Retour sur la nuit du 26 janvier 2019 ou fut organisée de 17h à 22h à Paris, une soirée débat sur le même modèle que nuit debout en 2016, basée sur l’écoute et le dialogue. Après l’acte XI qui a connu une mobilisation en baisse avec 69 000 manifestants dans toute la France contre 84 000 la semaine passée, des centaines de gilets jaunes se sont retrouvés place de la république pour échanger et se mettre d’accord sur leurs futurs revendications.
L’événement relayé par Éric Drouet sur les réseaux sociaux, devait être une réponse pacifique au grand débat national lancé par le gouvernement d’Emmanuel Macron. La « nuit jaune », qui devrait durer jusqu’à la fin du grand débat, a pour objectif de montrer que même s’ils dénoncent l’enfumage de ce qu’ils préfèrent appeler le « grand dégât national » les gilets jaunes savent dialoguer et échanger avec tous les citoyens.
«C’est plutôt un rassemblement pacifique dans le calme pour pouvoir échanger sur nos différents points de vue, sur nos doléances, et c’est une manière de se réapproprier le grand débat national qui nous a été un peu volé par Emmanuel Macron ave son Marathon médiatique auprès des maires », Expliquait Thierry Paul Valette au début du rassemblement.
Ouvert à tous, dans un espace convivial où l’on danse sur de la musique techno, ou sur les airs d’un orchestre de musique populaire, quelques centaines de gilets jaunes ont partagés dans un esprit de kermesse populaire un « barbecue saucisse-merguez ».
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On chante, on s’amuse, on discute, on échange sur de nouvelles formes de mobilisations mais
rassemblé autour de la statue de la république ou était accroché en son socle une immense banderole « Macron démission » des divisions se font sentir.
Faire évoluer le mode de mobilisation.
Après 2 mois de manifestations les gilets jaunes s’impatientent et se lassent de ne pas avoir obtenus gains de cause. Le mouvement se divise et se questionne sur la participation aux européenne d’Ingrid Levavasseur, la séparation d’Éric Drouet et Priscilla Ludosky, la création du parti de Jacline Mouraud, ou encore le mouvement des foulards rouges.
D’après un sondage sur la page d’Éric Drouet 98% des 22 000 votants ont répondus « non » à une liste « gilet jaune » aux européennes. Les gilets jaunes voient le « Rassemblement d’initiative citoyenne » d’Ingrid Levasseur comme une trahison. Elle fait l’objet d’insultes sur les réseaux sociaux, notamment de la part d’autres « gilets jaunes » qu’elle explique par une « accumulation de frustrations et de douleurs qui amène à cette violence ».
Contrairement à Eric Drouet et son collectif « La France en colère !!! » Priscilla Ludosky, elle, souhaite participer au grand débat national. Elle a formulé des propositions, pour participer et faire naître «un nouveau souffle démocratique », dans une lettre ouverte signée par des élus locaux et des militants associatifs.
Quant à Jacline Mouraud qui devrait fonder son nouveau parti « les émergents » sans proposer de liste aux élections européennes de mai, mais qui compte être présente aux municipales de 2020, elle reste encore très controversée.
Enfin les Foulard rouges qui prévoient de manifester dimanche 27 janvier 2019, sont la source de multiples interrogations.
Avant même d’avoir pu prendre le micro pour exprimer la moindre revendication, des détonations se font entendre. L’atmosphère est tendue, des manifestants encore sous le coup de la blessure de Jerome Rodriguez défient les cordons de CRS qui encerclent la place.
Il faut dire que quelques heures plus tôt, place de la bastille, la figure médiatique des gilets jaunes a été blessée à l’œil par une grenade de désencerclement selon les autorités, suivi d’un tir tendu de lanceur de balles de défenses (LBD) en plein visage selon Jerome Rodriguez.
Des dizaines de vidéos circulent sur le web ou l’on voit l’homme de 40 ans reconnaissable à sa barbe étoffée, s’effondrer sur le sol manifestement touché au visage, alors qu’il ne prend à aucun moment part aux violences.
La nuit, les invectives sont sévères. Des gilets jaunes très vindicatifs injurent les forces de l’ordre. Des jets de pierres ou de bouteilles perturbent la fête, un feu de poubelle oblige les pompiers à intervenir et quelques minutes plus tard la police lance l’assaut.
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Un gilet jaune met le feu
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Avec une efficacité redoutable des policiers plus nombreux que les manifestants, enfument la place de gaz lacrymogènes, font résonner des grenades de désencerclement sur toute la place, et tirent au LBD.
Il ne leur a fallu que quelques minutes pour mettre fin à l’initiative de Thierry-Paul Valette. Ce dernier tente en vain de calmer les esprits en hurlant dans son mégaphone, qu’il souhaite lancer un nouveau modèle d’action pacifique, qu’il encourage tout le monde à participer au grand débat national d’Emanuel Macron « car il faut être présent partout (...), pour se faire entendre ».
Mais ça ne change rien, les gilets jaunes sont repoussés d’un côté de la nasse policière par un premier cordon, puis d’un autre côté par un second cordon, puis encore un autre. Quelques manifestants qui se sont réfugiés dans un coin près du burger king et se font arroser par un canon à eau.
Quelques gilets jaunes qui se plaignent un peu trop fort sont interpellés. Quand ils sont emmenés menottés, manu-militari, ils crient « C’est ça la démocratie ?! (...) Regardez ce qu’ils nous font ! (...) On est pacifistes ! (...) Et la liberté d’expression ! (...) »
Les gilets jaunes renoncent.
Même si les organisateurs n’excluent pas un acte 2 de la nuit jaune qu’ils espèrent voir durer jusqu’à la fin du grand débat national la soirée est un échec. Il est à peine 19h30 et la place est quasiment déserte. Sous la pluie, la circulation reprend, la fête est fini.