Anti-sionisme, le peu que je sais me vient des juifs athées pro-palestiniens.

Anti-sionisme, le peu que je sais me vient de juifs athées pro-palestiniens.

A la fin des années 70, je me suis engagé dans l'antiracisme sur des bases assez floues, mais contre plusieurs formes de racisme : celui qui frappe les juifs, mais aussi les arabes ou les noirs. Celui qui stigmatise les musulmans n'était pas encore évoqué. En tout cas pas massivement. Pas comme aujourd'hui. 

A cette époque, j'étais ignorant de ce qu'était le sionisme. Cela correspondait à ce qu'en disait un certain Théodore Herlz et concernait à mes yeux les seuls Israéliens. Tous les autres juifs, de part le monde, étaient des juifs de religion. Ils ne devaient pas être victime d'antisémitisme. Ils avaient déjà tant souffert. Simple, n'est-ce pas. Aujourd'hui, 35 ans après, nombreux sont ceux et celles qui, bien qu'ayant mon âge, ont cette vision naive du réel. Ils ignorent ce que sont les juifs et le sionisme. 

Par chance, j'ai rencontré des juifs athées pro-palestinien qui m'ont ouvert l'esprit à ce qu'est le sionisme et l'anti-sionisme. Sans eux je n'aurais fait aucun progrès sur cette question. J'ai certes encore beaucoup à apprendre, car le phènomène est complexe, surtout lorsqu'on l'envisage dans le temps. Mais je sais que je vais m'y employer. Pas un jour ne passe sans que j'engrange des éléments nouveaux, nécessaires à la lutte pour plus d'égalité des droits pour tous et toutes.

Une critique des juifs sionistes est nécessaire. Et l'ignorance n'est pas une excuse. Dire, ainsi que je l'ai lu, que "chaque juif  doit décider de lui même s'il est sioniste" est à mon sens typiquement sioniste car la plupart des juifs dans le monde sont effectivement les simples citoyens du pays de résidence. Ce qui n'empêche nullement à un certain "souci du monde", au-delà des frontières nationales. Là le préjugé ordinaire semble correspondre au réel. Mais peu de données tangibles le vérifient.

Les juifs perçus comme simples croyants peuvent être agnostiques ou athés. Tous les catholiques baptisés ne sont pas croyants en Dieu. Nombreux sont devenus athés. Il en est de même des juifs, comme d'ailleurs des musulmans. S'agissant de la langue, ils peuvent ou non parler hébreu. Au plan culturel, ils sont askhénases ou séfarades, selon l'histoire de leur famille. Chez les musulmans, les chiites diffèrent des sunnites.

Enfin, il existe des juifs anti-sionistes.Ce sont eux qui m'ont appris l'anti-sionisme. Sans eux, je crois que je n'aurais pas pris la mesure de la dureté du conflit qui dure maintenant depuis 60 ans.

L'idéologie sioniste soutient que les juifs ne sont pas que les membres d'une religion. C'est, à mon sens le point essentiel du sionisme, dès lors que l'on ne l'envisage pas du point de vue de ses tâches historiques à mener ( ou déjà accomplies pour certains). De fait il y a bien des fondamentalistes religieux dans le sionisme mais aussi des athées. Mais, cela est secondaire. Les sionistes partagent une idéologie qui dépasse le fait religieux.

Soutenant que les juifs ne sont pas que des croyants, comme les chrétiens ou les musulmans, les sionistes voient surtout qu'ils sont un peuple ethnique mondial (donc avec une religion, une langue, une culture commune maintenue par delà les langues et cultures des différents pays de résidence). Ils sont même plus encore, selon le sionisme le plus courant, un peuple-nation mais avec une nation qui va au-delà d'Israel. C'est ce sionisme-là qui est dangereux et même potentiellement raciste. 

On peut certes dire que "le peuple juif est bien un peuple comme les autres puisqu'il vit comme tel dans un pays : Israël". N'oublions pas le lieu du "vivre ensemble". En ce cas, les autres juifs du monde ne forment pas un "peuple juif". Ils ne forment pas une communauté mondiale juive. Mais l'idéologie sioniste pousse à cette assimilation dangereuse, source de confusion, de crainte et de rejet nommé anti-sionisme mais aussi antisémitisme. 

Il importe de mettre en perspective une évolution du sionisme et signaler qu'une version ancienne a pu militer pour un "foyer national juif" sans que cela implique un Etat et des frontières. Cette version nationale "sans Etat" du sionisme n'existe quasiment plus. Du moins on ne l'entend pas. De même, un certain sionisme en faveur d'un "foyer national juif" a pu être défendu sans faire la promotion du colonialisme et de l'expansionnisme autre nom de l'impérialisme. Mais là aussi, cette version "sobre" du sionisme ou dite parfois du "sionisme accompli" a céder sa place à une version particulièrement offensive et militariste. 

Cette mise en perspective montre que le sionisme est passé d'un nationalisme de libération à un nationalisme d'expansion (colonialiste et même impérialiste : perspective du "grand israel"), et même à un nationalisme génocidaire dans la mesure ou la survie même des Palestiniens est désormais incertaine. Ce nationalisme repose sur une communauté d'intérêts imaginaire entre des individus appartenant à des classes sociales différentes (sionisme israélien) mais aussi des pays d'implantation différents (sionisme mondialisé). 

Le sionisme est un mouvement politique doublement organisé, au plan mondial avec des organes sionistes et au plan national avec un Etat israélien soutien du sionisme.

Le sionisme organisé tente de mobiliser un peuple juif (à l'échelle internationale) autour des citoyens juifs d'Israël derrière le gouvernement de l'Etat qui s'est édifié au Moyen-Orient depuis 1948. Le problème, pour eux, est que les juifs d'Israel sont hétérogènes et que le peuple juif mondial se réduit à l'existence des seuls juifs sionistes.

Christian DELARUE
 

Textes sur amitie-entre-les-peuples.org

 

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