DE-CONTRACTUALISER pour le peuple-classe - III

DE-CONTRACTUALISER pour le peuple-classe (III)

DE-CONTRACTUALISER pour le peuple-classe (III)

On a précédemment pris position pour dé-privatiser (I) et dé-financiariser (II) la société au profit du peuple-classe, il s'agit maintenant d'engager aussi une dé-contractualisation de la société pour éviter sa re-féoadalisation. Décontractualiser c'est sortir partiellement ou totalement du contrat par une loi qui rééquilibre les pouvoirs, par un statut qui émancipe les différents rapports sociaux constitutifs de la société (travail, logement, banque, service public, etc ) d'un grand écart de pouvoir entre ses parties : le puissant étant bridé, le faible étant protégé.

Le puissant n'est pas que dans le 1% et le faible dans le peuple-classe mais la dynamique générale de lutte sociale et démocratique vise le pouvoir de classe, la forte domination de classe qui a produit la société présente de bas salaires des uns, de sur-salaires des autres, de précarité généralisée avec chômage de masse à côté du travaillisme des autres, de logements chers, etc . La tendance contemporaine à voir la stratification sociale (image de l'immeuble en 5 ou 10 étages) face aux marchés (sphère de la circulation) ne doit pas faire oublier les clivages de classes dans la production (sphère déterminante de l'activité sociale) et de façon générales l'existence de divers rapports sociaux collectifs qui ne sont pas de simples relations inter-individuels sous contrat.

- Reposer la loi et le statut pour émanciper

La dé-contractualisation pourrait apparaitre comme réactionnaire, comme un retour au féodalisme, comme une contestation de la modernité . Il ne faut pas se fier aux apparences et reprendre à nouveau la problématique.

En appeler à la loi et à la dé-contractualisation s’apparente de nos jours à une entreprise visant à re-protéger, via des statuts des codes les humains les plus faibles voire une plus large majorité de la société en situation de soumission contractuelle aux puissants, Tel est l’objectif global d’une contre-tendance à initier.

La contractualisation n’a plus sa force historique d’émancipation de l’ordre féodal de jadis. Bien au contraire elle participe d’une réelle re-féodalisation du monde fort nuisible à la justice sociale (précarité et pauvreté) comme à la justice territoriale (inégalité des citoyens devant les territoires avec ici des prix du marché, et là, juste à côté, des tarifs de service public)

 Une responsabilité politique ancienne.

Une certaine gauche a hélas porté cette dynamique néfaste et la droite et les puissants en ont profité. Ainsi Michel Rocard écrit dans « Si la gauche savait » (Entretiens avec Georges-Marc Benamou) : « Il me restait à faire quelque chose d’important, c’était de donner une culture contractuelle à la France » (page 314 - mai 1991).

Il écrit (page 295) « Nous avons attaqué la grille des salaires de la Fonction publique ». Après une longue négociation avec les fédérations de fonctionnaires, il conclut avec cinq d’entre elles (FEN, CFDT, FGAF, CFTC et CGC mais pas FO et la CGT) un accord sur la réforme de la grille de la fonction publique le 9 février 1990. Il s’agit d’introduire une certaine dose d’individualisation et avec la « nouvelle bonification indiciaire » de mieux rémunérer le sens de l’initiative et les compétences techniques des agents.

 Culture contractuelle ou culture socialiste à mettre en pratique ?

Nous sommes là au début des années 90 : Rocard c’est la gauche pro-Europe « réaliste » (en économie), celle qui ne parle plus d’aller vers le socialisme autogestionnaire façon PSU et qui entérine théoriquement (tournant de 1991) une pratique politique austéritaire (le tournant de 1983) pour le monde du travail avec l’idée selon laquelle le « capitalisme est horizon borné de notre temps » (propos de Jean-Paul Huchon mais aussi du Congrès de l’Arche de décembre 1991 qui entérine pour longtemps la sortie du PS de la gauche).

Rocard précise (page 293) « Ce à quoi je tiens le plus, c’est le renoncement par la gauche à une culture protestataire et pseudo-révolutionnaire, cette culture de l’impuissance qui l’a toujours conduite au malheur économique ». Le patronat est content !

Après 1983, le reste du PS a aussi opéré son abandon idéologique et programmatique au fil des congrès post-1983 de Toulouse, Rennes, et l’Arche. Le CERES (1966) de Jean-Pierre Chevènement qui était devenu « République et socialisme » en 1986 et qui éditait une revue théorique bimestrielle publique intitulée « Repères pour le socialisme » quitte le PS en 1991 et devient le MDC - Mouvement des citoyens - en 1992 mais en abandonnant toute référence au socialisme.

Désormais, il ne va rester au PS qu’une référence floue au progressisme, qui a permis, par exemple, a un Robert Hue, ex communiste fondateur du Mouvement progressiste, de soutenir un Macron président des riches ! Quelle chute !

 Les tares de la contractualisation généralisée.

Ecoutons un instant Alain Supiot dans cet extrait à la fin d’un texte intitulé « la contractualisation de la société » : « Le trait commun de tous ces avatars du contrat est d’inscrire des personnes (physiques ou morales ; privées ou publiques) dans l’aire d’exercice du pouvoir d’autrui sans porter atteinte, au moins formellement, aux principes de liberté et d’égalité. L’essor de ces liens d’allégeance s’accompagne d’une transgression de notre distinction du public et du privé et d’une fragmentation de la figure du garant des pactes (avec, notamment, le foisonnement des autorités indépendantes). Il faut donc se défaire des illusions du « tout contractuel ». Loin de désigner la victoire du contrat sur la loi, la « contractualisation de la société » est bien plutôt le symptôme de l’hybridation de la loi et du contrat et de la réactivation des manières féodales de tisser le lien social. »

lire :
https://www.college-de-france.fr/media/alain-supiot/UPL7487404529511809532_La_contractualisation_de_la_socie__te__.pdf

Christian Delarue

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