Le peuple-classe de A Léon et après. Christian Delarue

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/150712/le-peuple-classe-de-leon-et-apres

 

L'analyse de l'antisémitisme - dénoncé de tous (sauf Staline) - ne fut pas le trait saillant des analystes marxistes. L'aspect économiciste a souvent évacué l'histoire et parfois l'aspect fonctionnaliste sert à lui seul d'explication : les juifs sont vus comme "race" de riches commerçants ou riches banquiers afin de dévoyer en lutte de "races" une lutte de classe contre le capitalisme. On trouve néanmoins des exceptions notoires comme Léon Trotsky, Daniel Guérin, Ernest Mandel (1). Même Gramsci sur ce point fut limité.

I - Le peuple-classe d' A Léon.

Il y a cependant un auteur marxiste et trotskyste belge mort à Auschwitz en 1944 qui a laissé un ouvrage au titre explicite : "La conception matérialiste de la question juive". Il s'agit du livre d' Abraham LEON, qui bénéficie, dans l'édition EDI, d'une longue préface de Maxime Rodinson (et même d'Ernest Mandel dans certaines éditions). On trouve les textes sur le web. http://www.marxists.org/francais/leon/CMQJ00.htm

A Léon est l'auteur de la caractérisation des juifs comme peuple-classe. Sa combinaison porte plus de développements sur classe que sur peuple car il voit surtout les juifs comme une classe internationale de marchands. Il emprunte plus ici à Weber qu'à Marx. Il semble que les juifs ne soient un peuple que pour l' aspect international. Enzo Traverso (2) dans Les marxistes et la question juive (la breche 1990) reproche à A Léon son unilatéralisme dans l'analyse. Il n'y aura que Nathan Weinstock a reprendre le terme à propos des Tziganes, des Arméniens et des Chinois de l'Asie du Sud-Est.

II - De nos jours, la notion de peuple-classe relève d'une part de l'analyse du populisme et d'autre part de l'altermondialisme.

On évoque le peuple mais de quel peuple parle-t-on ? Peuple-classe fut d'abord chez Yves MENY et Yves SUREL un équivalent de classe populaire tel qu'énoncé au XIX ème siècle avant de prendre avec Christian DELARUE un format plus large, plus "peuple" qui oppose dans quasiment chaque pays un peuple-classe à une oligarchie ou une classe dominante (3). C'est cette opposition qui est signalée par le mot classe. Ce peuple-classe est le peuple objet auquel s'adresse les forces sociales et politiques de transformation démocratique, sociale et environnementale.

Voir : Du peuple objet au peuple sujet. C Delarue / Des avants-gardes, pas des états-majors ! A Bihr
http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/140712/du-peuple-objet-au-peuple-sujet-c-delarue-des-avants-gardes-pas-d

Voir aussi le notion de "classe fondamentale" dans la théorie marxiste de Jacques Bidet : "Polarité de classes sociales selon J Bidet : Deux en-haut, trois en-bas."
http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/180212/polarite-de-classes-sociales-selon-j-bidet-deux-en-haut-trois-en-

III - Le débat, tout récent, porte sur la taille du format large.

- Pour certains, écologistes, la barre haute ne va pas jusqu'à 97 ou 99 % en-haut (comme le pensent les altermondialistes, les Indignés et la plupart des révolutionnaires arabes) mais s'arrête au sommet de la classe moyenne (4). Cette barre supérieure est évaluée à 2600 euros net par mois en France. Les 20 % d'en-haut ne sont certes pas la bourgeoisie (loin de là). Mais c'est d'eux - les très riches et la petite-bourgeoisie - que doit venir un effort de moindre consommation en vue de la préservation de la planète. Pour Hervé Kempf une partie de la classe moyenne occidentale - ceux juste en-dessous des 2600 euros/ mois - doit aussi limiter sa consommation (5).

- De ce débat, il ressort que deux formats sont pensables selon le thème en cause : le peuple-classe à 80 % d'en-bas ou le peuple-classe à 97 %. La thèse que je défend est un peuple-classe intégrant les couches aisées au-dessus des classes moyennes - disont le petites-bourgeoisies (6) - mais pas les bourgeoisies industrielles ou financières. Il s'agit donc grosso modo d'un peuple-classe à environ 97 % à 99 % selon les pays. Ce même peuple-classe est mobilisable à côté de peuple ethnique ou peuple nation pour étudier le discours des politiques faisant appel au peuple. Ici rien de commun entre Mélenchon (et plus encore le NPA ou LO) et le FN.

Christian DELARUE

1) Plus récemment il faut noter une tribune qui a fait du bruit il y a 10 ans: « Israël-Palestine : le cancer », Edgar Morin, Sami Naïr et Danièle Sallenave

Peuple juif assimilé ou dominé, puis écrasé et exterminé puis devenu à son tout dominateur en Palestine. Au-dela de formules maladroites ce texte pose la question du sionisme (notamment depuis 1948) à côté de celle de l'antisémitisme.

2) Ernest Mandel - Note de lecture sur « Les Marxistes et la Question juive » d'Enzo Traverso
http://www.ernestmandel.org/new/ecrits/article/note-de-lecture-sur-les-marxistes

Notez bien que Mandel défend Léon comme non kautskyste et dialecticien  : "C’est notre camarade Abram Léon qui a trouvé la clef pour une interprétation matérialiste de la question juive. Son concept de « peuple-classe » est un concept éminemment dialectique : il explique non seulement la survie mais aussi la disparition des communautés juives à travers l’histoire. Elles ont survécu et prospéré dans la mesure où elles jouèrent un rôle économique particulier et socialement indispensable dans un environnement donné. Elles ont été persécutées dans la mesure où l’évolution économique sapait l’utilité de ce rôle aux yeux d’autres couches sociales. Et elles ont souvent disparu par assimilation complète, dans la mesure où leur structure sociale n’était pas exceptionnnelle mais se confondait avec celle d’un environnement spécifique non hostile."

3) Classe dominante et oligarchie contre peuple souverain et peuple-classe. - Mouvements

http://mouvements.info/Classe-dominante-et-oligarchie.html

4) Les Sciences Economiques et Sociales - Pas de classes moyennes sans redistribution sociale et fiscale ?

Credoc. Mars 2012.

http://ses.ens-lyon.fr/pas-de-classes-moyennes-sans-redistribution-sociale-et-fiscale-credoc-mars-2012--161329.kjsp?RH=1200565413653

5) Pour autant personne ne parle de limiter les salaires à un maxi de 2600 euros net par mois. F Hollande voyait lui le plancher des riches à 4000 euros net par mois. Mais c'était à propos d'une fiscalité "de gauche" qui devait les ponctionner. Ce qui ne résout pas la question salariale du manque à gagner. jusqu'à quel niveau faut-il augmenter les salaires ? On ne sait.

6) J'ai proposé un reformatage de la petite-bourgeoisie. Je parle de trois types de petites-bourgeoisie. Ce texte a été soumis à débat et discussion sur Bellaciao (ou voisine bonne critique et stigmatisation sans argument) : "Les trois types de petite-bourgeoisie".
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article124357

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