COVID-19/ prisons

Pour prévenir utilement le COVID- 19 une autre politique doit être recherchée dans les prisons !

 

 

J'entends, avec une certaine stupeur, ce midi sur france-inter, que les parloirs avec les familles vont être supprimés dans les prisons jusqu'à la fin mars. En effet, à l'annonce de cette décision, la situation peut s'avérer très rapidement explosive dans les établissements.

 

Cette décision est à mon sens mauvaise, ne règle en aucune façon le problème sanitaire et peut s'avérer extremmement grave et générer des conséquences lourdes sur la dépense publique. Il existe des solutions intelligentes qui, tout en intégrant les objectifs de sécurité publique, répondent à la situation actuelle dans le pays et peuvent, si elles sont bien accompagnées, concourir à la prévention de la récidive.

 

Au regard de mon expérience et à l'appui de mes écrits je préconise un panel de solutions qui peuvent prendre en compte les contraintes générées par le COVID-19 et ne pas rompre le lien familial essentiel. :

 

Des mesures de suspensions de peines individuelles peuvent être prises en différrant de quelques mois l'exécution de la peine ( ce type de mesure a pu être pris récemment à l'encontre d'un homme politique qui venait de se voir condamné à cinq ans, Patrick Balkany). Une telle décision sera naturellement prise en évaluant les risques potenciels de dangerosité.

 

Le Président de la République peut décider d'une une mesure de grâce collective. Cette disposition fréquemment utilisée auparavant n'a pas été utilisée depuis le mandat de Nicolas Sarkozy, elle permettait à l'occasion du 14 juillet de désengorger les prisons en octroyant une réduction de peine calculée sur le quantum de peine.

 

Si l'aménagement de peine a été érigé en principe, force est de constater que dans la réalité cette mesure n'est pas assez prononcée, alors que les chercheurs ont démontré son impact réel en terme de récidive.

 

Certaines courtes peines de prison pourraient être transformées en peines de travail d'intérêt général.

Cette possibilité, qui figurait dans les 66 propositions que je formulais dans mon livre en 2017, est efficiente et garantit l'exécution de la peine dans des conditions utiles pour la Communauté.

 

 

Ces quatre solutions que je préconise, les mesures de suspensions de peines pour des raisons sanitaires, la grâce présidentielle, une politique offensive d'aménagement des peines et la conversion des courtes peines de prison, peuvent être mises en œuvre dans un temps rapide, si la volonté en est exprimée au sommet de l'Etat. Elles favoriseront la prévention sanitaire dans la période de pandémie, concourreront à une réelle prévention de la récidive. C'est aussi une orientation humaine, ce qui naturellement ne doit pas être occulté.

 

Cet appel que je lance aux décideurs, doit être examiné sans tarder, compte-tenu de la tension qui semble monter dans les prisons.

 

Christian DANIEL Le 17 mars 2020

Directeur honoraire des services pénitentiaires d'insertion et de probation

Auteur de « Prévention, insertion, les deux axes d'une politique ambitieuse de prévention de la récidive editions l'Harmattan ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.