Le patriarcat, les religions, l'hyperpatriarcat.

Le patriarcat, les religions, l'hyperpatriarcat.

 

I - Le patriarcat est en première approche le système historique de subordination des femmes aux hommes. Ce système a une base économique qui réside dans le  "mode de production domestique" (C Delphy 1969) lequel n'est pas caractérisé par l'échange marchand mais par le don et les acteurs ne sont pas interchangeables mais définis étroitement par les règles de la parenté . La critique du patriarcat porte sur

- 1) l'a-historicisme de la plupart des théories traitant du "statut des femmes" ou de la "division du travail"

- 2) le naturalisme de la pensée à la place de son inscription dans l'histoire et le social (au sens large du terme ici - donc pas opposé à sociétal)

- 3) l'oubli des rapports sociaux de sexe (hommes-femmes, transgenre, ) au profit soit de l'individu soit des rapports sociaux de classes sociales ( classisme marxiste). Un rapport social n'est pas du "relationnel choisi" mais un "rapport nécessaire" dans une société donnée : patron-employés, locataires-propriétaire d'un logement, administration-usagers, etc...

II - Contradictions dans le réel : des patriarcats. Dans ce cadre historico-social, les grandes religions monothéistes et plus encore leurs composantes intégristes ont renforcé durement ce patriarcat historique au moment même ou il cédait, pour partie, ses privilèges contestés (en accordant le principe de liberté des femmes d'une part et d'égalité entre hommes et femmes d'autre part, d'adelphité et mise en congruence relative des actes et des principes), d'ou l'expression d'hyperpatriarcat.

III - Effet des féminismes . Le sexoséparatisme patriarcal historique, qui tend à laisser les femmes a la maison pour du "travail gratuit", a été très fortement critiqué par les féminismes divers du XIX eme et surtout du XX ème siècle, ce qui a aboutit à un relâchement relatif de la contrainte domestique-patriarcale et à la mise au travail salarié des femmes, mais souvent sur des postes à forte exploitation de la force de travail (précarité, intensité, faibles salaires, etc). La sociologie du genre est venue compléter ici la sociologie marxiste dans la critique des dominations et oppressions économiques et sociales. A la lutte contres les classes dominantes, l'oligarchie, le 1% d'en-haut au profit du peuple-classe est venu s'ajouter une lutte antisexiste et antiraciste. 

IV - Hyperpatriarcat et sexoséparatisme renforcé : le soft et le hard : La critique des intégrismes religieux porte sur le sexoséparatisme renforcé (C Delarue) débouchant sur un hyperpatriarcat. Ce sexoséparatisme renforcé a deux aspects, notamment au regard de l'islamo-sexoséparatisme, l'un "hard" qui est la réclusion des femmes à la maison qui ne peuvent sortir que voilées et camouflées mais aussi qu'accompagnées du mari ou frère ; l'autre plus "soft" ou l'obligation de rester à la maison est relâchée mais celle d'être voilée et habillée de façon très couverte est maintenue avec beaucoup de rigueur et de sévérité. Outre le voile, il y a obligation des manches longues, des jupes longues, du col ras du cou, et de vêtement flottant. Tout ce qui peut apparaître "sexy" est refusé avec vigueur. 

V - Autres effets : le respect et le viol. La thèse selon laquelle le viol a sa source dans le comportement de séduction des femmes, de leur habits courts, est ici réactivée. Cette conception tendait à refluer au profit d'une responsabilité des hommes dans les violences sexistes. Là le sexoséparatisme contemporain (des vingt à trente dernières annèes) dit "soft" réinjecte dans la société l'idée que le respect du à une femme est dépendant de sa tenue vestimentaire. C'est une profonde régression sociale ; régression qui voit (ré)apparaitre des insultes sexistes contre les femmes sexy : femmes en mini-jupe, femmes en talons hauts, femmes en décolleté laissant apparaitre la rondeur des seins. 

