RN , un COMMUNAUTARISME NATIONAL qui valide un ordre dominant autoritaire.

RN , un COMMUNAUTARISME NATIONAL qui valide un ordre dominant autoritaire.

RN , un COMMUNAUTARISME NATIONAL qui valide un ordre dominant autoritaire.

Le Rassemblement National dit RN défend un COMMUNAUTARISME NATIONAL qui ne veut nullement sortir du capitalisme et de ses rapports sociaux inégaux. C’est folie d’entendre ou voir des « rebelles » y croire sous prétexte de quelques propos hypocrites (1) pour les ouvriers et employés français !

La communauté nationale est ici très fonctionnelle, tout comme la référence identitaire très fétichisée . Il ne s’agit pas d’une simple culture commune nationale sobre, aimant certes la baguette, le café ou la langue française (2) mais - ajout important - absolument sans haine d’autres langues, notamment celles régionales (breton, occitan, etc) ou celles venues des ex-colonies . La communauté nationale peut alors, en ce cas, être aisément ouverte, inclusive porteuse de droits égaux . Pour le RN ce n’est pas le cas . C’est toute la différence entre identité et identitarisme, communauté et communautarisme .

Dans un discours en 2015 à Ajaccio, Marine Le Pen a déclaré que : « Pour mériter la nationalité française, il faut parler français, manger français, vivre français. ». Délirant et stupide mais surtout dangereux ! La communauté nationale est ici instrumentalisée pour de l’exclusion mais aussi pour un néo-racisme culturel fondé sur des stéréotypes culturels ou identitaires ou même de l’essentialisme . Communauté nationale et identité servent ensemble, pour le RN ici, à valider globalement un ordre injuste, profondément inégalitaire, impérialiste, capitaliste, productiviste, extractiviste, travailliste, etc.

Je vais dire les choses plus simplement pour être mieux compris : La communauté nationale fonctionne ici, idéologiquement et pratiquement, sur deux plans : 1) par rapport à l’extérieur, pour exclure durement les étrangers assimilés à des barbares et 2) par rapport à l’intérieur, pour exclure la lutte des classes par la haine des syndicats de travailleurs et travailleuses, par l’amour de la collaboration de classe celle très favorable au patronat (pourtant déjà en position dominante dans les rapports sociaux), par la détestation de la justice sociale, le refus de l’imposition des riches du 1% et du soutien économique des classes modestes, l’amour d’un code du travail qui facilite mieux l’exploitation de la force de travail (40 H hebdo au moins, licenciement facile, pas de carrière, etc.) au lieu du contraire...

Le RN de Marine Le Pen a ripoliné le vieux FN de 1972 en effaçant les obscénités les plus racistes et colonialistes mais sous la surface de l’iceberg tout y est resté...

Deux ajouts sur nos résistances pour une alternative d’émancipation :

 Critiquer le communautarisme national ne revient pas à accepter l’Union européenne telle qu’elle va avec son oligarchie néolibérale : Ici aussi nous sommes de gauche en défense des droits de chaque peuple-classe face au classisme de chaque classe dominante !

 Les deux autres fondamentalismes largement mondialisés et théorisés par Sophie Bessis - dans son livre « La double impasse » - celui du marché (capitalisme) et celui de la religion (intégrismes islamiques) sont aussi à combattre sans complaisance ni accommodements !

Christian Delarue

1) Cette hypocrisie n’est sans doute pas que celle du RN, comme l’a démontré jadis Patrick Tort dans « Etre marxiste aujourd’hui » (1986), puisque le système capitaliste a besoin de ce mensonge pour se légitimer et donc fonctionner comme tel, mais, comme il est souligné ici, le RN use et abuse abondamment de la fibre identitaire (française) et communautaire (nationale), beaucoup plus que la droite néolibérale pro-Union européenne, à des fins identitaristes et communautaristes d’une part pour « couvrir » les exploiteurs français (fonction de camouflage) et d’autre part pour montrer du doigt d’autres cibles (fonction d’accusation, discrédit, stigmatisation, haines diverses). La droite néolibérale pro-Union européenne va trouver elle d’autres subterfuges pour accréditer l’idée que malgré les inégalités montantes tout est bien avec l’ordolibéralisme et le système ploutocratique actuel.

