Retraites: la pensée conservatrice dans toute sa splendeur

L’un des arguments les plus typiquement conservateurs utilisé contre la loi Taubira était d’inspiration naturaliste. Il n’est pas « naturel » que deux femmes ou deux hommes se marient et qu’ils élèvent des enfants, tel était en résumé le raisonnement des manifestants. Cet argument fortement influencé par l’église catholique et les autres religions monothéistes unies dans le même combat s’appuie sur une sorte d’évidence massive qui tient aux poids des habitudes les plus anciennes et les moins réfléchies.

L’un des arguments les plus typiquement conservateurs utilisé contre la loi Taubira était d’inspiration naturaliste. Il n’est pas « naturel » que deux femmes ou deux hommes se marient et qu’ils élèvent des enfants, tel était en résumé le raisonnement des manifestants. Cet argument fortement influencé par l’église catholique et les autres religions monothéistes unies dans le même combat s’appuie sur une sorte d’évidence massive qui tient aux poids des habitudes les plus anciennes et les moins réfléchies.

Au fond, ce sens commun conservateur repose sur une identification simple entre tradition et nature. De l’autre côté, celui des défenseurs de la loi Taubira, on a insisté au contraire sur le fait que la société est une réalité plastique, que la culture est à la fois transmise et transformée, et qu’aucune évolution historique n’aurait jamais été possible si les institutions devaient être considérées à jamais figées dans la pierre et  réglées une fois pour toute par des lois de nature.

Il est cocasse de remarquer, que c’est une autre «évidence » toute aussi peu réfléchie qui est aujourd’hui utilisée par les membres du gouvernement à propos des retraites.

Il faut dire qu’ils l’ont trouvée toute prête dans les tiroirs que la droite n’avait pas complètement vidés. Puisque l’on vit plus longtemps, il est naturel de travailler plus longtemps, tel est le « raisonnement » de ces gens qui veulent aujourd’hui nous convaincre que tout  progrès doit se payer d’une régression. Pour ces purs technocrates, il existerait une sorte de loi  qui à tout allongement de l’espérance de la vie ferait correspondre un allongement de la durée du travail. On ne peut rien contre cette « loi » que (presque) tous les journalistes-perroquets  vont répétant sans réflexion du matin jusqu’au soir. Certes, ici le naturalisme n’est pas clérical, il est comptable, il n’identifie plus nature et tradition, mais nature et punition.

Gagner du temps de vie doit se payer par un rallongement de la peine dans cette vallée des larmes qu’est la compétition économique mondiale. Peu importe pour nos « socialistes »  conservateurs que l’espérance de vie en bonne santé diminue et que les ouvriers ( il en reste encore ?) ne profitent déjà pas beaucoup de leur retraite. Rappelons pour mémoire que  l'espérance de vie en bonne santé pour les hommes était d'un peu moins de 62 ans, et pour les femmes, de 63 ans et demi en 2010. Depuis 2008, hommes et femmes ont perdu environ une année de vie en bonne santé.

Il faut également savoir qu’à 35 ans, il ne reste plus aux ouvriers que 24 ans à vivre sans incapacité. Autant dire qu’en moyenne à 59 ans, ils voient leur vie basculer dans les difficultés physiques. La crise sociale et économique entretenue par l’austérité européenne a toute chance d’accentuer ce recul historique.

 À cette aune, on se demande bien pourquoi ces imbéciles de vieux socialistes se sont si longtemps battus pour que les ouvriers et les autres travailleurs des champs et des bureaux puissent partir à la retraite à l’âge de 60 ans. Ils auraient dû, s’ils avaient disposé d’une cour des comptes aussi « performante » que celle d’aujourd’hui, lutter plutôt pour un allongement progressif des années passées au travail puisque l’espérance de vie progresse continûment depuis le XVIIIe siècle. Il est vrai que ces socialistes-là avaient une conception du réformisme que ne partage plus le « camarade » Hollande, lui qui est en train de réinventer la « retraite des morts ».

Gilles Candar et Guy Dreux nous ont donné une belle anthologie et un beau commentaire des débats autour de la loi de 1910 à l’occasion de son centenaire. L’ouvrage mérite encore et toujours la plus grande attention en ces temps de trahison.

  •   Gilles Candar et Guy Dreux, Une loi pour les retraites, débats socialistes et syndicalistes autour de la loi de 1910, Le Bord de l’eau, 2010

 

 

 

 

 

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