"Antiracisme relié" ou la convergence et l'extension des luttes antiracistes.

"Antiracisme relié" ou la convergence et l'extension des luttes antiracistes.

 

Intervention sur la "convergence des luttes antiracistes" ( http://amitie-entre-les-peuples.org/La-convergence-des-luttes   du vendredi 28 aout à Marseille St Charles sur la « démocratie inclusive » (Université d’été d’ATTAC France 2015). (https://universite.attac.org/2015/programme/article/pour-une-democratie-inclusive) faite comme membre du groupe "Culture et société" du Conseil scientifique d'ATTAC France (cf précision en commentaire)


Marseille St Charles fin aout 2015


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Ce week-end se tient à Paris un colloque d'approfondissement

de ce qui est évoqué ici trop rapidement comme contribution militante

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Il y a tout à la fois une nécessité et une difficulté à se rassembler car l’antiracisme est passible de plusieurs conceptions ou déclinaisons (cf Luttes de l’immigration, luttes antiracistes - Sciencesconf.org http://lilar2015.sciencesconf.org/ ). Dans l’éclatement de fait des luttes antiracistes on trouve la distinction entre ceux et celles qui luttent pour que ce pays (la France), ce continent (l’Europe), et le monde soit sans racisme et ceux et celles qui luttent car discriminé(e)s, stigmatisé(e)s, victimes de rejets, d’exclusions. Ce n’est pas une distinction absolue car il y a mélange des genres. Les victimes de racisme ne se regroupent pas nécessairement dans le cercle spécialisé de leur stigmatisation. Neéanmoins on trouve, beaucoup plus qu’il y a 30 ans, semble-t-il, une auto-organisation des personnes discriminées par forme de racisme.

Il existe aussi, mais c'est autre chose, des groupes agissant contre la superposition de plusieurs entreprises d’infériorisation et là on peut déjà citer le dénigrement sexiste, homophobe, le maintien dans les activités socio-professionnelles peu rémunérées et mal considérées, en plus du racisme.

Abordons d’abord « les trois cercles de l’antiracisme » (une présentation certes aménagée mais déjà proposée jadis à la direction du MRAP pour que le MRAP devienne membre fondateur d’ATTAC en 1998-99 ) et à la suite d’autres problématiques pour poursuivre ce débat spécifique,( tel qu’annoncé par Françoise Clément).

 

LES TROIS CERCLES DE LA LUTTE ANTIRACISTE

 

J’expose ici les trois grands volets d’un "antiracisme relié" et d'un antiracisme lié à l’altermondialisme.

Pour notre sujet, on notera que les difficultés pour le rassemblement des forces antiracistes sont déjà dans le premier cercle.

 

A) Le premier cercle ou le « coeur de métier » de l’antiracisme

 

Il s’agit de lutter contre l’idéologie raciste (le discours construit et les stigmatisations courantes) et contre les discriminations racistes (le racisme en acte qui est excluant).

La lutte antiraciste s’appuie sur le droit (loi Pleven de 1972 et d’autres ) et sur les mobilisations visant à un changement de société.

Voici les trois éléments qu’il convient de réunir pour qualifier un fait de discrimination - un traitement différent (I), des situations comparables (II), et un critère de distinction illégal (III). in MRAP - La discrimination au sens juridique (in Différences n° 294) - Jérémy Saiseau. (http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/160815/mrap-la-discrimination-au-sens-juridique-differences-n-294-jeremy-saiseau)

Une lutte authentiquement antiraciste refuse les différentes formes observables de racisme car elle ne sélectionne pas ou ne hiérarchise pas. Ainsi le MRAP lutte, officiellement depuis 1977, contre toutes les formes de racisme. Contre l’antisémitisme, le racisme anti-noir, anti-arabe, anti-musulman, anti-romm notamment, pour prendre ici les cinq grandes formes courantes.
cf Le MRAP 1977- 2007: contre le racisme sous toutes ses formes, par Christian Delarue (Rennes info)
http://rennes-info.org/Le-MRAP-1977-2007-contre-le.html

Mais il existe, à la différence de l’antiracisme universaliste, des luttes mono-thématiques qui se spécialisent contre un racisme spécifique soit contre la négrophobie, soit contre la judéophobie, ou contre la romophobie, l’arabophobie, la musulmanophobie ou islamophobie, etc ! Il peut y avoir en fait des recoupements des luttes dans la mesure ou, par exemple, certaines attaques musulmanophobes visent surtout des Arabes. Mais on ne saurait poser d’emblée l’assimilation entre haine-rejet d’un musulman parce que musulman avec haine-rejet d’un Arabe parce Arabe .

