(Note blanche aux Autonomes du FdG)

Pour éclairer la catastrophe annoncée (la chute de l'intrigue Front de Gauche au théâtre des Municipales & des Européennes) les spectateurs engagés mais autonomes devraient considérer ce bouleversement politique comme inéluctable. Comme si le Front de Gauche était dans l'impossibilité d'empêcher une vrille pointée, et partant son étalement au soir du 23 mars... Alors, que nul n'entre ici pour un exercice stoïcien aux malheurs à venir - il y va plutôt d'un entraînement sans frais, réglé sur la fameuse thèse de J.-P. Dupuy: pour une action voyante par-devant cette catastrophe-là.

Faisons donc, pour ce 17 janvier, l'effort de voir sans rien prévoir... Et si la fatale implosion du Front de Gauche n'était résistible que par le déclenchement d'une explosion - Place-au-Peuple ? Et si Mélenchon était ce Voyant attendu par un peuple qui manque au Front de Gauche? Et si le Prévoyant Laurent n'était pas en avance sur les spectateurs avertis que nous sommes?... L'effort de voir est forcément indéfini quand il ne faut plus rien prévoir, mais le spectateur pourrait encore se demander comment s'approprier une explosion qui paraît salutaire.

J'appelle spectateur le partisan ou sympathisant qui ne veut plus être un agent du FdG agissant par "cause et intérêt", mais qui pour autant ne peut s'affirmer comme acteur agissant par "raison et aspiration" (Hunyadi). Soit un volontaire qui n'a pas encore les bonnes raisons d'agir pour critiquer les règles établies, participer à l'institution de règles nouvelles, et anticiper une association que Mélenchon appelle désormais de ses voeux... Avouons que notre spectateur, volontiers autonome et momentanément présent, a la contestation plutôt implosive. Depuis les dernières Estivales, le Front de Gauche s'effondre lentement - sûrement aux Municipales, clairement aux Européennes. Comme on sait, le PS défait le FdG en achetant son logo, et les Hétéronomes pour l'afficher. Or, devant cette catastrophe jugée "peu crédible" (Laurent), les Autonomes cultivent une impuissance très spectaculaire. Leurs rires (manif du 1er décembre) comme leurs pleurs (TVA du 1er janvier) n'en font pas des "comprenants" qui augmentent leur puissance d'agir: Hunyadi chercherait en vain des "acteurs de raison et d'aspiration". J'appelle ça: notre bêtise.

Avec J.-P. Dupuy, convenons que cette catastrophe-là et notre bêtise sont taillées dans une même toile: la gestion prévisionnelle des risques. Sans pli et en trois coups de ciseaux:

1. notre bêtise ne veut pas croire que cette catastrophe va arriver.

2. notre bêtise a pourtant toutes les raisons de savoir qu'elle arrive.

3. notre bêtise se permet alors d'espérer que la catastrophe sitôt arrivée est dans l'ordre des choses.

Inutile toutefois de forcer sur les ciseaux de Dupuy: notre bêtise voudra toujours s'assurer (dans le confort) que cette catastrophe est bien dans la nature même des choses. Suave, mari magno...

Pour preuve. Au spectacle Front de Gauche tourbillonnent les Directions... Partisanes, elles se disputent le pompon de la gestion des risques électoraux. Au 1er tour de manège, le pompon revient souvent au trio PC-GU-SR: la moitié des villes de 20.000 habitants et plus voient leurs prétendants se lier au PS pour une relation ancillaire, au mieux morganatique. Mais les Autonomes de ce même trio ne sont pas en reste: le 2° tour les porte alimentairement à la fusion "républicaine", même passée la barre des 10 points. A défaut de 5, ils donnent dans l'Appel pathétique. Parfois, le pompon est ravi par les Autonomes d'Ensemble: le 7° secteur "déchiré" de Marseille, par exemple. Plus rarement, voit-on le PG pomponner au 1er tour avec des Verts rouges, au demeurant très présentables... Mais c'est là une gestion risquée a minima, car pour le 2° tour, la direction PG veut croire à cette fausse bonne idée: la fusion "technico-démocratique" - étreinte que le PS & Co. a toujours snobée! Temps et lieux incertains... Le manège à pompon tourne vite, et les Directions éperdues ou hallucinées s'accrochent (pour assurer leurs risques d'éviction) à cet arrière-monde inconsistant appelé la Gauche.

