COHESION SOCIALE : La réduction de l’éventail des salaires. une question syndicale à débattre.

COHESION SOCIALE : La réduction de l’éventail des salaires.

une question syndicale à débattre.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1884

La cohésion sociale ne porte pas seulement sur la question des salaires . Et au sein de la question salariale il n’y a pas non plus que celle de la réduction de l’éventail des salaires. La question que je propose comme introduction au débat est circonscrite – et elle laisse bien place me semble-t-il à des questions et interventions - car elle n’est pas posée massivement dans le syndicalisme en général et dans la CGT en particulier. Il y a eu ici ou là dans tel ou tel syndicat des débats de ce genre mais ils n’ont pas émergé. Or la période actuelle a vu s’accroître fortement, année après année et dans de très nombreux pays, les écarts de revenus entre « agents économiques » (Husson) et notamment au sein des travailleurs du secteur privé comme du secteur public. La question se pose donc vraiment dans le privé et le public. On ne saurait l’éviter.

Deux mots sur cette période de retour vers « un pur capitalisme ». Cette période qui démarre au début des années 80 est marquée par la domination année après année de la logique néolibérale (privatisations, marchandisations, libéralisations, concurrentialisme…). Ces processus sont en application dans les sphères d’activités que le libéralisme « classique » protégeait. Là ou la classe dominante ne privatise pas, elle impulse une logique de marchandisation et de rentabilisation en faisant « comme si » les structures publiques étaient privées. Dans cette dynamique, l’Etat néolibéral apparaît comme à une forme d’Etat spécifique (Bénies) qui a pour particularité de détruire progressivement l’Etat social national construit par les rapports de force d’après guerre. Ces processus mis bout à bout caractérise une nouvelle phase du capitalisme dite néolibérale. Ce capitalisme est donc différent du capitalisme fordiste de l’après guerre ou, entre autres caractéristiques, la recherche de compromis entre le travail et le capital aboutissait à la constitution d’un « Etat social ». Cet Etat social national, quoique surnommé « providence », avait pour caractéristique de n’être pas pleinement satisfaisant ni pour les uns ni pour les autres. Cependant le niveau de conquêtes sociales institutionnalisées (dans les nationalisations, les services publics, la sécurité sociale, ect.) aboutissait à freiner le niveau revendicatif des travailleurs salariés. Les couches moyennes s’en sont accommodé et ne sont pas parti avec la classe ouvrière dans l’aventure socialiste.

A propos de socialisme et de revenus, prenons le temps de relire le propos largement iconoclaste de Cornélius Castoriadis. Il écrit en 1955 : « La suppression de la hiérarchie des salaires est le seul moyen d’orienter la production d’après les besoins de la collectivité, d’éliminer la lutte de tous contre tous et la mentalité économique, et de permettre la participation intéressée, au vrai sens du terme, de tous les hommes et de toutes les femmes à la gestion des affaires de la collectivité » ("Le contenu du socialisme" 1955).

Il s’agit là non seulement d’une position juste mais conforme à l’orientation contemporaine de la CGT. A l’évidence une telle revendication semble inapplicable massivement et trop radicale dans le cadre du capitalisme contemporain. Il existe des entreprises qui appliquent une grille resserrée des salaires de type 1 à 5. Dans un débat au sein d’ATTAC une intervenante signalait une petite entreprise qui pratiquait un seul niveau de salaire. Nous savons que même le « 1 à 5 » est trop radical. Il importe néanmoins d’enclencher un mouvement qui aille dans ce sens . Il va s’agir de proposer de réduire l’écart des salaires et revenus entre le plus bas et le plus haut. Un tel débat syndical public et privé pourrait accompagner la revendication de l’échelle mobile des salaires.

Une bonne méthode serait de l’initier dans les secteurs moins soumis à la logique du capital c’est à dire dans les coopératives et dans les fonctions publiques. On pourrait y ajouter le champ des politiques, les élus et les autres détenteurs d’un pouvoir politique (ministres par exemple) qui n’ont pas à s’enrichir dans ce "métier" qui ne devrait pas en être un. Je ne fais que noter ce point sans le développer.

Certains PDG reçoivent des revenus incroyablement élevés. On est là dans une dynamique ultra-inégalitaire et prédatrice qui a évidemment plus rien à voir ni avec la reconnaissance des qualifications ni avec les besoins ordinaires d’un individu vivant dans des pays développés. Je renvoie à mon introduction sur la période qui en explique les raisons. Face à cette dérives, certains ont proposé de limiter de 1 à 50 l’écart des revenus. Ce qui apparaît pour beaucoup comme restant de l’ordre de l’impensable et même de l’inhumain. Ce fait aboutit pour certains à remettre en cause le sentiment national, le sentiment d’appartenance à une nation et à son « vivre ensemble. C’est assez dire je crois la portée de la secousse. Les partisans disent qu’il s’agit juste d’un premier pas avant d’aller plus loin. Au delà de la domination symbolique et de la rupture d’un imaginaire qui passe d’une vision « eux-nous » à un « ceux d’en-haut / ceux d’en-bas » il faut évoquer aussi la domination matérielle qui est elle bien plus forte. Il n’y a qu’a regarder la décomposition de la Grèce aujourd’hui, complètement dépecée par les requins de la finance et de la dette.

La question se pose à un niveau moindre au sommet de l’Etat avec certains hauts fonctionnaires. D’où l’idée de proposer un écart de 1 à 10 dans les secteurs déjà cité : ESS, Fonction publique, élus et "politiques". Si le SMIC qui sert de base est relevé le maxi est très honorable. A ceux qui le trouveront encore trop élevé on peut répondre que l’on peut agir avec d’autres "outils". Mais ces « outils » ne sont plus à évoquer pour laisser aller la dérive « cupide » de ce que l’on peut nommer la « bourgeoisie d’ Etat »

L’autre idée sans doute problématique mais qui ne vient pas par hasard est complémentaire à la précédente. Il s’agirait de relever beaucoup plus le salaire des travailleurs prolétaires, à savoir ceux qui disposent d’un revenu inférieur à 2500 - 3000 euros net par mois. On peut penser à une augmentation modulée des salaires et traitements jusqu’à ce niveau. L’inconvénient est connu. A chaque fois qu’un niveau est fixé il y a ceux qui sont juste au-dessus qui ne sont pas contents. Mais ici disons-le tout net il s’agit de la petite-bourgeoisie salariée. Aucun mépris dans le propos. Il faut syndicalement prendre en considération la condition de celles et ceux travaillant dans la tranche des "1000" juste au-dessus de 3000 euros par mois qui pourrait trouver ombrage à un gel des salaires. Il faut alors rappeler qu’il est courant de voir les cadres A recevoir des primes élevées en premier avant de servir les B plus tard et moindrement et les C beaucoup plus tard et avec des sommes encore plus faibles.

Quand aux autres à plus de 4000 euros net par mois, même F Hollande, déclaré candidat de la "gauche molle" les juge "riches". Moins que les gros riches de la bourgeoisie certes mais riches quand même. D’autant qu’à ce niveau de revenu mensuel le patrimoine mobilier et immobilier est en général conséquent.

Pour assurer une cohésion sociale véritable et donc passer en République sociale il faut aussi compter sur la fiscalité pour la ponction de la bourgeoisie privée et publique et de la petite-bourgeoisie libérale à revenus très élevés et sur les dépenses de transfert pour les ajouts aux plus démunis et aux couches modestes.

Christian DELARUE

CGT Finances publiques 35

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