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Billet de blog 19 janvier 2026

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Tyrannicide

N'est-ce pas malheureux d'en arriver à se poser ce genre de question !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À part peut-être à Angers où une rue porte son nom, ou chez les spécialistes de l’histoire du droit, qui connaît encore Jean Bodin ? Je vous rafraîchis un peu la mémoire. Auteur français du XVIème siècle, précurseur des plus grands penseurs politiques, le gaillard n’a pas que des côtés sympathiques et son bilan de chasseur de sorcières est des plus détestables même s’il reste loin derrière celui de notre champion lorrain, le Vosgien Nicolas Rémy qui en fit griller plus de 3000, hommes et femmes confondus.

Mais qu’est-ce qu’il nous baratine avec Jean Bodin, le Christian ? Vous demandez-vous. Il yoyote de plus en plus. Vous avez sans doute raison mais je préférerais, si vous le voulez bien, ne pas approfondir le sujet tout de suite. En fait, Jean Bodin est connu pour avoir réfléchi sur la très ancienne question du tyrannicide. Vous savez qu’en règle générale, on a le droit de tuer personne. Mais il y a des exceptions comme les guerres ou la peine capitale. Tout le monde connaît ça. Existe-t-il d’autres exceptions ? Pour faire simple, Jean Bodin se demande si on a le droit de tuer un tyran. Je vous passe les détails, mais au bout du compte, la réponse est oui. Bon, d’accord. Donc du coup, après cela, si l’on ne veut pas tuer bêtement n’importe qui, la question utile devient : qu’est-ce qu’un tyran ?

Dans l’acception antique du terme, un tyran n’est rien d’autre qu’un monarque absolu parvenu au pouvoir de façon illégitime. Volontiers démagogue, il s’appuie sur le peuple et dénonce les élites. Il n’est pas nécessairement féroce et sanguinaire, sauf quand il se sent menacé, c’est-à-dire assez souvent quand même. Par la suite, je ne vous l’apprends pas, le mot prend un sens plus vague jusqu’à désigner aujourd’hui à peu près tout personnage qui abuse régulièrement et largement de son pouvoir.

Examinons arbitrairement quelques exemples de toute première catégorie. Messieurs Xi Jinping, Poutine et Trump seraient-ils des tyrans ? Concernant les deux premiers, on est tenté de répondre par l’affirmative au vu de la brutalité de leurs habitudes de gouvernement et de leur propension à jouer le populisme contre les élites. Mais Mao et Staline avaient consciencieusement préparé le terrain bien avant eux. Ils n’ont donc pas beaucoup de mérite, si l’on peut dire. Ils sont arrivés par des voies légales et ils ne peuvent logiquement pas abuser de leur pouvoir puisque celui-ci est en réalité illimité. Pour qu’ils abusent, il faudrait en effet des limites susceptibles d’être dépassées. Mais comme il n'y en a pas, aussi bizarre que cela puisse paraître, ce ne sont pas des tyrans.

Le troisième cas est plus distrayant. Certes, Monsieur Trump a été élu selon une procédure légale et réglementaire. C’est un point réglé. Abuse-t-il de son pouvoir ? Aux États-Unis, sans doute pas, du moins pas formellement. Mais il ne vous aura pas échappé qu’il n’a pas été élu Président de tous les pays qu’il s’autorise à vouloir régenter un peu partout dans le monde. Il n’est pas Président du Venezuela, ni du Groenland, ni même d’Israël comme tout le monde le croit sauf Netanyahou. Or il se mêle allègrement des affaires de tous ces pays, et de bien d’autres. De fait, il y exerce un pouvoir sans en avoir le moindre commencement de légitimité, Il répond donc bien à nos critères : c’est un tyran.

Faudrait-il pour autant le tyrannicider ? Je n’aurai ni la prétention ni l’imprudence de donner un avis. N’ayant personnellement aucun goût pour la violence, je me contenterais de le voir déchu, ruiné et mal rasé, faisant la manche sur la plage de Mar el Lago. On peut toujours rêver. Mais bon, vu le nombre d’armes à feu qui traînent aux Etats-Unis, on ne sait jamais. Je garde une bouteille de champagne au frais.