En contrechamp de ce spectacle vicieux, la dévastation du camp militant - nouvelle peste d'Athènes? D'abord ils avaient la tête brûlante... Ne s'agitent que les entourages vivant d'élus: placé ou gagnant? Toutes ces alliances ou funérailles (on ne sait plus) désolent le bas du Front, renvoyé par sous-amalgame au PS du haut, à sa politique volontairement anti-peuple, à sa gouvernance clairement néolibérale, à sa morale délicatement néo-conservatrice... Pour résister à cette logique du pire, la militance verse dans la désertion sur place: comme elle est écrasée d'oxymores (autonomie hétéronome, alter-européisme, abstraction éco-socialiste, stratégie tactique, etc.), elle en oublie d'honorer les prétendants, les murs d'affiches ou de cons, les tracts de marché et même le blog de Mélenchon... Ici bas, quand dynamique il y a, c'est "en interne" qu'il faut chercher: une volonté d'augmenter sa puissance d'agir par le désir commun de catastrophe! Au dernier chic des nihilistes.

Et pourtant, cette catastrophe du 23 mars (le FdG Autonome à hauteur de 3 points, le PS & Co. "sauvé" par un FN fort, un abstentionnisme record) n'a rien d'un événement ponctuel ou d'un coup de théâtre. Voici une scène "passablement invisible", à l'instar de l'icône chrétienne: la catastrophe nous regarde fixement depuis les Estivales. Car, même s'il appartient aux spectateurs de lui donner visibilité (cirque médiatique oblige), c'est à un effort de voyance et non de prévoyance qu'elle oblige. Ici et maintenant, notre catastrophe requiert une conversion du regard. Surtout là-haut... Parce que la gestion prévoyante porte à minimiser ou à naturaliser la catastrophe, Mélenchon ne doit plus gérer l'implosion du Front de Gauche. Ce 17 janvier, voyant la catastrophe, il peut encore l'empêcher - la prévoyant, il la voit immanquablement arriver!

Comment Mélenchon pourrait-il encore ruser avec l'inéluctable? Car il revient de loin, mon Diomède. Aux dernières Estivales, Mélenchon n'a pas crû devoir tenter une parodie sérieuse du chant 9 (31-51) de l'Iliade, à l'adresse de son Agamemnon:

"Camarade Laurent, je combattrai d'abord l'insensé que tu fais - et cela est normal dans notre assemblée, cher Président. Tu ne peux donc pas t'en irriter. En premier, tu as fais injure à mon alkè devant ce peuple autonome et révolutionnaire, me reprochant de parler lâchement... cru et dru. Là-dessus, nos amis, militants et sympathisants, sont bien renseignés. En revanche, la Nature ou la Politique t'a mesuré chichement ses dons: si l'Europe t'a donné la gouvernance du PGE, la France le Secrétariat du PC, le PS un poste de sénateur, tu n'auras jamais reçu l'alkè. Or, c'est la valeur qui a prévalence sur tout! Insensé, crois-tu vraiment que ce peuple-là soit aussi mou et lâche que tu as bien voulu le dire? Si la prévoyance des risques électoraux te pousse à retourner en arrière, va-t-en, la voie est navigable: ton pédalo attend sur les bords de l'Isère, à côté d'autres qui t'avaient suivi en masse de la Seine. Mais beaucoup resteront parmi les "tiens", et tous ceux que tu ne tiens pas parmi notre peuple, oui, ils resteront jusqu'à la prise de cette Troie qui nous surplombe de ses drones. Et si d'aventure ils voulaient fuir à leur tour, qu'ils fuient, eux les baliseurs avec leurs petites bouées, vers je ne sais quelle rive gauche de l'Europe. Alors, seuls, tous deux, Place-au-Peuple et moi, nous nous battrons jusqu'à l'heure fatale au destin de Troie. Car nous avons pour notre stratégie la voyance des Autonomes et des Révolutionnaires!"

