christian delarue
Altermondialiste (attac,cadtm), antiraciste (mrap), syndicaliste (cen cgt finances ufr, convergence services publics)
Abonné·e de Mediapart

1686 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 févr. 2013

Le réductionnisme comme mécanisme d’oppression sexiste et/ ou raciste.

Analyse critique : "théorie du double regard"

christian delarue
Altermondialiste (attac,cadtm), antiraciste (mrap), syndicaliste (cen cgt finances ufr, convergence services publics)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Analyse critique : "théorie du double regard"

Le réductionnisme comme mécanisme d’oppression sexiste et/ ou raciste.

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/240213/le-reductionnisme-comme-mecanisme-d-oppression-sexiste-et-ou-raciste

Arguments pour la dignité humaine rapportée à la présence d’artifices ou de signes humains vus comme opposés au temps du sexoséparatisme.

I - Exposé du principe du "double regard"

Au travers des exemples contemporains de la femme voilée (signe religieux mais aussi sexué) d’une part et de la femme sexy d’autre part on peut voir à l’œuvre un même mécanisme de réduction de la personnalité humaine à son apparence.

Nous présentons là un mécanisme de correction contre le racisme et le sexisme ainsi que des arguments en faveur de la dignité humaine rapportée à la présence d’artifices ou de signes humains bien visibles et vus potentiellement comme opposés à cette dignité. Cela mérite précision.

Au travers des exemples contemporains de la femme voilée d’une part et de la femme sexy d’autre part on peut voir à l’œuvre un même mécanisme de réduction de la personnalité humaine à sa seule apparence. La réduction n’est pas que ponctuelle mais perdure sous la forme de l’oubli de la dignité humaine. Car il peut y avoir quasiment en même temps que la réduction une activation d’un mécanisme correcteur - disons élévateur - qui va attribuer admiration, plus grand respect humain. On parlera d’une « montée » en considération d’autrui.

Le regard strictement réductionniste - sans son double de correction - risque de produire en même temps racisme et sexisme. Il y a risque de perte provisoire ou durable de l’humain pour la réduction s’agissant du voile à la religion (musulmane ou autre ) et au genre (féminin). Cette perte peut être mineure ou grave. Tout dépend du regard mais aussi des paroles qui accompagnent (ou non).

Pour autant, il ne s’agit pas de dire que l’apparence ne dit rien en elle-même, qu’elle n’a pas de signification sensible, volontaire ou involontaire, malgré soi. Il ne s’agit pas de dire que tout est dans le regard d’autrui, un homme le plus souvent, pas seulement. Celle qui porte un signe sait qu’elle le porte. Que cela a un effet. Homme ou femme, on perçoit bien le voile ou le sexy. On lui donne des sens plus ou moins variés. Mais on lui donne du sens. Cela fait sens pour nous.

Promouvoir un non réductionnisme à ce que l’on voit si bien, si fortement, si intensément, c’est opérer une sorte de détachement relatif qui permet de porter un double regard, l’un et l’autre sans dénigrement : Retour ligne manuel

voir la femme sexy mais aussi la personne humaine, Retour ligne manuel

voir la femme voilée mais aussi la personne humaine.

Le double regard c’est ce maintien du commun humain respectable. C’est renouer avec l’humanité commune par delà de ce qui apparait de façon très sensible.

Il s’agit d’expliquer contre le réductionnisme commun aux deux cas cités que la reconnaissance de l’être humain et de la dignité humaine doit prévaloir

sur l’être ostensiblement religieux d’une part et

sur l’être ostensiblement sexué d’autre part.

Le réductionnisme est potentiellement in fine une forme de violence ou de mépris qui vise à limiter l’expression des personnalités par des interdits variables de vestimentation ou de signes annexes.

Il s’agit d’une forme d’empêchement du développement de la personnalité humaine.

Pour les réductionnistes, il s’agit de ne voir in fine, par pression ou loi ou violence, que de l’humain, c’est à dire que des êtres humains normalisés et donc

pas des êtres sexués (avec des signes ostensibles de féminité) et

pas plus les êtres « religieux » (avec des signes ostensibles d’appartenance religieuse).

II - Portée du principe à débattre.

La limite de cette "théorie" est dans le voilage intégral imposé car là même l’être humain disparaît pour ne laisser apparaître qu’un être humain enfermé. son humanité disparait.

Par contre, la limite de cette théorisation n’apparaît pas dans le nu intégral car ce nu n’efface pas l’humanité du nudiste.

On aborde une partie délicate.

Si on veut bien mettre ses préjugés de côté, alors on ne saurait dire qu’un(e) nudiste devient animal (mâle ou femelle) parce qu’il est nu alors que l’humain conserverait lui par définition un minimum de vêtements voir de simples artifices légers (comme le string dans la modernité) de séduction qui formerait un érotisme spécifiquement humain quoique variable dans le temps et l’espace.