À part peut-être à Angers où une rue porte son nom, ou chez les spécialistes de l’histoire du droit, qui connaît encore Jean Bodin ? Je vous rafraîchis un peu la mémoire. Auteur français du XVIème siècle, précurseur des plus grands penseurs politiques, le gaillard n’a pas que des côtés sympathiques et son bilan de chasseur de sorcières est des plus détestables même s’il reste loin derrière celui de notre champion lorrain, le Vosgien Nicolas Rémy qui en fit griller plus de 3000, hommes et femmes confondus.

Mais qu’est-ce qu’il nous baratine avec Jean Bodin, le Christian ? Vous demandez-vous. Il yoyote de plus en plus. Vous avez sans doute raison mais je préférerais, si vous le voulez bien, ne pas approfondir le sujet tout de suite. En fait, Jean Bodin est connu pour avoir réfléchi sur la très ancienne question du tyrannicide. Vous savez qu’en règle générale, on a le droit de tuer personne. Mais il y a des exceptions comme les guerres ou la peine capitale. Tout le monde connaît ça. Existe-t-il d’autres exceptions ? Pour faire simple, Jean Bodin se demande si on a le droit de tuer un tyran. Je vous passe les détails, mais au bout du compte, la réponse est oui. Bon, d’accord. Donc du coup, après cela, si l’on ne veut pas tuer bêtement n’importe qui, la question utile devient : qu’est-ce qu’un tyran ?

Dans l’acception antique du terme, un tyran n’est rien d’autre qu’un monarque absolu parvenu au pouvoir de façon illégitime. Volontiers démagogue, il s’appuie sur le peuple et dénonce les élites. Il n’est pas nécessairement féroce et sanguinaire, sauf quand il se sent menacé, c’est-à-dire assez souvent quand même. Par la suite, je ne vous l’apprends pas, le mot prend un sens plus vague jusqu’à désigner aujourd’hui à peu près tout personnage qui abuse régulièrement et largement de son pouvoir.

Examinons arbitrairement quelques exemples de toute première catégorie. Messieurs Xi Jinping, Poutine et Trump seraient-ils des tyrans ? Concernant les deux premiers, on est tenté de répondre par l’affirmative au vu de la brutalité de leurs habitudes de gouvernement et de leur propension à jouer le populisme contre les élites. Mais Mao et Staline avaient consciencieusement préparé le terrain bien avant eux. Ils n’ont donc pas beaucoup de mérite, si l’on peut dire. Ils sont arrivés par des voies légales et ils ne peuvent logiquement pas abuser de leur pouvoir puisque celui-ci est en réalité illimité. Pour qu’ils abusent, il faudrait en effet des limites susceptibles d’être dépassées. Mais comme il n'y en a pas, aussi bizarre que cela puisse paraître, ce ne sont pas des tyrans.

Le troisième cas est plus distrayant. Certes, Monsieur Trump a été élu selon une procédure légale et réglementaire. C’est un point réglé. Abuse-t-il de son pouvoir ? Aux États-Unis, sans doute pas, du moins pas formellement. Mais il ne vous aura pas échappé qu’il n’a pas été élu Président de tous les pays qu’il s’autorise à vouloir régenter un peu partout dans le monde. Il n’est pas Président du Venezuela, ni du Groenland, ni même d’Israël comme tout le monde le croit sauf Netanyahou. Or il se mêle allègrement des affaires de tous ces pays, et de bien d’autres. De fait, il y exerce un pouvoir sans en avoir le moindre commencement de légitimité, Il répond donc bien à nos critères : c’est un tyran.

Faudrait-il pour autant le tyrannicider ? Je n’aurai ni la prétention ni l’imprudence de donner un avis. N’ayant personnellement aucun goût pour la violence, je me contenterais de le voir déchu, ruiné et mal rasé, faisant la manche sur la plage de Mar el Lago. On peut toujours rêver. Mais bon, vu le nombre d’armes à feu qui traînent aux Etats-Unis, on ne sait jamais. Je garde une bouteille de champagne au frais.

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