Personne n'aura entendu ce morceau de bravoure... Et pourtant, le peuple d'estive sait mieux que Homère lui-même ce que alkè veut dire: pas simplement vaillance au combat, avant tout voyance au conseil... C'est assez dire qu'il attend maintenant de Mélenchon un discours courageux de voyance, rupture et explosion! Aurons-nous enfin les bons mots performant Place-au-Peuple ?... Comme personne n'est parfait, Mélenchon peut encore devenir, ce 17 janvier, le dresseur de "cavales" hétéronomes et prévoyantes qui fuient en douce le Front de Gauche. Le dresseur laisserait flotter les rênes, mais pas les mots:

"Cavarades, le Front de Gauche ne devait pas être un simple outil d'élection pour nos gauches dites de gauche. Pas juste un cartel, une stratégie juste: l'Autonomie conquérante & la Révolution citoyenne. A cette heure, si stratégie il y a, que pratiquez-vous? Une Autonomie à géométrie variable et une Evolution européiste! Cette tenaille-là devait permettre, pensiez-vous, de peser sur le PS en le pinçant sur la gauche. On voit le contraire: c'est le PS qui disloque notre Front en tirant le PC et GU vers le complexe N & N - néolibéral & néo-conservateur pour les pas-rapides. Déjà, en avant-garde s'affiche le semeur Brossat, suivi de l'épadeur Jarry... et tous les gauchistes du PS (de Montebourg à Lienemann) de profiter du jeu ouvert aux godillots! Faut-il le rappeler: l'Autonomie était notre règle, l'Hétéronomie l'exception. Comme c'est l'inverse qui est vrai, le résultat des Municipales et des Européennes est là sous nos yeux: un étalement du Front de Gauche. A vos regards, vous semblez prévoir une catastrophe déjà là... Moi, avec d'autres, je la vois qui vient. C'est pourquoi nous l'empêcherons, malgré votre avance.

Pour les Municipales, nous jouerons de notre faiblesse avérée (3 points des exprimés). Car seul un vote "révolutionnaire" au 2° tour infligera au PS & Co. la raclée électorale la plus terrible. Tartarinade? Mais c'est plus qu'un voeu, c'est une consigne qui n'attend pas de l'être! Maintenant, qui voit meilleure issue (je ne dis pas solution) pour sortir le PS & Co. du jeu institutionnel, Sénat compris? Ah, tu trembles, carcasse... voter fnump au 2° tour (prendre le tea avec les Montretout ou faire copain avec Copé) ressortirait à un nihilisme infantile et purement réactif? Ici, pas de "peur LO": avec le FN on doit faire attention aux anachronismes demi-savants! Le FN (RBM) est un Tea Party à la française: vivement néo-conservateur, honteusement néolibéral, si on veut user de critères décisifs. Oui, il appartient au complexe N & N. Faut-il rappeler que l'UMP entièrement N & N dispute avec un PS délicatement néo-conservateur et clairement néolibéral? Surtout depuis la dernière conférence d'Hollandréou - je sais, c'est un peu du futur antérieur... Mais allez-vous comprendre que nous devons toujours voter avec en tête des images poétiques? Car le fnumps ne forme pas simplement et objectivement un continuum de gouvernance N & N tirant du néant force écrans de fumée ( le "mariage pour tous", Dieudonné, etc.), nous devons l'imaginer (schéma) comme un monstre miltonien qui a une gauche de droite, un balai de crin et une queue anesthésiante: le fameux "S" du PS. Plus que de raison, Verts et Coco en ont tâté - moi aussi! Mais je sais aussi que la queue du monstre est son point faible: à peu de frais (3 points "révolutionnaires") nous pouvons courtailler ce "S". Vous me direz alors: pas de quoi inquiéter vraiment le "P" restant, ce Party renaîtra aussitôt en castrat de la chapelle N & N ou en Union sacrée!  Certes, mais pour une toute autre clarification. Car ce nouveau  fnump ne sera plus guère monstrueux, et nous pourrons le combattre les yeux grands-fermés - bien avant 2017.

