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Billet de blog 22 mai 2008

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Mai 68 et la rhétorique réactionnaire

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Dans son livre désormais classique, Deux siècles de rhétorique réactionnaire (Fayard), Albert Otto Hirschman démontrait que la pensée anti-progressiste obéissait à des schémas stéréotypés qui se répétaient d’époque en époque. Il distinguait «l’effet pervers», «l’inanité», «la mise en péril». Le propre de ce discours est de faire feu de tout bois, sans se préoccuper de la moindre cohérence logique. Le premier argument conduit à penser que le changement révolutionnaire ou la réforme produit essentiellement des effets négatifs que les progressistes n’ont pas voulus. Le second revient à dire que la révolution ou la réforme n’ont en réalité rien changé. Le troisième qu’au contraire, elles ont gravement ébranlé les bases de la société et de la civilisation. C’est ainsi qu’ont été combattues successivement les idées de la Révolution française, le suffrage universel et toutes les réforme sociales du XXe siècle. On doit constater que ces trois modes simultanés d’argumentation fonctionnent à plein régime à propos de Mai 68. L’effet pervers ? Mai 68 serait à l’origine du capitalisme financier dérégulé et de l’individualisme dévastateur. L’inanité ? De toute façon, sans Mai 68, la société française se serait transformée comme tous les autres pays l’ont fait. La mise en péril ? Mai 68 a tout mis par terre, et d’abord l’École et la Famille, les deux piliers de l’autorité. Rien de neuf donc ? Si. Comme l’a excellemment montré Serge Audier dans son récent ouvrage sur "la pensée anti-68" (La Découverte), la nouvelle rhétorique réactionnaire a été largement alimentée par les tenants de la gauche, d’une certaine gauche plutôt, qui a intériorisé les stéréotypes de la pensée conservatrice et a déformé ce qui s’est dit et ce qui s’est fait en Mai 68. C’est ce que l’on pourrait appeler un progrès dans la réaction.

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