Oligarchie / peuple-classe : Le dernier Piketty (2013) confirme la distinction 1% / 99 %

Oligarchie / peuple-classe : Le dernier Piketty (2013) confirme (*) la distinction 1% / 99 %

Il précise la situation du 9% du décile supérieur (juste sous le 1%).

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/181013/oligarchie-peuple-classe-le-dernier-piketty-2013-confirme-la-distinction-1-99

 

Le volumineux « Le capital au XXI siècle » vient de paraître (Ed Seuil - sept 2013). Un ouvrage sérieux qui aborde la question du revenu, du patrimoine, de la production, de la croissance sous ses aspects économiques et sociaux. Les lignes qui suivent laissent de côté le commentaire « économie » pour se focaliser sur la question de la distribution des revenus selon les classes sociale et surtout les déciles.

Lire : Piketty ausculte le capitalisme, ses contradictions et ses violentes inégalités 

http://www.mediapart.fr/journal/economie/020913/piketty-ausculte-le-capitalisme-ses-contradictions-et-ses-violentes-inegalites

Du point de vue scientifique, le découpage de la pyramide des revenus en déciles, en dix tranches, permet de procéder à des comparaisons de sociétés très différentes dans l’espace (selon les continents) et dans le temps (dans l’histoire). Elle peut laisser entendre qu’il n'y a dans toute société que simple empilement stratificationniste de couches sociales. Mais ce n’est pas le cas. Il y a lutte collective de type classiste. D’ou l’emploi du terme peuple-classe (idée d’opposition) et non peuple social (idée de simple distinction de couches sociales) pour désigner les 99%. La notion de peuple-classe est d’inspiration néo-marxiste alors que la notion de "peuple social" s’inspirerait plus d’une compréhension stratificationniste (en termes de couches sociales et non de « classes »).

Evoquons quelques ordres de grandeur selon Thomas Piketty.

A propos du dernier décile (d’en-haut) et notamment les 9% qui forme une couche particulière (« classes aisées » pour TP) sous le 1% tout en haut, et au-dessus des 90% en-dessous, Th Piketti observe p 386 : « La part des 10% des personnes recevant le revenu du travail le plus élevé est généralement de l’ordre de 25%-30% du total des revenus du travail alors que la part des 10% des personnes détenant le patrimoine le plus élevé est toujours supérieur à 50% du total des patrimoines, et monte parfois jusqu’à 90% dans certaines société. »

Th Piketty complète ici : "les 50% des personnes les moins bien payées reçoivent toujours une part non négligeable du total du revenu du travail (généralement entre un quart et un tiers, approximativement autant que les 10% les mieux payés), alors que les 50% des personnes les plus pauvres en patrimoine ne possèdent jamais rien - ou presque rien (toujours moins de 10% du patrimoine total, et généralement moins de 5%, soit dix fois moins que les 10% les plus fortunés).

Page 439 retenons encore : "La part des revenus du travail est toujours nettement décroissante à mesure que l'on s'élève dans le décile supérieur, et la part des revenus du capital est systèmatiquement et fortement croissante". Autrement dit celui ou celle qui se situe au niveau 91 % (près du plancher du dernier décile) est dans une situation de revenus fort différente de celui qui est au niveau 97 ou 98%, pas loin du 1% tout en-haut.

Notons surtout que pour Th Piketty les « classes moyennes » ne « montent » pas dans le dernier décile. C’est effectivement une manipulation idéologique de la droite que de laisser entendre qu’avec 4000 euros net par mois on reste encore dans les « classes moyennes supérieures ». Une conception si extensive des « classes moyennes » manque ce qui fait la particularité du dernier décile et ici des 9% : un mixte de revenu du travail (environ 80%) et de revenu du capital (à forte composante patrimoine immobilier) à hauteur d’environ 20%. Si les 9 % sont indéniablement des propriétaires et plus largement des « possédants » il sont aussi et surtout des travailleurs. Ils doivent leur traitement ou salaire ou honoraire à leur travail qu’il soit salarié ou indépendant. Mais il s’agit bien de travailleurs aisés qui ne se font absolument aucun souci "de fin de mois", comme ce peut être le cas des autres travailleurs des 90% en-dessous.

Mais au sein des 90% en dessous, il existe un rapport de solvabilité fort différent face aux marchés des biens et services. Il n’y a que dans certaines sociétés ou on peut faire l’impasse sur ces différences. Th Piketty remarque donc, à raison, que « certains s’en sortent mieux que les autres » dans le bloc social des 90%. Et il nomme « classes moyennes » - les 40% du milieu - au-dessus des « classes populaires » qui sont les 50% les plus pauvre. Pour ma part je nomme couches modestes ceux qui sont sous les couches moyennes. Et je ne parle pas de « classes moyennes ». Mais peu importe car ici. Th Piketty ne vadide pas, du fait de ses observations et calculs, un découpage trop artificiel en trois grands groupes sociaux : 33% en-bas, 33% au milieu, 33 % en-haut plus le 1%.

A propos du 1% Th Piketty remarque que la part du travail est quasi inexistante. Le 1% d’en-haut, qui forme les « classes dominantes », est celui des rentiers. Ils possèdent non seulement un gros patrimoine immobilier mais surtout et plus encore un très gros patrimoine mobilier financier. L’oligarchie financière est là, au coeur des classes dominantes. Elle s’appuie sur certains cadres et experts qui sont dans le 9 % en-dessous.

Christian DELARUE

*) confirme car l'auteur avait déjà largement montré cela en juin 2007.

cf : Camille Landais : Les hauts revenus en France.

Pour la période récente (1998-2005), notre travail révèle un fort accroissement des inégalités de revenus depuis 8 ans, du fait d’une augmentation très forte des revenus des foyers les plus riches depuis 1998, tandis que les revenus moyen et médian croissent très modestement sur la période. Cette explosion des hauts revenus est essentiellement concentrée au niveau des foyers du dernier centile, qui voient leur part dans les revenus totaux considérablement augmenter entre 1998 et 2005. En particulier, les 0.01% des foyers les plus riches ont vu leur revenu réel croître de 42.6 % sur la période, contre 4.6 % pour les 90% des foyers les moins riches.  

Autre passage :

Les très hauts revenus augmentent plus rapidement que la masse des revenus, tandis que la majorité des revenus (90% des foyers) voient leur revenu augmenter moins vite que la masse des revenus. Conséquence logique, un accroissement des inégalités de la distribution des revenus, que l’on peut caractériser par la croissance rapide de la part des très hauts revenus dans les revenus totaux. Comme le montre la figure 3, la part du dernier d ́ecile dans le revenu total a augmenté de 2.7% entre 1998 et 2005, la part du dernier centile a augmenté de 12.8% et celle du dernier milli`eme des foyers les plus riches a augment ́e de 24.7%8. La part du reste des foyers (P0-90) a quant à elle diminué sur la période, passant de 68.6% `a 67.8%. 

cf  hautsrevenuslandais.pdf

http://www.inegalites.fr/IMG/pdf/hautsrevenuslandais.pdf

voir aussi : Tableaux sur : Thomas Piketty - capital21c

http://piketty.pse.ens.fr/fr/capital21c

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