L’évasion(1)
Je tourne en rond dans ma tête,
je me cogne aux limites de mon crâne.
Impossible de supporter le carrousel fétide
des miasmes en voyage de noces
des punaises, des cafards en libre accès,
impossible d’apaiser la violence,
elle s’infiltre dans les mots, les cris, les hurlements,
elle navigue à vue dans les coursives,
elle fait bombance derrière les portes.
Les rats ne se cachent plus,
ils nous courtisent, caracolent dans nos idées noires
pour prêcher le vent et banaliser la pourriture.
Ici, je suis propriétaire de trois mètres carrés,
un bout de fenêtre, juste pour voir le mur en face,
juste pour tricoter la haine dans les ramures du ciel,
juste pour regarder l’aube qui plane dans la moiteur de l’air.
Ces mots ce sont les nôtres, je les apprends par cœur,
ils me protègent, ils m’entortillent dans les limbes de l’évasion.
Demain c’est la répétition, la dernière avant l’envol.
pas besoin de se costumer, un sourire suffit,
on chasse en meute pour capturer l’estime,
on se prépare au sublime pour noyer les murs,
pour gratter le salpêtre avec la douceur des vers.
Samedi ce sera le grand jour,
on jouera à l’Odéon, les poches pleines de plaisir.
Le 29 octobre 2022
Christian Dumotier
(1) : Des centaines de spectateurs ont salué la performance de prisonniers de la maison d’arrêt de Fresnes qui ont joué au théâtre de l’Odéon à Paris