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Billet de blog 18 juil. 2014

Les grands courants de l'altermondialisme

Les grands courants de l'altermondialisme : Essai sur les différences perçues au sein de l'altermondialisme global.

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Les grands courants de l'altermondialisme

Premiers développements.

Il y eu des différences d'appréciation ou d'interprétation dans l'altermondialisme initial, notamment avec la place de la religion ou celle de la laïcité, avec aussi la portée de l'altermondialisme : s'agit-il de vouloir juste mieux (un monde meilleur) ou de vouloir  "autre chose" ; ce qui est plus radical. Mais la question la plus importante fut anti ou alter.
Secondairement on trouve encore une distinction qui a ses limites (prudence donc) entre ceux qui agissent au coeur d'un processus social ou sociétal hors de tout projet bien défini et ceux et celles qui réfléchissent sur les projets de l'action et qui sont plus dans la théorie, dans l'élaboration théorique. Dans le premier cas on évoquera l'anti-mondialisation ou l'altermondialisation alors que dans le second cas on parlera d'anti-mondialisme ou d'alter-mondialisme. La notion de transition récemment mise en avant tend à effacer la pertinence d'une telle distinction.

XX


I  - La première grande distinction historique : ANTI OU ALTER.
La distinction première, devenue largement erronée de nos jours, venue des années 97-99 a opposé deux grands courants : les anti-mondialistes et les altermondialistes. Ce clivage fondé sur le souverainisme et le nationalisme a été repris par les forces politiques d'extrême-droite pour placer les altermondialistes dans le camp des "mondialistes", lequel mélange notamment les pro-capitalistes et les anti-capitalistes. Comment peut-on sérieusement valider un clivage qui contient dans un même "camp" des ennemis de classe aussi déterminés et actifs ?
Non seulement les anti-mondialistes mélangent le loup et l'agneau en extérieur (le monde et le reste du monde) mais ils font de même en intérieur (dans le cadre national). Le fait est avéré : le peuple-nation ou le peuple souverain n'est pas le peuple tout entier car il y manque des "gens d'en-bas" (pour ce qui est du souci des altermondialistes) soit les résidents extra-communautaires qui n'ont pas le droit de vote et sont donc privés de citoyenneté (pour s'en tenir au cadre de la démocratie dite "représentative"). La bourgeoisie nationale rentière, l'oligarchie nationale du 1% de Thomas Picketty fait elle partie du peuple-nation, ce qui pose un gros problème étant donné son poids économique dans la vie des citoyens . Le nationalisme cache très souvent (pas toujours)- c'est sa fonction première et récurente - derrière la démocratie et la souveraineté les clivages internes de classe qui sont pourtant un gros enjeu de justice sociale, pour les reporter sur l'extérieur (le mondialisme) et sur l'en-bas (les immigrés). 
La question européenne a réactivé cette distinction interne/externe avec d'une part les défenseurs de la nation souveraine (cf J Nikonoff et ATTAC d'avant 2006) et d'autre part ceux de l'Europe de l'UE, le tout en faisant grand silence sur les conflits de classe et les enjeux sociaux de façon générale. L'altermondialisme comme mouvement de contestation-transformation est fort d'une conception transversale qui ne néglige aucun cadre territorial pour poser les questions d'ordre social,, écologique, démocratique, sociétal (sexisme, racisme, laïcité, cultures). 
L'altermondialisme est fort d'une dimension géopolitique antérieure à 1998 qui ne fut pas toujours apparente après 1998. Cette dimension lui vient de ses origines : lutte contre la dette (cadtm), lutte contre le G7 à Lyon en 1996, contre l'impérialisme si l'on remonte plus loin jjusqu'à se confondre avec l'internationalisme prolétarien ou avec le mouvement de libération des peuples de la tricontinentale ou jusqu'à 1955 et la naissance du tiers-monde. La question démocratique n'est jamais posée abstraitement, de façon platement "citoyenniste" (un homme une voix) hors des différents enjeux sociaux de classe et de genre pour le(s) peuples-classe et hors d'un nécessairement affrontement avec les oligarchies néolibérales, toutes les oligarchies tant nationales qu'extra-nationales.

XX

II - Les distinctions courantes contemporaines 
Aucune branche ne s'occupe que de son secteur et aucune ne considère qu'il n'y a que son secteur d'intérêt à faire prévaloir. Autrement dit, au-delà des sensibilités, chaque groupe d'intérêt agit aussi en vue de l'intérêt général de l'altermondialisme ! La branche "écologie" tend à imposer par la force des choses - l'oligarchie nous mène dans le mur - son orientation aux deux autres grands courants : le social et le démocratique. C'est - à mon sens - qu'un tendance mais elle est forte.

A - Les trois grandes branches ou l'altermondialisme de "masse".


a - La branche DEMOCRATIQUE : contre la "démocratie réellement existante" (rabougrie) et pour une autre démocratie (en débat)

On peut trouver sur le web des expressions altermondialistes autoritaires venues de groupes d'extrême-droite. De façon général, l'altermondialisme relève d'une perspective démocratique critique, la critique étant plus ou moins radicale.

Elle est complexe : Elle peut s'inscrire dans l'Etat en voulant sa démocratisation ou contre l'Etat dans une perspective autogestionnaire. Dans la société civile elle vise le pouvoir dans l'entreprise mais surtout le pouvoir contre les Firmes transnationales notamment bancaires afin de le rendre aux citoyens ! La question démocratique est donc lourde d'un volet social et fiscal dans l'altermondialisme.

