Le coup de gueule de Pierre Bergé dénonçant le gaspillage de l'argent de la charité pose une fois de plus les problèmes du business charité qui apparaissent chaque fois que les sommes en jeu sont importantes.
Alors la générosité des donateurs devient plus chatouilleuse devant les faiblesses gestionnaires voire les malversations.
Le financement de la recherche scientifique et médicale est difficile pour des raisons de spécificités très particulières de l'activité scientifique.
- C'est une activité collective dont les résultats sont évalués par des experts scientifiques internationaux.
- C'est une activité coûteuse, dont les résultats sont aléatoires et leurs portées incertaines.
Dans ces conditions, le choix, le financement, le suivi des projets scientifiques sont extrêmement difficiles et mériteraient une meilleure approche.
La France souffre dans ce domaine de deux faiblesses majeures :
1. l'absence de culture scientifique des responsables politiques en charge de ces questions. Valérie Pécresse qui sort d'HEC n'a pratiquement aucune expérience dans le domaine de la recherche scientifique. Claude Allègre qui est un vrai scientifique mais un très mauvais politique dit beaucoup moins de conneries sur l'enseignement et l'écologie que ses ennemis ne le prétendent.
2. l'absence d'impartialité des différents organismes ou structures chargées d'évaluer les projets et distribuer les ressources. Les experts scientifiques choisis, souvent cooptés sont généralement bénéficiaires des ressources distribuées. C'est une forme particulière de corruption puisque les décisions sont prises alors plus dans l'intérêt du décideur et de son équipe, que dans celui de la collectivité .
Avec ce double handicap :
- les grands axes de financement sont nationalement et régionalement pris sur des considérations politiciennes, sans grand rapport avec la réalité scientifique, avec des effets de mode, de clinquant, et de copinage.
- La répartition fines se fait avec des experts organisés en club qui se servent et se renvoient l'ascenseur.
Finalement cette critique est aussi valable pour les associations censées lutter contre des pathologies spectaculaires : cancer, sida, maladies génétiques. Leur gestion aboutit à des excès faciles à dénoncer : une certaine méconnaissance de l'activité scientifique, une mauvaise évaluation des résultats et projets par des experts insuffisamment indépendants (je sais de quoi je parle) conduisent à de sévères condamnations qui jettent le discrédit sur des entreprises en soi honorables si elles savent occuper la place qui est la leur, sans excès et avec de bonnes méthodes de gestion.
Comme c'est le cas dans la plupart des pays le système d'organisation de la recherche doit fonctionner sur le mode universitaire laissant aux scientifiques une grande liberté dans la définition et le choix des projets. Le financement peut et doit être diversifié : international, européen, national, régional mais aussi public, privé, associatif. Dans ce domaine il faut rester pragmatique mais éviter les monopolisations dangereuses.
Il faut , c'est plus facile qu'on ne le croit mettre en place des évaluations impartiales et choisir des responsables politiques dans ce domaine ayant un minimum de culture dans la recherche scientifique et technique.
La politique actuelle fondée sur le dirigisme et l'autoritarisme ne convient pas du tout à la recherche, l'histoire des sciences abonde d'exemples aux résultats catastrophiques.