Dimanche 11 janvier : Le réveil citoyen trahi à Paris

 

Hollande et Valls se seraient un peu grandis en ne cherchant pas à se refaire une santé à coup « d’union nationale » et de « solidarité des Etats». Ils se sont encore un peu plus diminués en se servant des carnages de ces derniers jours. N’ayant même pas eu la décence de s’abstenir d’une telle manipulation, ils ont invité ce qu’il y a de plus réactionnaire, de répressif, de rétrograde en Europe et ailleurs. Les associations et les syndicats ont été doublés et roulés par les partis de pouvoir et le gouvernement.

 

Charlie hebdo est trahi. Les partis de pouvoir et le gouvernement n’en ont rien à faire de Charlie. Ils savent très bien ce que pensaient d’eux les dessinateurs et les journalistes qui ont été assassinés. C’est une façon de les trahir que de les présenter comme des « gentils », des « doux »  comme le fait Caroline Fourest. C’est un très sale coup qu’on fait à Charlie, à ce qu’il représente. Les dessinateurs de Charlie, il suffit de relire  comme je viens de le faire  une anthologie que j’ai retrouvée dans ma bibliothèque, avaient le crayon acéré et la plume féroce. Leur grandeur c’était de prendre le parti des gouvernés, d’être du camp des petits-bonhommes et des petites bonnes-femmes. Ils ont eu le malheur d’avoir été instrumentalisés par Val et Fourest pendant plusieurs années.  Ils ont perdu une partie de leur lectorat de gauche, l’image de Charlie hebdo en a été entachée sérieusement. Heureusement Siné hebdo a sauvé les meubles à ce moment-là. Mais peu importe, Charlie était redevenu Charlie avec un animateur comme Charb, c’est-à-dire un journal authentiquement démocratique, du côté des dominés qui rigolent des dominants, du côté des gouvernés qui se moquent des gouvernants, et qui se moquent aussi beaucoup d’eux-mêmes. Un journal qui invente et défend une démocratie qui ne fait pas du Peuple, de la Nation ou de la République  les nouvelles idoles sacrées. Une démocratie des relations quotidiennes, des gestes simples, du rire et de l’amité. La démocratie du commun ordinaire. Cela a beaucoup été dit. Mais aussi une démocratie qui sait se moquer  de la bêtise qui est en chacun, de la beaufrerie, de la veulerie,  de la tartufferie que nous avons tous un peu en partage et qu’il est bien et bon et sain d’accepter de reconnaître dans le miroir du dessin pour ne pas se prendre individuellement et collectivement pour les représentants sur terre des vertus supérieures et des vérités transcendantes.

Tout cela pour dire que le réveil citoyen a eu lieu dès le soir qui a suivi le crime sur presque toutes les places de France et d’ailleurs. Dimanche 11 janvier à Paris, la vraie citoyenneté, qui est en deuil profond et en colère, risque fort d’être symboliquement confisquée  par les puissants et les dominants, tous ceux  contre lesquels Charlie a toujours lutté. Ils ne sont pas les Charlie, ils sont les non-Charlie. 

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