Par quoi Mélenchon est-il tenu?

Ce 17 janvier, par nécessité ou par obligation, Mélenchon s'est couché devant Laurent... tout en relevant la tête: pas touche à mon logo! On aura compris que ce torticolis était une torsion stratégique. Car le PC peut enfin conclure ses petits arrangements "locaux", avec la seule obligation d'afficher la marque à usage interne. Bref, l'essentiel est sauf: en route pour la Catastrophe.

Au soir du 23 mars, le FdG Autonome se prendra "la raclée électorale la plus terrible", le PS & Co. sera sauvé par un FN fort et l'abstention populaire battra tous les records. Hollande-France: 3 à 0. Heureusement, Mélenchon a compris qu'il devait considérer cette catastrophe comme inéluctable pour mieux la subvertir. Normal, il a durement travaillé (son loisir américain) le "catastrophisme éclairé" de J.-P. Dupuy pour voir cette catastrophe-là... sans devoir la prévoir!

Et voici pour quoi Mélenchon est fort habile: ce 17 janvier, il a pu montrer (ou peut-être démontrer) que l'implosion fatale du FdG pouvait être neutralisée par une explosion: Place-au-Peuple ! Soit une association, une stratégie et un programme 2017 effrontément populistes (au sens épanouissant de Laclau). Contre toute attente, Laurent en a été pleinement convaincu, mais, a-t-il dit, pour convaincre de la "chose" les presque 10.000 élus de mon Parti, il faut plus qu'un argumentaire pragmatique: notre catastrophe doit être effective! C'est pourquoi, M & L ont conclu un accord à clause secrète: "Pas un mot sur Place-au-Peuple avant la catastrophe du 23 mars."

En attendant, la nécessité oblige Mélenchon à se coucher, même si pour le cirque médiatique il faut bien paraître sortir par le haut. Nécessité qu'il décline en trois modalités d'être:

1. être raisonnable (va pour la compromission PC & PS, mais le logo...)

2. être élu (va pour les Municipales, mais les Européennes...)

3. être taiseux (va pour la suppression d'un bon mot de trop "le courage contagieux")

Petit problème: la plupart des militants ou sympathisants FdG en sont encore au théâtre de boulevard: toutes ces portes qui claquent sont autant de nécessités qui obligent Mélenchon à rester au FdG! Certains (un peu philosophes) osent dire que ce qui est nécessaire ne peut, par le fait même, être obligatoire, et que ce qui est obligatoire ne peut pas être nécessaire. Autrement dit, une obligation n'a aucun sens si l'on n'a pas le moyen de ne pas faire ce qu'on est obligé de faire. Mélenchon, sors de ton être et entre dans ton devoir-être! Pour ces militants avertis, il est clair que le FdG n'est plus qu'une obligation à transgresser (Place-au-Peuple), et pas du tout un être dont on pourrait sortir par le haut.

Maintenant, revenons au vrai problème: si la Nécessité ne tient pas Mélenchon (sinon comme acteur politicien), ni l'Obligation (la transgression est toujours possible), alors par quoi est-il tenu pour rester là, au FdG, à se faire brocarder, insulter, moquer? La réponse est simple mais pas très obvie: Mélenchon est tenu par son manque de tenue! Rien de maçonnique: ici comme ailleurs, c'est un homérisant qui sacrifie aux mots de la tribu. Pour tenue, le grec homérique dit alkè, à la fois vaillance au combat & voyance au conseil. Apparemment, Mélenchon manque d'alkè... Tenir fermement la route stratégique (avec des virages à 180°) pour voir et prendre la fameuse Troie 2017 ? Dans l'Iliade, cette tenue-là n'est pas seulement la valeur de toutes les valeurs, c'est un opérateur anti-contingence. Quand le héros est ferme, "en tenue", il devient une fatalité, et il voit la fin quand les autres en sont encore à prévoir ou à fuir. Mais il ne peut y avoir qu'un seul héros iliadique pour cette tenue: Diomède le Tydéide.

Cher Mélenchon, le Diomède de l'Iliade pourrait être ton intercesseur et Place-au-Peuple ton plan d'immanence (tant pis si je parle deleuzien). Avec ça, tu ne chercherais plus... à rester, tu trouverais un peuple courageux (par contagion), prêt à en découdre avec le populus libérosé et la plèbe effénisée. Plus qu'une possibilité, plus qu'une obligation, plus qu'une nécessité, ta tenue ou non est notre fatalité.

 

 

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