Gilets jaunes Acte 12 : un "soulèvement sans précédent" à Paris

Bien qu’Éric Drouet ait retiré les mots « soulèvement sans précédent » dans son communiqué, les gilets jaunes qui ont manifestés samedi 2 février 2019 à Paris, ont bel et bien répondu présent à son appel. La manifestation qui a commencée dans le calme, la joie et la bonne humeur a fini dans des excès de violence.

 

Des militants radicaux au milieux des gilets jaunes place de la république à Paris © Christian DROUET Des militants radicaux au milieux des gilets jaunes place de la république à Paris © Christian DROUET

Le communiqué qu'Éric Drouet a partagé sur sa page Facebook, a appelé à « un soulèvement sans précédent par tous les moyens utiles et nécessaires pour que plus personne ne soit victime de ces blessures de guerres ».

Le leader des gilets jaunes qui niera plus tard l'avoir écrit, finira par retirer son communiqué après les menaces de poursuites du ministre de l'intérieur Christophe Castaner.

"Cette dernière déclaration relève à mon sens de l’infraction pénale. Nous ferons ce qu’on appelle un article 40 pour que le procureur décide s’il veut poursuivre ou pas. Vous vous rendez compte qu’il appelle à utiliser de nouvelles armes alors qu’aujourd’hui il y a des cocktails Molotov ? ", a insisté le ministre.

C'est le communiqué qui été supprimé, pas la détermination.

Fini les points de rendez-vous multiples. Terminé les regroupements sauvages. Cette fois-ci tout est clair : un seul point de ralliement, un timing précis, un parcours clairement défini et déclaré. Ce samedi 2 février 2019, le douzième acte du rassemblement des gilets jaunes était marqué par un fort sentiment de détermination.

C’est la blessure de de Jerome Rodrigues, leader des gilets jaunes, blessé à l’œil samedi dernier par les forces de l’ordre, qui a remotivé les troupes. Loin de les avoir dissuadés de manifester, les gilets jaunes sont plus motivés que jamais : « On est toujours là et on ne lâchera rien ».

10 500 manifestants selon la préfecture et 13 800 selon les manifestants, ont parcourus au pas de charge le chemin clairement défini, qui a débuté dans l’Est de Paris, place Félix-Eboué vers 12h30 jusqu’à la place de la République vers 15h30. Malgré un arrêt à Bastille le cortège est arrivé nettement en avance par rapport à l’heure d’arrivée prévue vers 17h.

Un hommage aux blessés et aux victimes

La mobilisation en hausse à Paris mais en baisse au niveau national avec 58 600 manifestants (ministère de l’intérieur), 73 367 (Le nombre jaune) se voulait être un hommage aux victimes et aux manifestants blessés depuis le début du mouvement. En tête de cortège, des banderoles qui dénoncent les violences policières et des visages grimés en blessés avec du faux sang et des faux bandages, se mêlent aux vraies victimes de tirs de LBD ou de grenades de désencerclement.

Malgré le ton grave, l’ambiance reste bon enfant. On chante la marseillaise ou « Emmanuel Macron, on vient te chercher chez toi », et Jérôme Rodrigues est acclamé par la foule. Quand le cortège s’élance, la marche se veut pacifique. Il y a de la musique, on discute, on plaisante, et les rares perturbateurs sont immédiatement ramenés à l’ordre pour éviter tout débordements.

 

Un sitting pour dénoncer les violences policières, organisé à Paris, place de la bastille, lors de l'acte 12 des gilets jaunes © Christian DROUET Un sitting pour dénoncer les violences policières, organisé à Paris, place de la bastille, lors de l'acte 12 des gilets jaunes © Christian DROUET

On chante et on danse place de la Bastille

La marche est rapide et il n’a pas fallu longtemps pour arriver au premier point d’arrêt, place de la Bastille, ou quelques syndicalistes de la CGT étaient déjà présents. Un membre de l’union départemental de la CGT explique sa présence :

«On a décidé de faire la jonction avec les gilets jaunes, les revendications des gilets jaunes sont les revendications des travailleurs de longue date, (…) le 5 on prépare une journée nationale, on espère pousser le maximum de monde, (…) il faut y aller sinon derrière ça, Macron, il nous prépare des lois comme le projet de retraite à point et on en veut pas ».

