Christian Laval
chercheur en sociologie, écrivain
Abonné·e de Mediapart

27 Billets

0 Édition

Billet de blog 11 avr. 2018

Non à la violence de l'État contre les communs !

La destruction violente des communs de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes par le gouvernement français est un acte infâme et révoltant.

Christian Laval
chercheur en sociologie, écrivain
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 L’actuelle offensive policière, menée par plusieurs milliers de gendarmes et de CRS, avec engins blindés et hélicoptères n’est que l’exercice de la violence étatique la plus pure contre un ensemble de pratiques collectives en cours ou en gestation, dont les fragiles conditions matérielles (bâtiments, lieux de réunion, outils de travail, troupeaux) sont anéanties par les bulldozers et les escouades policières.

Dès la première journée d’assaut contre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, la destruction de la ferme des « cents noms » constituait une véritable déclaration de guerre sociale et politique. La destruction de ce lieu ne s’imposait nullement au regard des critères invoqués par le gouvernement dans sa « communication ». Nicole Klein, préfète des pays de Loire, justifie l’opération policière en prétendant que les « cents noms » n’avaient pas déposé de projet agricole. Ce qui est de toute évidence faux : les habitants de cette ferme étaient porteurs d’un projet agricole alternatif et certains d’entre eux avaient déposé une demande de régularisation.

Quelle est la véritable raison de cette rage destructrice ? Ce n’est pas l’absence de projet, c’est la nature des projets qui est en cause. Ce que ne supportent pas l’Etat et ses représentants c’est que s’expérimentent depuis 10 ans des formes de vie qui préfigurent ici et maintenant ce que pourrait être une société libérée de l’emprise de la logique propriétaire sous toutes ses formes. De ce point de vue, il est de la plus haute valeur symbolique que les habitants et défenseurs de la zone aient proposé dès le début que l’Assemblée des usages prenne en charge la gestion collective des terres et des espaces. Cette solution présentait l’avantage de prolonger directement l’expérience initiée et poursuivie durant tant d’années : faire prévaloir la logique de l’usage commun, qui est une logique de soin et d’entretien, sur la logique propriétaire, qui est une logique destructrice et mortifère.

Ce n’est pas « l’État de droit » qui se défend, comme le soutient le premier Ministre, c’est un État de force qui veut éliminer le plus vite et le plus complètement possible tout ce qui pourrait relever du principe en acte du commun : associations, coopératives de consommation et de production, projets agricoles et artisanaux, modes d’échange et de vie conviviaux. L’État veut empêcher par ses moyens policiers démesurés ce qui est une véritable invention dans la manière de produire et de vivre, il veut faire table rase d un modèle de vie collective et écologique dont nous avons besoin aujourd’hui.

L’Etat apparaît ici sous son vrai visage : il n’est pas simplement le garant de la propriété privée, il est lui-même soumis de fond en comble à la logique propriétaire, il est l’Etat propriétaire en guerre contre les communs. Il faut lui faire échec coûte que coûte pour préserver le trésor menacé des communs.

Pierre Dardot et Christian Laval

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Défense
Néonazis dans l’armée : l’insupportable laisser-faire du ministère
Un militaire néonazi, dont le cas avait été évoqué il y a huit mois par Mediapart, a été interpellé en novembre par des douaniers. L’armée, elle, ne l’avait sanctionné que de vingt jours d’arrêts. Ce cas pose une nouvelle fois la question de la grande tolérance de l’institution vis-à-vis de militaires fascinés par le Troisième Reich. D'autant que Mediapart a encore découvert de nouveaux cas.
par Sébastien Bourdon et Matthieu Suc
Journal — Gauche(s)
Union des gauches : Hidalgo et Montebourg tentent de rebattre les cartes
La candidate du PS et le candidat de la Remontada à la présidentielle ont appelé, dans la journée, à une candidature commune à gauche, en offrant de se retirer. Les pressions en faveur de l’union ainsi que les mauvais sondages expliquent aussi ce retournement. 
par Mathieu Dejean et Pauline Graulle
Journal — Droite
À droite, mais à quel point ? Valérie Pécresse sommée de placer le curseur
La candidate LR à l’élection présidentielle est confrontée à une double injonction : retenir les électeurs d’Éric Ciotti, tentés par un basculement à l’extrême droite, sans rebuter pour de bon la droite « modérée » qu’embrasse Emmanuel Macron. Le premier défi de sa campagne. Et le principal ?
par Ilyes Ramdani
Journal
Condamné par la justice, le ministre Alain Griset quitte le gouvernement
Le ministre délégué chargé des PME a démissionné, mercredi, après avoir été condamné à six mois de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité avec sursis pour avoir menti dans sa déclaration de patrimoine et d’intérêts. Emmanuel Macron lui avait maintenu sa confiance, malgré des éléments accablants. Alain Griset a fait appel de cette décision.
par Sarah Brethes et Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Au secours ! le distanciel revient…
Le spectre du distanciel hante l'Europe... Mais en a-t-on dressé le bilan ? Les voix des « experts » (en technologies numériques, plutôt qu'en pédagogie) continuent de se faire bruyamment entendre, peut-être pour couvrir la parole des enseignant-e-s... et des élèves.
par Julien Cueille
Billet de blog
Remettre l’école au milieu de la République
Parce qu'elle est centrale dans nos vies, l'école devrait être au centre de la campagne 2022. Pourtant les seuls qui en parlent sont les réactionnaires qui rêvent d'une éducation militarisée. Il est urgent de faire de l'école le coeur du projet de la gauche écologique et sociale. Il est urgent de remettre l'école au coeur de la Nation et de la République.
par edouard gaudot
Billet de blog
Dépense moyenne par élève et étudiant : quand un élève en « vaut » deux
Les choix de dépense publique illustrent une politique : on dépense pour un.e élève de classe prépa plus que pour une écolière et un collégien réunis. Vous avez dit « égalité des chances » ?
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
On nous parle d'école et de crayons. Nous répondons par Écoles et Crayons
Beaucoup méconnaissent l’enseignement professionnel sous statut scolaire. Ils en sont encore à l’image d’Epinal de l’école où l’élève est assis devant son bureau, un crayon à la main. En cette semaine des Lycées professionnels, Philippe Lachamp, professeur de productique en erea, nous fait partager sa passion et ses craintes pour son métier de Professeur de Lycée Professionnel.
par Nasr Lakhsassi