Ordre des peuples et bourgeoisie : Une référence à Georges Labica

Ordre des peuples et bourgeoisie : Une référence à G Labica.

C'est en pensant à Georges Labica (dcd le 12 février 2009) que j'ai pensé à poser un ordre des peuples à développer de milles manières, notamment en soulignant un peuple social nommé peuple-classe opposé à "son autre", qui a pour nom oligarchie (générique qui vaut pour la Chine par exemple) ou bourgeoisie (classe dominante sous le capitalisme).


I - Ma dette à l'égard de Georges LABICA.

J'ai bien après lui, et avec moins de talent et de science, poser un ordre des peuples qui valorise autrement un ordre des classes.

J'ai bien involontairement omis de le citer. Mais, il faut dire que lui dans son ouvrage "Le paradigme du Grand-Hornu" (1) posait un ordre des classes. Cet ordre est au cœur de son ouvrage qui a l'usine (du Grand Hornu) pour modèle.

Je pense que cet ordre des classes et toujours valable pour expliquer le réel. Mais le point de départ à l'heure de la mondialisation financière ne part pas nécessairement de l'entreprise. Pas toujours en tout cas. Et, ce bien que l'entreprise soit soumise à la finance. Bref c'est à partir d'un contexte différent que l'ordre des peuples, plus en lien avec la mondialisation capitaliste, débouche sur une conflictualité de classes. On retrouve différemment l'ordre des classes.

Pour revenir à son ouvrage qui date de 1987 et à mon propre texte ici (2), la différence est que je pars pas de "l'ordre de la production" comme lui mais de ce que l'on pourrait appeler un "ordre de la domination". Ce qui n'est pas non plus étranger à Georges Labica puisqu'il distingue l'idéologie des dominants de celle, autrement plus difficile à définir, des dominés.

II - Le peuple-classe montre une classe dominante .

Voyons ce que dit George Labica de la bourgeoisie .

On peut trouver plusieurs définitions de la bourgeoisie. Celle de Georges Labica - du moins celle ici rapportée - ne se signale pas particulièrement par son contenu, notamment en terme de richesse matérielle ou de réseau d’influence mais par sa force de création souple et « plastique » d’un monde pour elle.

« La bourgeoisie n’est ni démocrate, ni monarchiste, ni libérale, ni fasciste ni raciste, ni colonialiste de sa nature. Elle n’a d’autre nature que d’être capitaliste. Les idéologies qu’elle adopte, et auxquelles elle s’identifie provisoirement, sont à chaque moment de son histoire en stricte correspondance avec ses intérêts, ou avec les contradictions internes des fractions qui la constituent, elles même régies, jusque dans leurs formes, par ses besoins matériels, passibles d’appréciations diverses. Tantôt louis-philipparde, tantôt versaillaise, souvent républicaine..., ici reaganienne, là social-démocrate, ailleurs démo-maffioso chrétienne..., en même temps keynésienne et libérale ou antisémite et pro-israélienne..., général pour général, elle peut préférer De Gaulle à Pinochet, et ce dernier à Amin Dada, mais dans tous les cas, ses représentations collent aux nécessités de sa pratique et changent avec elles. »

III - Le peuple-classe montre aussi une domination de classe .

La domination de classe n'est pas la seule. C'est celle que vise le concept de peuple-classe.

Toute idéologie nous dit Labica a « l’ambition de jouer le rôle d’un ciment ». L’idéologie républicaine et plus efficacement encore l’idéologie démocratique, telle que véhiculée par l’idéologie dominante, a vocation de conforter le pouvoir de classe de la bourgeoisie sous des représentations diverses. Le Sarkozysme en est une tout comme le Mitterrandisme. Et Labica de poursuivre sur un point essentiel : « Encore convient-il de préciser que ces représentations ne sont nullement des miroirs où elle chercherait à se complaire. Cela peut assurément se produire mais leur finalité est toute différente. Ce sont miroirs tendus aux autres, aux dominés, afin que, bon gré mal gré, par la persuasion ou la contrainte, ils se déclarent solidaires du pouvoir dominant et se retrouvent dans ses images d’autant plus aisément qu’ils les font leur. Le rôle de l’Etat est d’y veiller ».

IV - ... et même une véritable prédation.

Plus encore qu'une domination c'est de prédation qu'il s'agit désormais, sous la phase du capitalisme néolibéral. A fiori dans les formations sociales périphériques. "La prédation est (donc) plus qu’un mécanisme d’enrichissement mais un rapport social qui produit une concentration extrême de la richesse d’un côté et des tendances multiples à la paupérisation et régression sociale de l’autre" explique Lofti CHAWQI (3) in L’économie politique de la prédation : le cas du Maroc.

La référence à un peuple-classe, à la différence d'un peuple nation, d'un peuple ethnique ou d'un peuple démocratique-citoyen, casse potentiellement un ciment. Il a une vertu critique. Et cette critique aide à libérer des "autonomies convergentes" et des "solidarités conflictuelles".

Christian DELARUE

1) Le paradigme du Grand-Hornu Essai sur l'idéologie. PEC La Brèche 1987.
2) Classe dominante et oligarchie contre peuple souverain et peuple-classe. - Mouvements
http://www.mouvements.info/Classe-dominante-et-oligarchie.html

3) L’économie politique de la prédation : le cas du Maroc
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article25430

 

Autres références :

Clarifier l'usage d'un mot valise : le peuple !

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/141012/clarifier-lusage-dun-mot-valise-le-peuple

De nouveau : Le peuple-nation n'est pas le peuple-classe.

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/051213/de-nouveau-le-peuple-nation-nest-pas-le-peuple-classe

Conquêtes et limites du « citoyen ».

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/111113/conquetes-et-limites-du-citoyen

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