Quant à ces Européennes, plombées par ces Municipales... Pas grave: quelques députés épars (dont moi?) dans un Parlement sans pouvoir réel suffiront à notre écoute flottante. Ah, cette petite musique N & N... très peu pour moi. Mieux vaut profiter sans permis de la Route française pour amorcer un virage idéologique et stratégique à 180°! L'idée selon laquelle on pourrait changer d'Europe (Europe sociale, alter-Europe, Europe des Travailleurs, etc.) est morte en 2012 - peut-être même avant, s'il est vrai qu'il nous faut l'unanimité... Alors oui, il faut une toute autre idée: sortir de l'Union européenne! Evidemment, cette sortie suppose un referendum qui suppose un Président 2017 qui suppose... Mais je suis convaincu maintenant qu'on ne peut plus subvertir l'UE. Avec elle, nous ne pouvons rompre qu'unilatéralement, et certainement pas de manière "concertée" - ce que prône le FN qui se justifiera alors de ne pouvoir sortir, en faisant comme si les Montretout (qui ont lu Proust) pouvaient le vouloir! Prétendre désobéir aux Traités, c'est donc perdre un temps précieux. Non seulement on devrait demander l'autorisation de ne pas appliquer les Directives (et la Commission nous baladerait pour mieux nous subvertir), mais encore on devrait prendre le temps d'élaborer une nouvelle constitution pour ensuite pouvoir désobéir... Il faut donc à la France (européisée malgré elle) un Président apporteur de constitution: notre 6° République enfin prête à l'approbation populaire. Ne manque plus qu'une crise "algérienne", je veux dire: euro-européenne... Mais pour l'heure, au diable les Municipales et les Européennes: nous ne gèrerons pas la misère des Territoires et l'impuissance du Parlement européen!

Le cavarade Laurent avait donc raison: le Front de Gauche n'implosera pas... Il explose, ici et maintenant. Vive Place-au-Peuple ! Soit une association ouverte à tous les Désentrepris (un décile du populus?) et s'ouvrant à une stratégie effrontément populiste (merci Laclau). Vous êtes donc invités à y prendre place, sous réserve de bien vouloir participer à l'élaboration de son programme 2017, en lieu et place de L'Humain d'abord trop abstrait. Place-au-Peuple sera donc une association, une stratégie et un programme se faisant et non tout fait. J'en trace ici les lignes de fuite:

1. Place à la souveraineté populaire: "texter" notre 6° République (droit naturel, referendum révocatoire, tirage au sort des gestionnaires locaux, etc.)

2. Place à un droit national neuf: pour en finir avec le droit communautaire et notre code civil trop constitutionnel.

3. Place au Franc nouveau: pour (dé)monétiser la dette publique, encadrer la dette privée et lutter contre la fraude fiscale.

4. Place à la déglobalisation ouverte: pour un protectionnisme national "bien compris". Fermeture polie à l'Empire, ouverture raisonnée aux petits empires, aux pays méditerranéens et sud-américains. Nationalisation des multinationales stratégiques. Dénucléarisation civile. Politique d'immigration sélective mais internationaliste.

5. Place à l'Armée populaire: sortie de l'OTAN, maintien de l'arme nucléaire, armée de conscription H & F.

6. Place au Mouvement social interclassiste: pour un nouveau Code du travail "salariés & petits entrepreneurs". Réduction des managers & actionnaires au simple fonctionnariat ou à l'exil doré.

7. Place à un Front Rouge & Bleu: du NPA à l'UPR versus le FNUMP(S), pour reformater l'Etat social.

Non, les Amis, vous ne rêvez pas! La preuve: je ne parlerai pas de ces deux petites lignes rouges (logo FdG et primaires programmatiques) qui ont dû vous faire ricaner. C'était avant l'explosion."

Un 17 janvier 2014, faire le pari du "courage contagieux"... est-ce bien raisonnable pour Mélenchon? Cet entraînement à l'inéluctable l'aura peut-être éclairé sur les seuls critères qui vaillent... Prévoir: Mélenchon erre sans parole de place en place. Voir: Mélenchon est le porte-parole de Place-au-Peuple.

 

 

 

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