"Sortir du capitalisme" mais avec qui ? avec quoi ?

"Sortir du capitalisme" mais avec qui ? avec quoi ?

 

La chose est entendue par une fraction non négligeable d'écologistes : le "capitalisme vert" n'existe pas. C'est une orientation nouvelle de la production capitaliste vers les secteurs à étiquette verte. Un look "vert" pour faire du profit. Pour ceux-là, l'écologie est incompatible avec le capitalisme productiviste. Avec qui vont-ils agir ? Ou sont-ils ? Pas tous au NPA, loin de là !


* La ligne de fuite comme pente de recentrage.


C'est qu'il existe ce que l'on pourrait appeler une "ligne de fuite" qui passe de l'anti-capitalisme à l'anti-productivisme puis à l'anti-consumérisme. Le passage de la sphère de la production à celle de la consommation n'est pas neutre en terme d'alliance de couches et de classes sociales. Politiquement, l'avantage de l'anti-consumérisme tient au fait qu'il s'agit d'un militantisme de la société civile qui s'adresse à tous et pas spécifiquement aux détenteurs de capitaux, pas aux dirigeants des firmes multinationales et surtout pas au "capitalisme local". Il permet en effet un recentrage politique autour de l'économie de proximité verte en plein développement qui quoique locale n'est pas hors du capitalisme. Choisir une alliance avec le petit patronat voire le gros suppose des concessions dans le programme qui ne sont pas toujours explicites, loin de là. Par contre, si l'on écoute Dany on saura ce qu'il en est puisque lui annonce clairement qu'il s'en accomode. Quant à H Kempf, celui qui veut "sortir du capitalisme" pour sauver la planète, il ne cache pas qu'il faut appauvrir aussi les couches moyennes (1 ).


* La « dissolution-refondation » des écologistes politiques.


On comprend mieux le recentrage limité des écologistes dans le récent "accord de fusion", pardon « dissolution-refondation » (2). On comprend que son Manifeste soit radical sur le modèle de consommation mais beaucoup moins radical contre le capitalisme et même franchement "sectaire" contre le mouvement ouvrier. Ce n'est pas le même sectarisme que celui visé par Cohn-Bendit et Lepage contre les Verts (3). La "Gauche unitaire" (4), membre du Front de Gauche, le signale d'ailleurs dans son commentaire du Manifeste : "Les références au combat du mouvement ouvrier sont mentionnées tout juste comme un héritage du passé, l’idée principale est que « libéralisme et socialisme » constituent « deux grands courants idéologiques engendrés par la révolution industrielle » qui sont « à bout de souffle » du fait de leur « matrice commune »." Faut oser une telle position ! Ne soyons pas trop sévère l'accord est "bordé" puisque limité à "Europe Ecologie-Les Verts", les écologistes de droite et du centre - Cap 21 de Corinne Lepage, le MEI (sauf Waechter) et Génération écologie - en sont exclus. De ce fait quelques questions se posent, au mois deux.


* Combattre avec qui ? avec quoi ?


Avec qui ? Avec quelle alliance de classe ? Regardez le PS une fraction derrière S Royale lorgne au centre, l'autre avec B Hamon et sa Convention égalité réelle se tourne "à gauche" (5) . Ce ne sont ni les même couches sociales qui sont visées ni le même projet de société. La question de pose pour la nouvelle fusion écologiste.
Avec quoi ? Avec quel dispositif anticapitaliste ? L'optique de changement des entreprises est évoqué mais n'avance guère. Certes, il vaut mieux promouvoir les sociétés coopératives que les sociétés anonymes avec recours aux marchés financiers. Mais cela ne fait pas une alternative. D'autant que rien n'est dessiné ou proposé en l'espèce. Le projet est en friche .
Par ailleurs, les écologistes ne défendent pas l'appropriation publique car ils sont plus tournés vers l'ESS - entendez l'Economie sociale et solidaire -, qui ne saurait être présentée comme l'alternative au capitalisme ni même comme une alternative à l'Etat social. Reste alors le recours à l'économie non marchande. En clair il s'agit de fortifier un Etat social fort avec de vrais services publics, des établissements publics fonctionnant sur une logique dégagée du paradigme de la profitabilité. Cette base d'appui vers un socialisme du XXI ème siècle ne reprend pas nécessairement l'optique ultra-productiviste des années d'après-guerre (1946 et après). Une telle perspective qui ne néglige pas l'ancrage national doit aussi montrer son ouverture cosmopolitique et s'impliquer dans un nouvel ordre du monde. Tout cela suppose aussi de s'attaquer au concurrentialisme et au renouvellement de la stratégie de Lisbonne en Europe.


Christian Delarue
1) La prolophobie d'Herve Kempf
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1349
2) ECOLOGIE : A propos de la « dissolution-refondation » de Lyon nov. 2010.
http://www.gaia-network.com/lettre/lettreT047_ee.php
3) Le sectarisme des Verts
http://www.gaia-network.com/emissions/bulle_media/cb_lepage.pdf
4) Gauche Unitaire : A propos du Manifeste d’Europe Ecologie-Les Verts
http://gauche-unitaire.fr/2010/11/15/a-propos-du-manifeste-d%E2%80%99europe-ecologie-les-verts/

5) "Egalité réelle" : Le PS de gauche bridé par le PS de droite !
http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=17792

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