On peut discuter sur le fait de voir cet ensemble comme avançant positivement quoique de façon contradictoire (malgré les contradictions existantes).

 

B) Le second cercle ou les extensions courantes du domaine de la lutte

 

La lutte contre le racisme oblige à lutter aussi contre 
1) le colonialisme et le néocolonialisme et les résurgences post-coloniales.
2) l’esclavage et son apologie.
3) le fascisme, le néofascisme et les idéologies ou régimes autoritaires ou totalitaires (cf la question de l’islam politique sera développé par Françoise Clément)).
4) la xénophobie, le nationalisme et les intolérances associées (cf "communautarismes excluants)).

 

C) Le troisième cercle ou les extensions et convergences des luttes.

 

6) De façon générale, "l’antiracisme d’émancipation" que je préfère appeler « l’antiracisme relié » - comprendre ici celui relié à l’interaction complexe des oppressions et dominations, donc au sexisme, à l’homophobie, au « classisme », donc non isolé, non « sectionné », non réduit à son « coeur de métier » - se rattache à la lutte altermondialiste, parceque l'altermondialisme ne lutte pas que contre la Finance et le 1% d'en-haut mais contre toutes les oppressions et dominations qui sont, répétons-le, multiples et entremêlées et qu’on ne saurait (les) hiérarchiser.

"L’antiracisme relié" comme mouvement social se rattache donc à la lutte altermondialiste notamment via la mobilisation des peuples-classe multicolores et multitextiles contre l’oligarchie financière et le 1% ! cf Antiracisme et peuple-classe pour l’alternative : faire converger un peuple-classe multicolore et multitextile. (http://amitie-entre-les-peuples.org/Antiracisme-et-peuple-classe-pour). Il s’agit de s’opposer de façon convergente, à plusieurs formes d’oppression ou de domination, et donc au racisme, au sexisme, à l’homophobie et au « classisme » (comprenez ici la domination économique et politique de la classe supérieure de la société).

Cette notion de « peuple-classe multicolore et multitextile » est à même de rassembler dans la diversité les femmes et les hommes subissant des dominations diverses.
Elle porte un relatif multiculturalisme (diversité « textile » notamment) tempéré par de l’interculturel et la laïcité.

Les principes de liberté, égalité et réciprocité, à la base d’un antiracisme d’émancipation (à caractère universel ou indigène) défend la question textile dans tout son spectre soit le port du voile et de l’hypertextile (librement choisi) mais aussi l’hypotextile, soit le string seins nus (donc une loi en sa faveur) . Si cette position n’est pas tenue alors on retrouve la crainte de « l’hypertextilisation du monde » et de l’oppression textile qui lui est liée (cf « cas Jérusalem » ou chacun s’habille en « religion » et pour les femmes en hypertextile).

7) L’accroche des questions dites « sociétales » à celles plus classiquement « sociales » (stricto sensu) permet aussi un « lutter ensemble contre le classisme ».
Le « classisme » vise les grands rapports sociaux capitalistes, celui capital-travail (secteur de la production) surtout mais aussi celui du logement (rapport propriétaire-locataire), et de la consommation nécessaire (rapport social de solvabilité face aux marchés) ce qui renvoie à la question des besoins sociaux face au 1% d’en-haut et d’une politique de services publics pour l’école, la santé, la police, la justice, la fiscalité, etc.

8) « L’antiracisme relié » lutte aussi, on l’a dit, contre le sexisme et l’homophobie.

9) La laïcité est aussi une question sociétale importante (voir plus loin) soit à défendre soit à critiquer (cf atelier d’hier notamment avec l’opposition entre Monique Crinon et Stéphanie Treillet).

Enfin, il existe d’autres extensions (plus ou moins bien articulées donc avec des déperditions citoyennes et militantes) au domaine central de la lutte antiraciste.
10) l’anti-sionisme (qui n’est pas antisémitisme). 
11) l’anti-impérialisme (qui n’est pas un campisme défendant le sud).

Après cet exposé général en trois volets de « l’antiracisme relié », passons à quelques débats récurrents, trop rapidement abordés sans doute car chacun pourrait faire l’objet d’une conférence à lui seul.

 

 

 

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II - LES AUTRES PROBLEMATIQUES ANTIRACISTES.

11 entrées de débats sur ou autour de l'antiracisme

suite sur
http://amitie-entre-les-peuples.org/La-convergence-des-luttes


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