Je reprends ici des propos écrit en 1986 par Patrick TORT (pris dans un texte ancien d’ATTAC « Démocratie libérale et hypocrisie nécessaire » :

"Il devrait être depuis longtemps admis au titre d’une vérité première que dans une démocratie libérale, une politique de droite - quelle qu’elle soit - ne peut se passer d’un discours de gauche, suivant un précepte tacite et très politique, justement, qui enseigne que la dynamique des démocraties à structure inégalitaire soucieuses de persévérer dans leur être est, précisément, la promesse d’égalité. Tel est le piège, infiniment retissé de la République bourgeoise, par exemple.

L’opposition entre discours de gauche et politique de droite a donc toute les chances de n’être qu’une formule à courte vue si l’on convient du fait que l’on doit plus sérieusement reconnaitre à sa place la réalité d’une combinaison fonctionnelle, d’un principe opératoire d’association.

Que signifie cette opposition dans le langage de ceux qui l’articulent ? Elle signifie, une fois débarassée de l’aspect « populaire » qui la rapporte à l’opposition simple entre les paroles et les actes (constat d’un désaccord entre eux, d’où accusation d’hypocrisie politique), que la tonalité égalitariste des discours et des déclarations d’intentions politiques entre en contradiction avec un mode de production, une économie et une société gérés d’une manière inégalitaire, et requérant simultanément un effort continué de séduction du patronat et de la classe capitaliste. En d’autres termes, il s’agit de faire percevoir une antinomie entre un discours politique « marqué à gauche », discours à forte polarité éthique, et d’autre part une pratique politique dictée en fait par des options économiques libérales entrainant d’inévitables convergences avec les attitudes objectivement droitières (soumission prioritaire aux « exigences » du marché). Or si l’on se montre conséquent avec le principe suivant lequel une démocratie libérale repose sur la combinaison très concertée de pratiques économiques et politiques inégalitaires, et d’un discours politique prometteur d’égalité, l’opposition s’efface sous la complémentarité et l’on ne peut plus prétendre fonder sur elle une critique spécifique et sérieuse du réformisme. L’accusation d’hypocrisie est elle-même hypocrite, car elle feint de ne pas voir que c’est à la démocratie libérale toute entière qu’elle s’adresse, et non spécifiquement à la « social-démocratie » réformiste. Il est clair que la ruse de toute politique libérale consiste à persuader ceux qui doivent l’être que l’économie travaille tendanciellement à l’égalitarisation de la société. Nul ne pourrait en, en démocratie défendre le libéralisme s’il n’affirmait qu’il porte en lui la source d’une redistribution sans cesse plus égalitaire. Dans une démocratie libérale, le grand mensonge politique est précisément la promesse d’une société plus juste comme conséquence de l’expansion.

L’analyse correcte eût été de dire qu’il y a en effet, chez les socialistes, « cohabitation » normale d’un discours politique « de gauche » et pratique politique de droite, comme il se doit dans la gestion politique d’une démocratie libérale, qu’elle soit gouvernée par la droite ou par la gauche réformiste."

2) En matière de crispations identitaires et communautaires, certains ont pu voir le retour à l’islam comme une contre-identité de refus de la France, de son identité de sa communauté et, dans la foulée, accuser les défenseurs du communautarisme musulman d’islamo-gauchiste. Choc mortifère des identités ! Double impasse encore ! On comprendra avec ce texte (et d’autres) qu’il peut y avoir des identités souples et des communautés ouvertes tendues vers les droits et l’émancipation et des identités rigides avec des communautés fermées, à fondement nationaliste ou fondement religieux intégriste, tendues vers des pratiques autoritaires et réactionnaires .
les excès identitaires et les fermetures communautaires

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