres humains dignes et à respecter.

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