Elle est défendue par ceux qui perçoivent un fort recul de la démocratie et une montée des oligarchies ou des "notables" (deux catégories de la science politique) sur les 5 grands cadres territoriaux répertoriés : le local, le régional, le national, l'européen, le mondial. Les citoyens sont de plus en plus dépossédés du fait démocratique. Notamment par les forces publiques ou privées de la mondialisation économique. 

Une critique de la "démocratie oligarchique" est donc nécessaire sous divers angles. Elle s'exerce grosso modo sur deux champs selon les acteurs : soit en restant dans le paradigme de la démocratie représentative avec par exemple la critique du cumul des mandats verticaux et horizontaux ou celle de la rémunération très élevée des grands élus, soit hors de ce paradigme. La critique est alors celle de la démocratie délégataire qui incite à poser les jalons d'une "démocratie réelle" ou d'une alterdémocratie, fort différente que la "démocratie réellement existante". 

Historiquement, on ne peut nier la montée en force de la citoyenneté démocratique contre la démocratie censitaire, contre la démocratie masculine, contre la démocratie blanche-coloniale. Mais ces conquêtes démocratiques montrent aujourd'hui de fortes limites. Il importe donc de reprendre la critique.


b - La branche SOCIALE : En défense de ceux et celles d'en-bas !


Elle est défendue par les syndicats qui défendent les intérêts matériels et moraux des travailleurs salariés du privé et du public et souvent dans un sens et une perspective transversale, internationaliste et même très critique du nationalisme d'ou qu'il vienne de droite comme de gauche, celui de France (pour les français évidemment - adapter ici à votre pays d'appartenance juridico-étatique) comme celui d'Europe (le fameux "Européisme sans classe dominante ni oligarchie) .

Losqu'ils se préoccupent de questions écologiques, ils le font en général (pas tous notamment SUD) dans le cadre de la notion de "développement durable", une notion critiquée dans l'altermondialisation. Vive un socialisme non productiviste et non extractiviste en ruture avec le consommationnisme et le travaillisme diront d'autres !

La notion de peuple-classe (99%) plus large que celle de "peuple social" (90%) et le cercle des travailleurs salariés (C Delarue) se rattache à ce courant social mais avec un rattachement critique à la question démocratique comme à celle de la solidarité avec les suds.

Extension : Le sociétal se rattache aussi au social mais le contenu de ce rattachement est variable : l'antiracisme, l'antisexisme, la laicité, le sécularisme, etc...

Lire sur ce point : Les oligarchies, le social et le sociétal.

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/270514/les-oligarchies-le-social-et-le-societal

c - La branche ECOLOGIQUE : respect des humains et de la nature : produire et consommer autrement !


Les dégâts écologiques imposent de tirer l'alerte à tous les niveaux du local au global . De fait, les altermondialistes écologistes s'attachent à promouvoir des transitions concrètes au plan local mais aussi à promouvoir des changements de règles au plan mondial lors des conférences portant sur les enjeux écologiques.

Dans cette branche on trouve le courant spécifique des anti-productivistes (F Flipo) et sa sous-branche anti-extractiviste (N Sersiron) et anticonsommationniste. Il y a aussi ceux qui défendent le modèle coopérativiste de l'entreprise. On trouve de nombreuses variantes : question paysanne (agriculture propre), question climatique (M Combes). Le dernier grand combat porte contre les "grands projets inutiles" comme celui de Nôtre Dame des Landes (G Coiffard-Grosdoy) !

B - Les autres branches qui s'affirment périodiquement ou transversalement .

Ces branches montrent un altermondialisme critique, moins partagé massivement, mais soucieux d'embrasser toutes les dominations et oppressions.

d - La branche solidarité avec le Sud, les Sud en n'oubliant pas la division qui clive chaque société : "il y a du Nord au Sud et du Sud au Nord"


Il existe des altermondialistes anti-impérialistes qui sont solidaires des peuples-classe du Sud, de la tricontinentale : Asie, Afrique, Amérique latine. Le CADTM est une organisation active depuis longtemps sur ce secteur. 
C'est au sein de cette branche que se développe la critique du racisme sous toutes ses formes, notamment en abordant les questions sensibles des religions/intégrismes, du sionisme/antisémitisme, reconnaissance des dégâts de l'esclavage, etc . Le MRAP membre fondateur d'ATTAC y agit en ce sens. Mais l'anti-racisme se pose dans chaque groupe à un niveau ou un autre, comme le féminisme.


e - La branche antisexiste sous plusieurs courants : il y a des féminismes !


L'anti-sexisme est une branche de l'altermondialisme car le sexisme est transversal à tous les continents et donc mondial. Il y a plusieurs courants féministes, y compris dans l'altermondialisme.

f - L'interculturel contre le multiculturalisme de l'entre-soi !

Voir la différence culturelle mais aussi et surtout l'humanité de l'autre, sa dignité humaine, suppose un effort réciproque pour une présentation sobre de sa différence ethno-religieuse.

A l’altérité venue du dehors d’un Etat donné, il faut ajouter aussi celles historiques venues du dedans (différences cuturelles historiques et donc héritées activement, ou, au contraire, sur un plan nécessairement xénophobe, rejetées).

Martine Boudet : Économie de la connaissance et démocratie culturelle - Attac France

https://france.attac.org/archives/spip.php?article8149

 Claude Calame : Pour dépasser l'opposition nature/culture : une perspective anthropologique et altermondialiste - Attac France

https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-3-printemps-2014/dossier-l-ecologie-nouvel-enjeu/article/pour-depasser-l-opposition-nature

Christian Delarue : L'interculturel entre multiculturalisme et monoculturalisme.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1829

Christian DELARUE,  

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