Au pied de la statue du « Génie de la liberté » au centre de la place de la bastille, un sitting est organisé pour dénoncer les violences policières, des manifestants dansent sur des airs de piaf, des musiciens jouent de la guitare ou du tambour. L'ambiance est à la fête mais très vite les militants s’impatientent et on entend : « Bon allez ! C’est bon ! Tous, place de la république ! On y va ! Allez ! »

On avale en quelques dizaines de minutes les quelques kilomètres qui nous séparent du point d’arrivée de la manifestation et vers 15h30 la foule a totalement remplie la place de la république.

Des heurts eclatent place de la république à Paris, lors de l'acte 12 de mobilisation des gilets jaunes © Christian DROUET Des heurts eclatent place de la république à Paris, lors de l'acte 12 de mobilisation des gilets jaunes © Christian DROUET

 

15h45 : Les premiers heurs éclatent

Des, insultes, des jets de bouteille, et des gaz lacrymogènes, tout s’enchaîne très vite. Après les percés des policiers de la BAC (brigade anti criminalité), des manifestants très remontés vont jusqu’à charger à leur tour les policiers. Chose inédite jusque-là, une immense foule se met à courir en même temps, en direction des policiers qui ne peuvent que reculer.

Les gilets jaunes expliquent les débordements en reprochant à la BAC d'envenimer la situation " Je ne sais pas si vous avez vu mais ça se passe très bien ici, (...) tous les cowboys vont arriver et commencer à gazer (...) ils vont commencer à charger et tirer de tous les cotés. Dès qu'ils se mettent à charger, c'est terminé"

Le problème vient aussi du fait que ces policiers qui ne sont pas formés pour les manifestations et qui sont reconnaissables à leur casque de moto, leur protège tibia de hockey, et leur brassard de police rouge, font des victimes collatérales lors des interpellations.

La porte-parole des Street Medic (personnel soignant pendant les manifestations) explique :

«Les baqueux (policiers de la BAC) ne sont pas formés à travailler dans les manifestations (...), ils sont sous équipés et ils foncent dans la foule pour extraire les manifestants perturbateurs. Ils tapent sur tout ce qui bouge en faisant des « dégâts collatéraux », mais extraient le perturbateur sans le blesser (…) et nous derrière on ramasse »

Entre 15 et 20 personnes ont été blessés, aussi bien par les jets de projectiles des manifestants que par les tirs de LBD (lanceur de balles de défense) ou autres armes des forces de l’ordre. La porte-parole tiens tout de même à préciser que « Ce ne sont pas les CRS, eux savent ce qu’ils font (…) eux ils ne veulent pas les voir (la BAC) ».

La police fait preuve de retenue avec le LBD

Même s’il y a eu des blessés par LBD, dont un à la tête, et un responsable syndicale blessé au pied, les policiers ont fait un usage modéré de leur arme. La street medic reconnait que « comparé aux semaines précédentes ont sent qu’ils font plus attention, (…) on a moins de blessés par LBD »

 

La vitrine de la boutique SFR, brisée par des casseurs lors de l'acte 12 de mobilisation des gilets jaunes place de la république à Paris © Christian DROUET La vitrine de la boutique SFR, brisée par des casseurs lors de l'acte 12 de mobilisation des gilets jaunes place de la république à Paris © Christian DROUET

Un casseur brise la vitrine de la boutique Etam place de la république pendant l'acte 12 de la mobilisation des gilets jaunes © Christian DROUET Un casseur brise la vitrine de la boutique Etam place de la république pendant l'acte 12 de la mobilisation des gilets jaunes © Christian DROUET

De nombreux dégâts

Des casseurs, s’en prennent aux vitrines des commerces situés aux alentours. Des poubelles brûlent, les panneaux des devantures sont arrachés et servent de bouclier à des manifestants qui vont jusqu'à faire voler des chaises, jusque dans les cordons de CRS. Les affrontements sont particulièrement violents et durent pendant plusieurs heures.

Il aura fallu attendre 19h et l’intervention du canon à eau pour vider la place de la république. Selon la préfecture de Police, 33 personnes ont été interpellées à Paris au cours de cette journée de mobilisation. L’ironie du sort aura voulu que cet acte 12 contre la violence, soit finalement, l'une des plus violente.

Gilets jaunes, acte 12 : Un soulèvement sans précèdent à Paris © Christian DROUET

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.