VI - Sexe, "sexy", prostitution : Le sexoséparatisme "soft" est bien une oppression forte qui pèse sur les femmes qui sont empêchées de s'habiller librement, de séduire si elles le veulent dans un cadre égalitaire et respectueux. Il importe de rapprocher cette oppression sexiste de la prostitution maintenue qui constitue surtout un pouvoir sexuel des hommes sur les femmes via l'argent. L'argent achète le consentement. Ce pouvoir sexuel est fort ancien et présent sur tous les continents. Les membres de Zéromacho (dont je suis) et une large fraction de féministes sont particulièrement critiques contre le système prostitutionnel.

Il n'y a pas que l'intégrisme musulman et juif haredim a pratiquer le sexo-séparatisme soft. J'ai vu, il y a vingt ans, devant une basilique catholique portugaise un panneau avec un femme dessinée qui indiquait l'autorisation d'entrée que si les épaules étaient couvertes et la jupe devait être juste au-dessus du genoux et pas à mi-cuisses. Il y a donc bien un normativisme religieux de type sexiste et rigoriste qui pèse contre les femmes. 

VII - Fausse réponse . Ce normativisme religieux intégriste prend souvent appui, pour se maintenir,  sur le normativisme publicitaire non religieux qui est lui aussi sexiste. Mais le feminisme critique aussi les publicités sexistes, non pas pour empêcher la séduction charnelle ou le nu dans la vie réelle, mais pour refuser que le corps des femmes servent à vendre des objets marchands. L'objectif est de s'habiller librement "comme je veux, quand je veux" ou "comme çà un jour, autrement un autre jour".

VIII - La diversité culturelle. Elle touche les façons de manger, parler, séduire et se reconnait non pas par l'admission du sexoséparatisme autoritaire qui légitime un recouvrement austère et rigoriste mais par la diversité réelle des modes d'être dans la liberté, l'égalité et le respect, sans interdictions venues des religions (haram ou hallal ou autres prescriptions dogmatiques).

 

Christian DELARUE

 

1) Sur l'intégrisme religieux :

L’intégrisme religieux comme l'une des grandes logiques mondiales de domination (Christian Delarue) - Les blogs d'Attac

https://blogs.attac.org/groupe-societe-cultures/articles-cultures-anthropologie/article/l-integrisme-religieux-comme-l-une

 

2) Sur la référence à un hyperpatriarcat :

 Du Kenya hyperpatriarcal au non exclusivisme égalitaire !

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/230314/du-kenya-hyperpatriarcal-au-non-exclusivisme-egalitaire

 Sexo-séparatisme, subordination et soumission. - Solidarite des peuples-classe sur LePost.fr (08:43)

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2010/01/25/1905132_sexo-separatisme-subordination-et-soumission.html

 

3) Sur le sexoséparatisme

- Sur le site du Collectif et Réseau féministe "Ruptures" vous trouverez un des premiers textes sur le sexoséparatisme :

 Le sexo-séparatisme est une ségrégation sexuelle contraire à l’égalité entre hommes et femmes - Collectif et Réseau Féministe "Ruptures"

http://www.reseau-feministe-ruptures.org/spip.php?article662

- Sur le sexoséparatisme des religions et notamment des intégristes religieux lire : 

Critique du sexo-séparatisme mondialisé des secteurs réactionnaires des religions. C Delarue - Amitié entre les peuples

http://amitie-entre-les-peuples.org/Critique-du-sexo-separatisme

Poursuivre avec : 

CONTRE LA PUBLICITE SEXISTE, contre la prostitution mais pas contre le sexe et le sexy.

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/260315/contre-la-publicite-sexiste-contre-la-prostitution-mais-pas-contre-le-sexe-et-le-sexy

L'islam qui refuse et qui résiste au sexoséparatisme

Musulmanes et non voilées

http://www.leparisien.fr/informations/musulmanes-et-non-voilees-11-07-2014-3992647.php#xtref=https://www.google.fr/

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