Le string, pour n’évoquer que lui, est un signe de culture et un signe d’érotisme humain daté issu d’une époque et d’un espace comme la guépière pour une autre époque. Chaque époque, chaque continent a ses signes.

L’érotisme est, au-delà de la question du signe, un sorte de jeu, un art culturel car il ne se précipite pas comme les animaux vers une copulation instinctive.

On n’est pas quitte cependant avec l’idée érotisme = culture = civilisation car on a pu parler d’un érotisme pour Sade. Ce qui oblige à distinguer un érotisme de jouissance partagée (1) et égalitaire d’un érotisme de violences et de souffrances infligées.

Ce qui nous ramène à l’arrière plan patriarcal de ce questionnement. aujourd’hui comme hier ce patriarcat défend la domination masculine soit via le néolibéralisme soit via le sexoséparatisme autoritaire, très puissant au sud.

il s’agit alors de développer une éducation ouverte, libre, égalitaire et respectueuse qui interdise donc les injures sexistes et racistes ainsi que les discriminations. Au-delà il faut s’attaquer à la prostitution et sanctionner plus sévèrement les viols.

Christian DELARUE

1) Pour l’homme, écrit Francisco Albéroni dans L’érotisme (p77) "la séduction n’est pas un motif de triomphe mais d’émerveillement. Elle engendre un sentiment de reconnaissance et non de supériorité". Albéroni n’est pas Sade.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Extrême droite
Hauts fonctionnaires, cadres sup’ et déçus de la droite : enquête sur les premiers cercles d’Éric Zemmour
Alors qu’Éric Zemmour a promis samedi 22 janvier, à Cannes, de réaliser « l’union des droites », Mediapart a eu accès à la liste interne des 1 000 « VIP » du lancement de sa campagne, en décembre. S’y dessine la sociologie des sympathisants choyés par son parti, Reconquête! : une France issue de la grande bourgeoisie, CSP+ et masculine. Deuxième volet de notre enquête.
par Sébastien Bourdon et Marine Turchi
Journal — Outre-mer
Cette France noire qui vote Le Pen
Le vote en faveur de l’extrême droite progresse de façon continue dans l’outre-mer français depuis 20 ans : le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen est le parti qui y a recueilli le plus de voix au premier tour en 2017. Voici pourquoi cela pourrait continuer.
par Julien Sartre
Journal — Santé
À l’hôpital de Saint-Denis : « On est des bonnes poires, nous les soignants ? »
Malgré un record de contaminations en Seine-Saint-Denis, une baisse des malades graves du Covid semble se dessiner dans le service de réanimation de l’hôpital de Saint-Denis. Dans cette cinquième vague, celle des non-vaccinés, les personnels soignants ont multiplié les heures supplémentaires, au risque d’un épuisement général.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Le Covid vu par des enfants : « Je m’enferme dans les toilettes pour enlever mon masque »
Alors que le nombre de classes fermées pour cause de Covid n’a jamais été aussi élevé, comment les enfants eux-mêmes vivent-ils ce moment ? Éléments de réponse en paroles et en images.
par Joseph Confavreux et Berenice Gabriel

La sélection du Club

Billet de blog
Malaise dans la gauche radicale - Au sujet du féminisme
L'élan qui a présidé à l’écriture de ce texte qui appelle à un #MeToo militant est né au sein d'un groupe de paroles féministe et non mixte. Il est aussi le produit de mon histoire. Ce n’est pas une déclamation hors-sol. La colère qui le supporte est le fruit d’une expérience concrète. Bien sûr cette colère dérange. Mais quelle est la bonne méthode pour que les choses changent ?
par Iris Boréal
Billet de blog
Entre elles - à propos de sororité
Sororité, nf. Solidarité entre femmes (considérée comme spécifique). Mais du coup, c'est quoi, cette spécificité ?
par Soldat Petit Pois
Billet de blog
La parole des femmes péruviennes
Dans un article précédent, on a essayé de comprendre pourquoi le mouvement féministe péruvien n'émergeait pas de manière aussi puissante que ses voisins sud-américains. Aujourd'hui on donne la parole à Joshy, militante féministe.
par ORSINOS
Billet de blog
Traverser la ville à pieds, être une femme. 2022.
Je rentrais vendredi soir après avoir passé la soirée dehors, j'étais loin de chez moi mais j'ai eu envie de marcher, profiter de Paris et de ces quartiers où je me trouvais et dans lesquels je n'ai pas souvent l'occasion de passer. Heureusement qu'on m'a rappelé, tout le trajet, que j'étais une femme. Ce serait dommage que je l'oublie.
par Corentine Tutin